L’impossible retraite d’un assoiffé de la vie

Portrait Le directeur général de Romande Énergie, Pierre-Alain Urech, passe gentiment la main, mais prend du grade au conseil d’administration des CFF.

Image: Jean-Paul Guinnard

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Pas facile d’envisager la retraite quand on a passé sa vie à courir au travers d’une vie professionnelle bien remplie. C’est ce qu’on découvre en écoutant Pierre-Alain Urech. Il a pris le temps de s’arrêter, entre deux trains. À 64 ans, celui qui a mis en place une profonde transformation de la société Romande Énergie a décidé de laisser la place de directeur général qu’il occupe depuis quinze ans. S’il dit vouloir «profiter de la vie», ses proches attendent sans doute de voir. Cet infatigable travailleur siège encore dans plusieurs conseils d’administration et vient d’être nommé vice-président de celui des CFF.

La disparition de la moustache, qu’il portait il y a quelques années, semble l’avoir fait rajeunir. Ses habitudes aussi. Comme pour un ado, son smartphone est devenu une extension de sa main. Une habitude qu’il justifie par la flexibilité instaurée au boulot, la disparition des bureaux fixes. «Maintenant, mon bureau est dans mon iPad.» La phrase se veut moderne, mais il ne tarde pas à la contredire. «Je suis ultraconnecté, mais je me rends compte que c’est une erreur. Même mes enfants le disent.» Alors il fait des efforts. La nuit, son téléphone ne se recharge plus à côté du lit.

Son fils et sa fille l’ont fait accéder au statut de grand-père, ce dont il est très fier. Et c’est pour ses petits-enfants que Pierre-Alain Urech compte dégager de l’espace dans son agenda. Une volonté de rattraper le temps en famille, qu’il a laissé filer dans sa carrière professionnelle. «J’étais très souvent absent de la maison, mais je m’appliquais à appeler tous les jours à midi pour parler à mes enfants.» Le Vaudois d’origine a passé son temps entre Berne et Lausanne, où il a rapidement grimpé les échelons au sein des CFF, jusqu’à en être le directeur général. «À l’époque, c’était la carrière d’abord et cela exigeait des sacrifices. Aujourd’hui cela paraît invraisemblable, mais nous avions dû écourter notre voyage de noces pour mon travail.» Il enfonce le clou en évoquant cet épisode où un incident technique sur un chantier des CFF l’a amené à laisser son épouse Geneviève, enceinte, toute seule sur les quais de Morges, au bord du lac. «Il y avait une urgence et je n’ai pu venir la rechercher qu’à 1 heure du matin.» Ce mea culpa est une façon de rendre hommage à cette épouse qui l’a soutenu dans son parcours.

Chez Romande Énergie, à l’image autrefois un peu poussiéreuse, le directeur général a amené des changements afin que la journée de boulot s’accorde mieux à la vie familiale, comme l’aménagement d’une crèche au siège de l’entreprise à Morges. «Et le but à l’avenir est, dans la mesure du possible, de ne plus planifier de séance avant 9 h du matin», ajoute Pierre-Alain Urech. Le président de son conseil d’administration, Guy Moustaki, dit de lui qu’«il est exigeant, mais il sait aussi faire preuve de beaucoup d’humanité. On sent qu’on peut compter sur lui et ses collaborateurs sont là pour le dire.»

Hi-fi et haute montagne

Focalisé sur ses tâches professionnelles, le directeur se permet quelques marottes. Ça a été le cas lorsqu’il s’achetait du matériel audio de haute-fidélité. Plusieurs chaînes hi-fi sonorisent ainsi la maison de Clarens et le chalet familial dans le val d’Anniviers. De quoi écouter autant Led Zeppelin que des musiques sacrées, en flattant une oreille formée dans l’enfance par le goût de sa mère pour le classique. Geneviève se charge aussi de détourner son mari de ses obligations. «Pour m’évader de mon travail, on prend des abonnements au théâtre et on assiste à des concerts et opéras, que j’apprécie beaucoup.»

C’est aussi son épouse qui l’a emmené sur la route du marathon. Ils l’ont couru ensemble à New York et participé à plusieurs Patrouilles des Glaciers. De nature svelte, Pierre-Alain Urech n’a pas toujours été sportif. Son adolescence, il l’a passée sur son vélomoteur. Mais ce boguet, il se l’est payé lui-même, en bossant. Une nécessité pour lui et ses frères et sœur, qui vivaient avec leur mère. La séparation de ses parents a ainsi été un tournant dans sa vie. «On ne mangeait pas de la viande tous les jours», souffle le directeur, qui contemple désormais le lever du soleil depuis les grandes baies vitrées de sa villa d’architecte.

Le boulot, on y revient sans cesse, même s’il ne rapporte pas toujours de l’argent. Pierre-Alain Urech l’a appris lorsque, étudiant, il avait travaillé tout l’été dans un bar de Cologne. «À la fin, le patron m’a dit qu’il ne pouvait pas me payer parce qu’il avait tout perdu dans les machines à sous. Ça m’a marqué toute ma vie et je n’ai jamais plus joué à un jeu de hasard.»

Sa sensibilité pour les relations humaines et sa passion pour la montagne l’ont amené à se fixer de nouveaux challenges. Par exemple, ce défi, né au cours d’une journée de team building. «Avec mes collaborateurs de la direction des CFF, on s’était fait le pari de gravir tous ensemble un 4000 mètres. Alors pour s’entraîner, je les ai motivés de venir courir avec moi à la pause de midi, ce qui m’a aussi permis de commencer à pouvoir suivre ma femme…» De nombreuses années plus tard, il emmenait 80 collaborateurs de Romande Énergie à skis de randonnée au sommet du Mont-Rose. «Une expérience de vie et de solidarité extraordinaire, inoubliable!»

C’est ce chemin pentu que le futur retraité entend poursuivre avec son épouse, entre deux conseils d’administration. Marcher en ligne droite de Saint-Gingolph à Nice, relier Zurich à Genève par les crêtes du Jura… La démarche n’a rien de mystique. Croyant mais pas pratiquant, Pierre-Alain Urech ne gravit pas les sommets pour se rapprocher du ciel. «De toute façon, je n’ai pas le temps de penser à la fin. J’ai trop soif de vivre, il y a tellement de choses à faire!»

Créé: 21.06.2019, 16h36

Bio

1955 Naît le 13 décembre à Pompaples. Grandit entre Yvorne et Hauterive (NE).

1964 Séparation de ses parents.

1975 Génie civil à l’EPFZ.

1983 Épouse Geneviève.

1983 Premier poste à responsabilité aux CFF à Lausanne (ingénieur de la voie).

1984 Naissance de Caroline, suivie de Jérémy en 1987.

1990 Direction de Rail 2000 à Berne.

1993 Achat d’un chalet à Ayer (val d’Anniviers): «Mon rêve, lieu de rencontre privilégié de la famille.»

1995 Nomination par Adolf Ogi comme directeur général des CFF.

2004 CEO du groupe Romande Énergie SA.

2004 Patrouille des Glaciers et Marathon de New York.

2019 Quitte en juin la tête de Romande Énergie et conserve ses mandats d’administrateur (vice-président CFF, président de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets, des Forces motrices Hongrin-Léman, des Forces motrices du Grand-Saint-Bernard, de Romande Énergie Commerce et de DransEnergie).

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