L'autonomiste à la conquête de Berne

PortraitLa jeune politicienne du Jura bernois Maurane Riesen est candidate au parlement et au gouvernement cantonal.

"Être autonomiste? Dans le contexte actuel, cela signifie vouloir plus d’autonomie pour la partie francophone du canton de Berne et protéger ses spécificités." Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est un peu la taupe jurassienne infiltrée chez l’ennemi bernois. À 27 ans, Maurane Riesen, qui vient du Jura bernois mais habite dans la capitale, est candidate au parlement et à l’Exécutif cantonal pour les élections du 25 mars prochain, sous les couleurs du Parti socialiste autonome (PSA). Elle se représente aussi au Conseil du Jura bernois (CJB) – une institution régionale dont les tâches principales consistent à distribuer des subventions culturelles et à s’occuper de coordination dans le domaine de la formation – dont elle a été la première femme présidente en 2016. Rien que ça!

«J’adore Berne, c’est un cadre magnifique et les gens sont sympas, même si nous n’avons pas toujours les mêmes références culturelles», assure de son accent chantant la jeune femme, attablée devant une crêpe aux champignons et fruits de mer à la Casa d’Italia, une sorte de joyeuse cantine située à deux pas de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne, où elle a entamé il y a trois ans un doctorat en épidémiologie. «J’effectue de la modélisation mathématique pour mesurer l’impact de la vaccination contre le papillomavirus (ndlr: responsable du cancer du col de l’utérus) en Suisse», explique la biologiste.

Origines italiennes

Dans le bistrot, tout le monde parle la langue de Dante, y compris Maurane Riesen. Du sang transalpin coule dans ses veines. C’est d’ailleurs à Berne que ses grands-parents maternels avaient atterri après avoir immigré d’Italie. Et c’est ici qu’elle est née, avant de déménager à Saignelégier dans le Jura, puis à Sonceboz, au sud de la frontière de la discorde, où elle a grandi. Son nom de famille trahit par contre les racines alémaniques de son père. Ce qui fait qu’en plus d’être à l’aise en italien, la binationale maîtrise parfaitement le «bärndütsch».

Ça veut dire quoi, au fond, être autonomiste? «Dans le contexte actuel, cela signifie tout simplement vouloir plus d’autonomie pour la partie francophone du canton de Berne et protéger ses spécificités», répond la politicienne de sa voix douce. Le «contexte actuel», c’est celui du départ prochain de Moutier du Jura bernois, la seule commune de la région ayant décidé de se détourner de l’Ours pour rejoindre le Jura. Les autres ont refusé l’ouverture d’un processus de rapprochement lors d’un vote en 2013. C’est la campagne entourant ce scrutin qui a poussé Maurane Riesen à faire de la politique.

Avec un groupe d’une dizaine d’étudiants en faveur de la réunification des deux Jura, elle fonde en 2012 le Mouvement universitaire jurassien. «C’était une période hyperintéressante parce que tout le monde parlait de ce vote et nous avons voulu passer de la parole aux actes», raconte-t-elle. Ensemble, les militants organisent des conférences de presse, publient des communiqués, alimentent un blog. Mais leurs efforts ne suffisent pas. Le résultat des urnes déçoit l’universitaire, qui décide malgré tout de continuer à défendre le Jura bernois. Elle se présente avec succès aux élections du CJB en 2014 avec le PSA. «Je trouvais que c’était complètement logique par rapport à mes idées. Je suis socialiste d’abord et autonomiste ensuite.»

Discours humaniste

Ses idées, justement. Sur son site personnel, qu’elle a réalisé elle-même avec l’aide de son conjoint (le président du PSA, Valentin Zuber, de Moutier), elle liste les trois piliers de son programme politique: combattre les inégalités, décentraliser et protéger l’environnement (elle est venue au rendez-vous à vélo). Ce n’est pas un peu utopiste? «J’ai conscience qu’au sein d’un gouvernement cantonal, on est soumis à certaines contraintes, mais je pense qu’il est important d’avoir des convictions, rétorque-t-elle. Et s’il faut aller dans les détails, je peux.» D’où vient cet humanisme qui l’anime? De son père pasteur, peut-être. «Je me retrouve dans la conception chrétienne selon laquelle il ne faut pas faire de différence entre les gens, aimer tout le monde, accepter l’étranger. Ce sont des messages positifs.» Est-elle donc croyante? «C’est quelque chose qui me regarde.»

Tournée vers les autres, brillante, consensuelle, Maurane Riesen ne laisse filtrer aucune imperfection. Durant son (maigre) temps libre, elle va courir, fait du yoga, des balades, de la photo, rend visite à ses proches et à son conjoint dans le Jura bernois. «Elle est parfaite, qu’est-ce que vous voulez!, rigole l’une de ses deux grandes sœurs (elle est la benjamine d’une fratrie de quatre). C’est quelqu’un de plutôt sérieux, avec beaucoup de sang-froid, mais d’un peu décalé aussi. Elle peut s’enthousiasmer pour une bactérie et en parler pendant des heures. C’est aussi une épicurienne. Elle aime prendre le temps de bien manger et de boire du bon vin. Mais vous ne la ferez pas passer pour une alcoolique, hein!» On aurait du mal.

Même ses adversaires politiques l’admirent. «Elle est intelligente, maîtrise bien ses dossiers et elle est très agréable à côtoyer», témoigne le conseiller d’État bernois Pierre Alain Schnegg, également Jurassien bernois. Ils ont siégé ensemble au CJB de 2014 à 2016. Aujourd’hui, Maurane Riesen, qui respecte l’homme mais fustige la politique «antisociale» de l’UDC, veut lui chiper la place à Berne. «Tout nous oppose, admet ce dernier. Mais j’ai beaucoup apprécié de collaborer avec elle.» (TDG)

Créé: 06.02.2018, 09h31

Bio

1991 Naît le 21 janvier à Berne.
1994 Déménage de Saignelégier (JU) à Sonceboz, dans le Jura bernois.
2012 Débuts en politique. S’engage dans le Mouvement universitaire jurassien, dans le contexte de la votation du 24 novembre 2013 pour l’ouverture du processus de création d’un nouveau canton comprenant le Jura et le Jura bernois. «J’étais pour, malheureusement, la population du Jura bernois s’y est opposée.»
2014 Obtient un master en biologie à l’Université de Neuchâtel. Est élue au Conseil du Jura bernois (CJB), sur la liste du Parti socialiste autonome (PSA).
2015 Commence un doctorat en épidémiologie à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne.
2016 Nommée présidente du CJB. Première femme à occuper cette fonction.
2017 Triple candidate au CJB, au parlement et au gouvernement bernois pour les élections du 25 mars 2018.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...