L’artisan du vélo high-tech

PortraitEn 2015, des gens fabriquent encore des vélos à la main. Aurelio Persico est de ceux-ci.

Après cinquante heures de travail, l’artisan tient son oeuvre: «Celui-là, c’est le plus beau du monde.»

Après cinquante heures de travail, l’artisan tient son oeuvre: «Celui-là, c’est le plus beau du monde.» Image: Olivier Vogelsang

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Au départ, une rumeur. Il y aurait à Bernex un artisan qui façonne le carbone comme personne. A l’heure d’Internet, on trouve l’information précise à l’aide de trois mots-clés. «Passez lundi!» dit-il au bout du fil.

A l’extrémité de la petite zone industrielle de Bernex, on interrompt le travail d’Aurelio Persico. Après un café corsé, comme on l’aime, il dégage un vélo d’un amas. «Celui-là, c’est le plus beau du monde.» Cinquante heures de travail pour un poids plume de 600 grammes tout nu; moins de six kilos lorsqu’il est entièrement équipé. Une pièce unique qui porte l’autocollant «born in Genève». L’artisan est un militant: «Jamais deux objets semblables ne sortiront d’ici.»

En 2015, des gens fabriquent encore des vélos à la main. Aurelio Persico est de ceux-ci. Chaque année, une quinzaine de machines sortent de son atelier. Compter entre 5000 et 20 000 francs pièce. Les clients? «N’importe qui, ceux qui n’ont pas besoin d’un vélo de marque pour s’affirmer», répond-il. Par le passé, des coureurs professionnels faisaient appel à ses services, mais l’artisan a préféré arrêter: «Ils doivent gagner leur vie, alors ils mettent la pression. En travaillant pour eux, on ne mange plus.»

Du métier à tisser à la chimie

Bien qu’à mille lieues des procédés industriels, le fabricant a suivi l’évolution des matériaux. Il y eut d’abord l’acier, auquel s’est substitué l’aluminium. Et depuis une dizaine d’années, l’ère est au carbone et à sa légèreté quasi aérienne. «Un matériau astreignant et vicieux, mais tellement passionnant, dit-il en caressant un tube. Avec l’acier, nous avions le choix entre cinq ou six modèles différents. Pour l’alu, c’était une trentaine. Désormais, le carbone offre des possibilités à l’infini.» Dès lors, la chimie s’immisce dans la mécanique. Comme l’or, la fibre de carbone se décline selon sa finesse. Quant au travail de l’artisan, il consiste à créer un tissu en tressant des fils «à la manière d’un métier à tisser». Une résine vient ensuite le solidifier. En amont, il prend les mesures du cycliste – taille, poids, puissance, etc. –, dessine un modèle précis, puis découpe et assemble les tubes aux dimensions idéales.

Artisanat et technologie de pointe se mélangent donc dans ces quelques mètres carrés un peu perdus de la zone industrielle. Une activité à laquelle Aurelio Persico a consacré les vingt dernières années «un peu par hasard», aime-t-il à dire. Avant cela, le quinquagénaire exerçait le métier de carrossier précisément où il se trouve aujourd’hui. En 1994, il fabrique un vélo de descente pour Damien Mermoud, son filleul champion de cyclisme. Voilà le point de départ. D’autant que la fascination pour les moteurs s’estompe suite à un accident de moto. La carrosserie sera vendue peu de temps après.

En selle avec les malvoyants

En 2000, Aurelio Persico remporte le Prix de l’artisanat. Depuis, discrètement, il continue de façonner et d’affiner ses pièces à ceux qui le lui demandent. Parmi ceux-ci, l’association TaupeNivo, qui offre des sorties cyclistes à ceux qui ne voient pas. Pour eux, pas de mesures d’ergonomie ni de «rendement amélioré», juste de beaux tandems. Non seulement il les fabrique, mais Aurelio Persico prend également place à l’avant, offrant quelques escapades aux malvoyants.

Et ses escapades à lui? En selle, évidemment. Le père de deux enfants est coutumier des défis un peu particuliers. L’été dernier, il a participé aux 24 Heures du Mans… à vélo. L’été prochain, l’artisan prévoit de rallier Bergame, sa ville d’origine, en une seule étape. Quatre cents kilomètres à avaler en une journée. «Je pense partir vers 4 h du matin… je crois qu’il y a quelques bosses sur le chemin», plaisante-t-il. Si tout se passe comme prévu, il sera à destination quinze heures plus tard, juste à temps pour le repas du soir. (TDG)

Créé: 27.01.2015, 19h07

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