Rencontre avec Badia El Koutit, l’ange des migrants arabes

Arrivée à Genève en 1990, Badia El Koutit dirige aujourd’hui l’Association pour la promotion des droits humains.

Arrivée à Genève en 1990, Badia El Koutit dirige aujourd’hui l’Association pour la promotion des droits humains. Image: Georges Cabrera/Tribune de Genève

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Elle a le regard franc, l’élégance raffinée des femmes arabes et un talent d’écoute indéniable. Plongée chaque jour dans la réalité ingrate de nombreux migrants, Badia El Koutit maîtrise l’art de la diplomatie. Son Association pour la promotion des droits humains (APDH), créée en 2008, collabore au Festival international du film oriental de Genève qui démarre vendredi. «Une manifestation en phase avec mon engagement, confie cette Marocaine établie en Suisse depuis plus de vingt-cinq ans. Elle sort des clichés couscous, voile et danse du ventre, grâce à des films qui renforcent le lien entre Orient et Occident.»

Depuis la permanence téléphonique de l’APDH, Badia El Koutit gère à la fois l’intégration et l’orientation des personnes originaires des pays arabes. «Notre ONG est apolitique et non religieuse, insiste la fondatrice. On travaille en étroite collaboration avec la Ville et le Bureau cantonal de l’intégration, tout en restant une petite équipe totalement indépendante.»

Intégrer tous les citoyens

Au bout du fil, beaucoup de femmes confrontées à des situations de rejet. «L’actualité ne sert pas les arabophones, trop souvent en conflit de loyauté entre leur culture et la société occidentale, reconnaît Badia El Koutit. Notre mission consiste d’abord à les rassurer, puis à les aider à s’intégrer et mettre leurs compétences en valeur. Beaucoup ont des diplômes universitaires, mais ne trouvent pas de travail.» L’APDH aide aussi à accomplir les démarches administratives. «Nous sommes ouverts à tout citoyen, hommes ou femmes de toutes nationalités», précise cette infatigable sentinelle de la justice sociale. «Je crois que la défense des droits humains est gravée dans mon ADN, plaisante-t-elle. Et la misère sociale dans laquelle se retrouvent des personnes n’ayant d’autre tort que de venir d’autres cultures me motive à continuer. Notamment dans la lutte contre les amalgames et la stigmatisation des musulmans.»

Née à Tétouan, dans le Nord-Maroc, à la frontière espagnole, Badia El Koutit a grandi dans une ville de passage. «J’ai baigné dans ce mélange de cultures entre les rêves d’eldorado des migrants africains et la dictature de l’époque. Cette réalité suscitait une grande solidarité entre les habitants, confie l’ancienne étudiante en tourisme de Tanger. Mes parents étaient d’origine modeste, mais cultivés et progressistes. Ils nous ont poussés, mes cinq sœurs et mon frère, à faire des études. C’est certainement mon enfance qui a nourri ce principe d’égalité et d’intégrité que je défends.»

Vite confrontée aux inégalités

Arrivée en Suisse à 26 ans, par l’Ecole hôtelière de Zurich, elle est vite confrontée aux inégalités. «J’étais payée 1000 francs pour le même travail que d’autres qui gagnaient 4000 francs, se souvient-elle. J’ai compris, là, que je devrais me battre et, après deux ans d’exploitation, j’ai migré à Genève. Cette ville me paraissait plus proche de mes racines culturelles, et surtout je savais que je pourrais y développer des projets humanitaires.» Et la jeune femme n’a pas chômé. Elle suit d’abord une formation universitaire en droits humains et en gestion de projet en communication non violente. Rapidement engagée au CICR pour effectuer des missions de traductrice dans des pays en guerre, elle développe en parallèle plusieurs projets communautaires à Genève.

En 1997, elle ouvre un café culturel qui accueille débats et expositions pendant plus de cinq ans. En 2006, elle reçoit le prix Femme exilée, femme engagée de la Ville de Genève, pour son militantisme. «Ça m’a beaucoup touchée et encouragée à poursuivre mon combat pour la liberté, souffle celle qui, à peine arrivée en Suisse, était de toutes les manifs. Lorsqu’on a grandi dans une dictature, on mesure pleinement la portée d’une démocratie. Et, pour moi, manifester et défendre les libertés est plus qu’un droit, c’est un devoir.» (TDG)

Créé: 19.03.2015, 08h57

Bio express

1961 Naissance à Tétouan, dans le nord d’un Maroc en pleine dictature.

1978 Commence ses études dans le tourisme et l’hôtellerie à Tanger.

1987 Premières années en Suisse comme stagiaire à l’Ecole hôtelière de Zurich.

1990 S’installe à Genève et effectue plusieurs missions avec le CICR.

1997 Crée un café culturel et communautaire qui accueille des expositions et des débats sur les droits humains.

2006 Reçoit le Prix Femme exilée, femme engagée de la Ville de Genève.

2008 Crée l’Association pour la promotion des droits humains APDH.

2015 Collabore au Festival du film oriental.

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