Igor Siebold, le joaillier à l’âme de mécano

Rencontre Officiellement, l’arcade de la rue Saint-Joseph est celle d’un bijoutier joaillier. Dans les faits, les vitrines cachent un salon des inventions désordonné.

«Quand je trouve un objet, je me sens comme un archéologue», explique le créateur installé à Carouge.

«Quand je trouve un objet, je me sens comme un archéologue», explique le créateur installé à Carouge. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Igor cherche toujours à faire quelque chose que personne n’a fait avant lui. Pour y arriver, il invente l’outil qui lui sera nécessaire.» La description est signée Ioana, l’épouse de celui qu’on est venu voir. Après une bonne heure de discussion, ce résumé s’imposait. Car jusque-là, le créateur s’était présenté à l’aide d’une canette coupée au générateur à hydrogène haute capacité, avait expliqué comment faire des bagues en titane à partir de l’habitacle d’un FA 18 avant de s’enthousiasmer devant une trottinette électrique, «le seul moyen de transport qu’on peut encore améliorer».

Bienvenue chez Igor Siebold, rue Saint-Joseph. Officiellement, on entre dans l’arcade d’un bijoutier joaillier de l’élégante artère carougeoise. Dans les faits, les vitrines épurées cachent un salon des inventions désordonné. «Attention, ce n’est pas le musée de Ballenberg, j’utilise tout!» avertit l’hôte. Presque hilare, il dégaine une machine datant du début du siècle dernier. «Elle a été fabriquée à Hollywood et servait à imprimer des lettres dorées sur le cuir. Je l’ai transformée en pyrograveuse.» Désormais, c’est sur l’emballage en bois de sa dernière idée – des chemins de table en métal embouti représentant sa rue Saint-Joseph – qu’elle se rend utile.

Titane et maille milanaise

Ne lui parlez pas de récupération et de bricolage, le bijoutier n’apprécie guère les termes. «Je détourne, je transforme, je fais des amalgames. Ce n’est pas un passe-temps, il y a toujours une idée précise», assure-t-il.

Gamin, déjà, Igor Siebold modifiait tout ce qu’il trouvait. Son vélo d’abord, puis son boguet lui permettent d’avancer plus vite que les autres quand son parcours scolaire prend du retard. «Disons que l’école n’était pas adaptée à moi», sourit-il en lissant sa barbiche. A la sortie du cycle d’orientation, un professeur lui offre des cours. Il avait repéré le potentiel créatif du garçon d’Avusy et souhaitait qu’il entre à l’Ecole des arts décoratifs. En 1989, il en sort avec un CFC de la filière classique bijouterie-joaillerie.

Pour se lancer, Igor Siebold ouvre un premier atelier à la rue des Maraîchers en 1992. Juste à côté, le marché aux puces exerce un pouvoir d’attraction sur le jeune créateur. C’est là qu’il récupère une machine à tisser de l’argent. «Quand je trouve un objet, je me sens comme un archéologue. Il n’y a pas de mode d’emploi, il faut comprendre à quoi il sert.» Grâce à cette trouvaille et à son imagination – à l’origine, la machine servait à fabriquer des bracelets de montre – Igor Siebold devient un spécialiste de la maille milanaise, qu’il détourne pour créer des bijoux.

Cofondateur du marché de Noël

En parallèle, l’homme développe une fascination pour le titane. «C’est une matière dure et légère, belle et colorée», décrit le quinquagénaire. «Je m’en fiche des modes, je veux créer des objets qui durent», dit-il en louant la résistance du métal biocompatible. A ses côtés, Ioana, qui est aussi son associée et la mère de leur fille Yma, porte des boucles d’oreilles qui semblent recouvertes de soie. C’est du titane.

Enfin, on ne peut évoquer Igor Siebold sans la rue Saint-Joseph. C’est là qu’il tient boutique depuis 1994 et qu’il se bat pour maintenir en vie les petits commerces. Cofondateur du marché de Noël carougeois, celui qui se considère «écolo depuis toujours» est aussi de ceux qui s’expriment sur la question de la piétonnisation des rues marchandes. «Je dis simplement qu’on ne peut pas mettre les clients de force dans les trams. Il faut tester des solutions avant de fermer toutes les rues aux voitures.»

En ce lendemain de Fêtes, le froid sibérien n’invite pas à se balader dans les rues. Alors Igor Siebold continue d’inventer bijoux et outils au fond de son atelier. En 2017 devrait naître le premier robot de soudure réalisé à partir de la boîte de vitesses d’un radar russe trouvée sur un marché en Roumanie.

(TDG)

Créé: 11.01.2017, 17h33

Bio express

17 janvier 1964 Naissance à Genève. Grandit à Avusy.
1989 Il obtient son CFC de bijouterie-joaillerie de l’Ecole des arts décoratifs.
1992 Premier atelier à la rue des Maraîchers, dans le quartier de la Jonction.
1994 Il se déplace à Carouge, rue Saint-Joseph, et ouvre une boutique.
1997 Il fonde, avec d’autres commerçants, le marché de Noël de Carouge.
2009 Mariage avec Ioana.
2010 Naissance de sa fille, Yma.
2017
Invention en cours de développement: un robot soudeur à l’aide d’une boîte de vitesses de radar russe.

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