«Une goutte de notre époque» porte un regard sur les migrants

PortraitKerim Knight expose ses photographies réalisées au Centre d'accueil de la Roseraie.

Kerim Knight propose une exposition photographique sur les migrants rencontrés au centre d’accueil de la Roseraie.

Kerim Knight propose une exposition photographique sur les migrants rencontrés au centre d’accueil de la Roseraie. Image: Laurent Guiraud

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Il saisit son téléphone et y fait défiler des photographies. Toutes dégagent quelque chose de différent, toutes sont de lui. «Je n’aime pas me limiter à un style, j’ai l’impression de ne plus apprendre ou de ne plus m’adapter», explique Kerim Knight dans un français teinté d’accent british. Il capture tantôt des mannequins magnifiant la lumière, des yogis posant sur fond blanc, un homme assis dans une atmosphère théâtrale.

Son dernier travail mêle le portrait de personnes et l’image de leur visage sortant de l’eau deux minutes plus tard. Ces visages sont ceux de migrants croisés au centre d’accueil de la Roseraie. Des gens qui, comme lui, ont des racines ailleurs et ont récemment débarqué à Genève. «J’ai rencontré Fabrice, le directeur la Roseraie, par une amie, il m’a parlé de son travail et invité à visiter le centre. J’y ai découvert une énergie et un travail incroyables. J’y suis souvent retourné puis j’ai souhaité apporter quelque chose.» Il propose un projet avec l’eau comme fil conducteur. «Chacun est libre d’y voir ce qu’il veut: la mer traversée en bateau, la transparence d’une existence ou l’idée de renaissance.» La série se nomme Une goutte de notre époque en écho à la phrase «Vous n’êtes pas une goutte dans l’océan, vous êtes l’océan dans une goutte», du philosophe perse Rumi. Avec l’aide de Mélanie et Mathilde, il exposera son travail du 6 au 15 octobre à la galerie La Cave.

Douze ans sans art

Rien (ou presque) ne prédestinait Kerim Knight à devenir photographe. Enfant d’un père turc, homme d’affaires, et d’une mère helvético-britannique, il naît à Istanbul. Après le coup d’Etat turc de 1980, sa mère décide de s’installer à Genève avec son fils et ses trois filles. «Aux puces, j’achetais des radios que je m’amusais à monter et à démonter. Je faisais la même chose avec les voitures télécommandées. On aurait pu croire que j’allais devenir ingénieur», sourit Kerim Knight.

Petit à petit, l’adolescent se sent attiré par l’art: «J’avais un petit problème avec mon père et cela m’aidait à m’exprimer.» A 13 ans, son paternel l’inscrit dans une école militaire (et non mixte) de Londres: «J’étais dyslexique, il pensait que cela m’aiderait», précise son fils. Kerim Knight y découvre sa sensibilité artistique. Confirmé par un concours national de poésie, qu’il remporte. Puis à travers la peinture. A l’huile, il dessine ses premiers portraits; sa manière de «saisir l’âme» des gens. A 15 ans, il choisit lui-même une autre école londonienne, mixte, qui offre davantage de cours d’art où il peut s’adonner plus souvent à sa passion.

Un événement met fin à cette idylle. «Lors de mon déménagement à Istanbul, j’ai envoyé mes tableaux et mes pinceaux avec mes affaires par bateau. Lors du transfert en camion, les caisses ont été ouvertes et volées, mes dessins ont disparu. Cela m’a tant blessé que je n’ai plus fait d’art pendant douze ans.» Or, Kerim Knight possède «une personnalité qui s’adapte rapidement» et d’autres cordes à son arc. Il étudie alors l’animation 3D et commence à travailler pour un des leaders du domaine en Turquie. Puis, il suit un cursus sur l’interaction entre les humains et les ordinateurs et occupe des emplois importants dans des firmes à Istanbul, Milan et Londres. «Jusqu’à 2009, s’arrête-t-il. Lors d’un voyage à Barcelone, j’ai découvert la photographie. J’ai joué avec un appareil et mes amis m’en ont offert un. J’ai détesté mes premières images, puis, lors d’une visite chez mon père établi à Bangkok, j’ai fait des portraits et adoré ça.»

Nouveau départ à Genève

En 2012, le National Georgraphic cherche un guide à Istanbul. Kerim Knight fait acte de candidature et aide un photographe professionnel. Il suit ensuite un atelier avec le journal, qui l’invite à retourner en Thaïlande et à proposer ses images. «Petit à petit, des gens ont aimé mes photos et se sont dits prêts à me payer. Je me suis lancé.» Il ne manquait plus qu’à savoir où. «J’étais à Istanbul pour me rapprocher de mon père. Quand il est parti en Thaïlande, je me suis dit qu’il était temps de faire ce que je voulais et de me trouver un chez-moi.» A l’été 2015, il emménage donc avec son amie à Genève, la ville de son enfance. (TDG)

Créé: 02.10.2016, 21h19

Bio express

24 oct. 1979 Naissance à Istanbul

Sept. 1984 «Je peins le nouveau papier peint en soie de ma mère à Genève, ce qui me cause beaucoup de problème.»

Mai 1995 Gagne un prix au concours national de poésie du Royaume-Uni.

Sept. 1997 Vol de ses peintures lors d’un déménagement Londres-Istanbul.

Oct. 2010 Voyage seul en Amérique du Sud avec un appareil photo.

Oct. 2013 Travaille avec le photographe du National Geographic Ira Block à Bangkok.

Fév. 2014 Rencontre Zeynep, «la fille dont je suis tombé amoureux».

Août 2015 Emménage à Genève.

Du 6-15 octobre Expose «Une goutte de notre époque» à la galerie La Cave.


































































Bio express

24 octobre 1979: Naissance à Istanbul

Septembre 1984: «Je peins le nouveau papier peint en soie de ma mère à Genève, ce qui me cause beaucoup de problème.»

Mai 1995: Gagne un prix au concours national de poésie du Royaume-Uni.

Septembre 1997: Vol de ses peintures lors d’un déménagement Londres-Istanbul.

Octobre 2010: Voyage seul en Amérique du Sud avec un appareil photo.

Octobre 2013: Travaille avec le photographe du National Geographic Ira Block à Bangkok.

Février 2014: Rencontre Zeynep, «la fille dont je suis tombé amoureux».

Août 2015: Emménage à Genève.

Du 6-15 octobre: Expose «Une goutte de notre époque» à la galerie La Cave.


































































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