Annemasse lui livre ses secrets

Rencontre avec Guy Gavard Passionné d’histoire depuis l’enfance, Guy Gavard connaissait celle d’Annemasse sur le bout des doigts. L'ancien maire de la cité haut-savoyarde est décédé dans la nuit du 12 au 13 avril. Il avait 88 ans. Portrait.

"J’ai fait trois mois au Maroc et deux ans en Algérie. Dans l’aviation. On n’était pas les plus exposés", dit-il en évoquant la guerre d'Algérie. Image: Lucien Fortunati

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Le cheveu est blanc, impeccablement coiffé, le geste parfois hésitant. Mais ne vous y trompez pas, si Guy Gavard oublie de boire son café c’est juste parce qu’il est trop occupé à parler. Car l’homme est un conteur né qui connaît l’histoire d’Annemasse dans ses moindres détails. A 83?ans, il sort un second ouvrage. En collaboration avec Robert Amoudruz, il se penche sur la frontière, qui sépare Genève de l’agglomération annemassienne, entre 1939 et 1945.

Natif de la ville voisine, ce retraité n’en est pas à son coup d’essai. En 2006, il publie son premier livre, sobrement intitulé Histoire d’Annemasse (Editions la Fontaine de Siloé). «Il est épuisé», s’amuse-t-il. Ce Haut-Savoyard s’est toujours passionné pour l’histoire et la géographie. Au point d’en faire son métier.

De Rouen aux Invalides

La passion prend racine dans l’enfance. «On m’achetait des bouquins d’histoire, se souvient-il. Et puis, à 7?ans, ma grand-mère m’a emmené faire un voyage. Nous sommes allés à Rouen, voir la place où Jeanne d’Arc a été brûlée; aux Invalides sur la tombe de Bonaparte, puis au Havre, admirer le Normandie, le paquebot qui rivalisait à l’époque avec le Queen Mary.» Ce voyage remonte à 1938.

La Seconde Guerre mondiale approche à grands pas. «J’avais 8?ans quand elle a débuté. C’est suffisant pour comprendre le contexte, surtout dans une famille qui s’intéressait aux affaires internationales.» Il poursuit: «Mon père avait reçu sa convocation pour Königsberg. Il a pris le maquis.» De son côté, le petit Guy rend visite à sa grand-mère à Viuz-en-Sallaz, près d’Annemasse. «On y allait en tramway. L’un des wattmans, un comique, disait: «Viuz-en-Sallaz, grand centre de marché noir, tout le monde descend!»

Avec une impressionnante fluidité, Guy Gavard enchaîne les anecdotes, tissant sans arrêt un lien entre la grande Histoire et ses souvenirs personnels. Comme lorsqu’il évoque la guerre d’Algérie. «J’ai fait trois mois au Maroc et deux ans en Algérie. Dans l’aviation. On n’était pas les plus exposés. Mais j’ai quand même vu des choses. Comme les avions français qui partaient pour arroser de napalm la Kabylie», murmure-t-il, avant d’enchaîner: «Je me rappelle que j’ai été convoqué par mon colonel parce que j’étais abonné au Monde. J’avais dû argumenter, expliquer que c’était pour suivre l’économie. Il m’avait répondu: «Lisez Le Figaro!» L’octogénaire en rit encore.

Manger la choucroute à Genève

Poursuivant son récit, Guy Gavard souligne la «liaison» ancestrale entre Genève et l’agglomération annemassienne. «Il ne se passait pas une semaine sans que ma grand-mère aille à Genève. On allait au marché, au spectacle ou manger la choucroute. Une semaine avant sa mort encore, nous étions ensemble au Grand Passage.» Et d’ajouter: «Les liens ont toujours existé même s’ils ont évolué. On a tendance à l’oublier mais à une certaine époque, les frontaliers étaient des Suisses qui travaillaient dans les usines suisses installées à Annemasse. Les commerçants genevois mettaient de la publicité dans les journaux français. C’était intégré! Quant au tram, il ne s’arrêtait pas à Moillesulaz mais continuait côté français. Quelle stupidité d’avoir tout démonté pour tout reconstruire aujourd’hui!»

Une évolution que Guy Gavard ne s’est pas contenté d’étudier. Il fut en effet premier adjoint du maire d’Annemasse, Robert Borrel, de 1977 à 2001, effectuant même une année comme maire. Désormais retiré de la vie professionnelle et politique, il pose un regard bienveillant mais aussi parfois surpris sur sa ville. «Le tertiaire a pris le dessus sur l’industrie. Tout est allé très vite. Aujourd’hui, Annemasse compte 10?000 frontaliers. Ça construit partout!» lâche-t-il en jetant un œil par la fenêtre. «Par beau temps, on voit le Mont-Blanc. Ce ne sera sûrement plus le cas dans quelques années.»

Créé: 15.04.2019, 10h40

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