Chirac, la mer et la sauce béarnaise

PortraitGilles Rufenacht, le directeur de la clinique des Grangettes, pilotera également la clinique de la Colline.

«Pour éviter de parler de lui, mon père manie toujours l’humour. C’est un détachement, une élégance que j’aime beaucoup», glisse Gilles Rufenacht, pudique sur sa vie privée.

«Pour éviter de parler de lui, mon père manie toujours l’humour. C’est un détachement, une élégance que j’aime beaucoup», glisse Gilles Rufenacht, pudique sur sa vie privée. Image: Georges Cabrera

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Il arrive à l’heure, souriant, le casque de vélo à la main. Le photographe le saisit dans cette attitude décontractée. Inquiétude de l’attachée de presse: ne faudrait-il pas retirer l’écharpe? Lui n’en a cure. Gilles Rufenacht a l’art de rester simple et poli dans un monde – la politique de la santé – où les couteaux sont plutôt affûtés et les langues vipérines. L’actuel patron des Grangettes prendra dès vendredi la tête de La Colline, les deux cliniques appartenant désormais au groupe Hirslanden et employant ensemble un peu plus de 800 employés.

Jusqu’alors Gilles Rufenacht louait volontiers l’indépendance et «l’esprit familial» des Grangettes. Les choses ont changé. «Ce regroupement me réjouit. Les relations avec les assurances sont plus complexes. L’économicité devient un enjeu majeur. La force du groupe nous donnera un levier important.»

Conscient de la visibilité que lui offre ce poste, l’accort quadragénaire rend un hommage appuyé à Philippe Glatz – le propriétaire des Grangettes – qui l’a recruté en 2000, à l’âge de 26 ans. «Cela s’est fait au débotté, à l’issue d’un goûter chez des amis communs. C’est un visionnaire, un entrepreneur né. Il m’a tout appris, sans me donner de leçon.» Silence. «Au fond, ma vie professionnelle est faite de rencontres. Je crois n’avoir jamais envoyé un seul CV.»

Fasciné par la politique

Les rencontres, Gilles Rufenacht a su les cultiver. Il naît au Havre dans une famille bourgeoise protestante ayant gardé avec fierté sa nationalité suisse. Son père dirige l’entreprise Armor (spécialisée dans les consommables pour imprimantes), sa mère anime des émissions de radio. Son oncle Antoine est le maire de cette ville «rasée lors de la Seconde Guerre mondiale, un peu honteuse et mélancolique, qui a retrouvé son éclat en se tournant vers la mer et en mettant en valeur son architecture.»

Enfant, il suit toutes les campagnes de son oncle – futur mentor d’un certain Edouard Philippe – «colle des affiches dans les quartiers chauds, ne rate pas un meeting. Quand j’ai serré la main de Jacques Chirac, j’étais tétanisé. Par son aura, son charisme exceptionnels. J’ai vu que la politique pouvait changer le quotidien des gens. Du reste, je pense que j’en ferai un jour», lance-t-il, admiratif d’Emmanuel Macron et de Pierre Maudet en ces temps troublés.

L’humour, pour ne pas parler de soi

Adolescent, il enchaîne les petits boulots, «préférant le monde du travail à celui des études.» Après le baccalauréat, ses parents l’aiguillent vers l’École hôtelière de Lausanne. «Je leur en serai éternellement reconnaissant. Nous vivions simplement mais mes parents avaient une priorité: me doter d’un bagage suffisant pour que je puisse m’épanouir.»

Tout le séduit en Suisse: «La culture du service au sens noble du terme, le pragmatisme, la démocratie directe et la responsabilité individuelle.» Bien sûr, il est dépaysé: «Le matin, je cherchais l’odeur du sel. Au Havre, j’ouvrais les volets et je voyais des tempêtes et la mer déchaînée; des porte-conteneurs passaient devant moi. À Lausanne, c’était plus calme…»

Un stage au Lyrique, à Genève, lui apprend l’humilité. «On bossait de 7 h à 2 h du matin. J’ai commencé par émincer des échalotes pour la béarnaise. Le chef était assez dur. Après six mois, je l’ai remercié de m’avoir tant appris; il avait les larmes aux yeux. Ça m’a marqué.» Après le diplôme, ses camarades s’envolent vers Singapour ou New York. Lui choisit les restaurants Manora. «Un jour, le directeur a remis à sa place un client qui avait tenu des propos xénophobes à l’encontre d’une serveuse portugaise, je me suis dit: ça, c’est un patron.» Après avoir redonné vie à des boîtes de nuit à Bulle (le Globull) puis à Genève (l’ancien New Morning), Gilles Rufenacht plonge dans l’univers médical. Où il fait une autre rencontre majeure: le chirurgien Anastase Spiliopoulos. «Ce fut un coup de foudre. Ça existe aussi entre hommes! Un regard, un sourire. Et on ne s’est plus quittés.»

Et lui, dans tout cela? Sa vie privée, il l’évoque à peine. «Pour éviter de parler de lui, mon père manie toujours l’humour. C’est un détachement, une élégance que j’aime beaucoup.» Marié et père à son tour de trois garçons, il confie tout au plus aimer la montagne et la cuisine. «J’aime les choses simples. Une bonne pièce de bœuf, des pommes de terre sautées et une béarnaise. Je suis devenu un spécialiste!»

Créé: 31.01.2019, 13h33

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