La course de l’Escalade à bientôt 87 ans

PortraitAncien archéologue et ingénieur, Mefteh Ragama a participé à 17 éditions de la course genevoise.

Mefteh Ragama: «En Tunisie, j’ai reçu ma première paire de chaussures à l’âge de 10 ans. On me surnommait la gazelle.

Mefteh Ragama: «En Tunisie, j’ai reçu ma première paire de chaussures à l’âge de 10 ans. On me surnommait la gazelle. Image: Lucien Fortunati

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Vous l’avez certainement déjà aperçu dans le couloir final de la promenade des Bastions lors de la course de l’Escalade. Chaque année, depuis dix-sept ans, Mefteh Ragama aborde la même pancarte épinglée sur son pull. On peut y lire: «Bientôt 87 ans. Je cours pour ma santé et mon plaisir.» Parmi l’un des participants les plus âgés, il prend fidèlement part à la manifestation.

Né en 1933, ce Tunisien d’origine a la course à pied dans le sang. «En Tunisie, j’ai reçu ma première paire de chaussures à l’âge de 10 ans. On me surnommait la gazelle», se souvient Mefteh Ragama. Dans son pays, il était archéologue.

Entraînement quotidien

En vacances en Suisse, il rencontre Monique, qui quitte tout pour le rejoindre. Une fois marié et leur premier enfant en route, le jeune couple revient à Genève et s’y installe définitivement. Mefteh Ragama enchaîne les petits boulots avant d’être engagé en tant qu’ingénieur dans une grande entreprise.

Grand fumeur de pipe, il décide un jour de s’inscrire à la course de l’Escalade. Il n’avait pas remis ses baskets depuis longtemps. Nous sommes en 2002. «C’est grâce à l’Escalade que j’ai arrêté de fumer. Depuis je n’ai plus jamais touché à mes pipes», avoue-t-il. Ces dernières sont désormais accrochées, en guise de décoration, contre le mur de la loggia, dans son appartement de Meyrin.

L’Escalade, c’est aussi la carotte qui motive Mefteh Ragama à s’entraîner tout au long de l’année. Malgré son âge, il s’impose une discipline rigoureuse, mais reconnaît qu’il n’a pas de secret particulier. «Chaque jour, je marche entre trente et quarante-cinq minutes», déclare-t-il. En plus, il se rend deux matinées par semaine dans un fitness du côté de la Praille. Il y suit un programme spécial établi par un coach. «J’utilise les machines et exécute les exercices prévus dans mon planning», explique-t-il.

Montrer l’exemple

Au quotidien, il a opté pour un régime alimentaire sain. «Nous avons suivi des cours de cuisine spéciaux à cause de son diabète. Je lui cuisine beaucoup de légumes et peu de viande», indique Monique Ragama. Puis, avant chaque course, il engloutit un plat de pâtes pour l’énergie.

Et lorsqu’il court, Mefteh Ragama réfléchit. «Ça bouillonne dans ma tête, je pense à tous les problèmes et trouve des solutions. Quand je m’arrête, je vais directement sur l’ordinateur pour écrire mes idées.» La course lui fait du bien, tout en lui rappelant sa jeunesse. «Ce sport maintient ma santé et prolonge ma vie. Je ressens du plaisir quand je cours», déclare-t-il.

Courir, c’est également ce qu’il nomme son devoir envers toutes les personnes âgées. «Certaines d’entre elles ont besoin d’être encouragées. On peut vivre sa vie normalement peu importe son âge. Je me dois de montrer l’exemple», affirme-t-il.

Sa vie de retraité n’est pas uniquement consacrée à l'activité physique. Mefteh Ragama donne aussi régulièrement des conférences dans les EMS. Il y raconte les nombreux voyages qu’il a effectués avec sa femme. «Mefteh voulait aller à la découverte de l’ancienne route de la soie. Nous avons donc visité la Syrie, l’Ouzbékistan et la Chine.»

De leur périple, ils rapportent dans leurs bagages tapis, nappes et tableaux qui remplissent leur appartement d’anecdotes à partager. Le couple Ragama passe en outre beaucoup de temps avec ses deux filles, ses petites-filles et ses arrière-petits-enfants. «Dans notre famille, il y a quatorze nationalités différentes», affirme fièrement Monique Ragama.

Une course difficile

Cette année, Mefteh Ragama n’a pas eu de chance. Souffrant de diabète et d’hypertension, son médecin lui a prescrit un test d’effort avant de valider son inscription à la course. «Étant donné que je ne savais pas si je pouvais ou non la faire, je ne me suis pas entraîné», indique-t-il. Le médecin lui a donné son aval. Cependant, la veille du jour J, Mefteh Ragama a fait une crise de goutte.

Ne pouvant pas courir, il a tout de même fait la course en marchant et s’est arrêté au bout d’un tour. «J’ai peiné mais je suis arrivé au bout de ce tour. Mon premier réflexe a été de regarder mon temps. Arrivé à la maison, j’ai pris une douche et me suis couché un moment», rapporte-t-il. «Il était aussi bien à l’arrivée qu’au départ», révèle Monique Ragama. Sur place, il a reçu de nombreux encouragements de la part de bénévoles, du public et même du speaker. «Je demandais aux spectateurs si j’étais le premier. Cela les faisait rire», raconte-t-il.

Chaque année est la dernière, pense Mefteh Ragama. Mais chaque année, il est présent sur la ligne de départ. Peut-être l’apercevrez-vous, avec sa pancarte, lors de la prochaine édition...

Créé: 24.12.2019, 07h36

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