L’ancienne avocate règne sur un paradis d’ornements végétaux

Femme cheffe d’entrepriseHélène Schilliger a préféré le terrain aux prétoires. Mais tout n’est pas rose dans la branche.

Hélène Schilliger se réjouit que de jeunes pousses dans la famille soient prêtes à reprendre le flambeau.

Hélène Schilliger se réjouit que de jeunes pousses dans la famille soient prêtes à reprendre le flambeau. Image: VANESSA CARDOSO

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Entre les boutiques de décoration, les grandes serres et les champs à ciel ouvert, elle vit au quotidien au milieu des fleurs, des plantes aromatiques et exotiques, des ornements naturels ou sculptés à la main par les horticulteurs. Hélène Schilliger, directrice générale du garden centre éponyme, ne respire toutefois pas tous les jours le merveilleux parfum du jasmin, ni un air de vacances à l’ombre d’un palmier. Si la Maison Schilliger est florissante en ce printemps, la conjoncture n’est pas toujours rose dans la branche.

Le site de Gland, qui s’étend sur 17'000 m2, la moitié en surface bâtie, ressemble à un paradis ornemental où l’on découvre une immense collection de créations végétales, de plantes vivaces, saisonnières ou grimpantes, de rosiers et de petits fruits. Des dizaines de milliers d’espèces naturelles de toutes origines terrestres, mais aussi d’innombrables fleurs artificielles. Sans oublier la petite animalerie où s’agitent oiseaux, poissons et petits rongeurs.

L’entreprise produit – en petites séries – 80% des plantes de saison et 35% des plantes de pépinière qu’elle vend. Les agrumes, plantes de bruyère, certaines variétés d’arbustes et les plantes tropicales sont fournis par des spécialistes. Si bien que le catalogue de produits est extrêmement large et d’une grande complexité à gérer au fil des saisons, malgré l’informatique, remarque Hélène Schilliger.

Variété et fraîcheur

Par cette variété, la maison horticole veut se distinguer de la concurrence, surtout des supermarchés qui vendent une sélection restreinte: «Notre assortiment est beaucoup plus large et nous avons notre propre production que nous mixons avec des achats ciblés, relève la directrice. Les plantes sont plus fraîches car celles-ci détestent voyager. De plus, nos vendeurs sont tous des professionnels de l’horticulture.»

Les boutiques sont conçues pour valoriser une marchandise esthétique et de qualité. Le client qui se promène sur le site, explique Hélène Schilliger, découvre des mises en scène qui doivent l’inspirer. Ses deux frères en ont aussi été les promoteurs: François, responsable de la filière végétale, et Maurice, l’artiste, aujourd’hui retiré de l’entreprise, qui s’est fait connaître par ses décorations de boules de Noël et quelques collections de vaisselles.

C’est leur père horticulteur, prénommé aussi Maurice, qui créa l’entreprise en 1945 à Gland alors qu’en ce temps d’après-guerre la demande de graines potagères explose. Il fournit aussi une production de plantes qui rencontre vite du succès. À la fin des années 50, la production de plantes en pot et de fleurs coupées lui permet de devenir principal grossiste des fleuristes genevois.

Il y a cinquante ans cette année, l’horticulteur acquiert une parcelle de 4 hectares sur le site actuel et, en 1970, il ouvre le magasin. Sa femme, Agnès, a l’idée d’aménager l’espace boutique de déco et mobilier attirant toujours plus de particuliers sur place. Si bien que dans les années 80, l’activité commerce de gros pour la grande distribution est abandonnée.

Leur fille, Hélène, se voit confier les clés de la maison en 1990, une année de crise vite oubliée. Étudiant la géographie puis le droit avant de faire un brevet d’avocate, elle ne pensait pas suivre le même sillon que ses parents. Mais, la solution de management externe à la famille que son père avait en vue n’ayant pas fonctionné, elle a préféré fouler la terre que les prétoires. «Mon père songeait à vendre l’entreprise. Je ne pouvais pas le concevoir, j’ai donc fait une formation de management avant de l’intégrer.»

«Univers jardin et maison»

Et elle ne le regrette pas. Elle donne une nouvelle dimension à l’entreprise horticole, qui s’agrandit par étapes en développant un «univers global jardin et maison». La surface du magasin est doublée en 1996. Au début des années 2000, l’enseigne est posée sur deux nouvelles succursales: Plan-les-Ouates (GE) sur 4000 m2 et Matran (FR) sur 9000 m2. L’expérience de la boutique lausannoise, proche de la Riponne, qui a fait les frais du chantier du M2, ne sera pas renouvelée. La directrice réfléchit maintenant plutôt à moderniser le centre de Gland pour le rendre encore plus convivial après l’aménagement récent d’un espace restauration.

Dépendants de la météo

Hélène Schilliger se réjouit que son entreprise – qui produit 1,5 million de plantes et plantons par an – se porte bien actuellement. «Mais nous restons très dépendants de la météo, dit-elle. Le chiffre d’affaires varie de plus ou moins 30% selon les jours.» Rien n’y peut en période de canicule ou de pluie persistante. Afin d’amoindrir cet effet météo, la maison s’est diversifiée dans les accessoires, mais selon la couleur du ciel, les horticulteurs en herbe ne sont pas motivés à mettre le nez dehors et à se rendre au garden centre. La tendance, observe-t-elle, n’est d’ailleurs pas au jardinage mais aux arrangements «prêts à fleurir».

Mi-agricole, mi-commerciale, cette activité a de la peine à se faire reconnaître dans l’aménagement du territoire, se désole la directrice. Le franc fort constitue une autre plaie de la branche. Les deux décrochements de l’euro, en 2010 et 2015, ont affecté l’entreprise, qui compte 230 employés, dont 180 à Gland. Les nombreuses jardineries qui ont poussé près de la frontière en ont beaucoup profité, la poussant à compresser ses marges. Heureusement, la société est propriétaire des terrains de ses trois sites, l’aidant à passer le cap.

Désormais, Hélène Schilliger pense à sa succession. La troisième génération se profile, cinq jeunes pousses sont en train de bourgeonner au sein de la famille. L’une d’elles est même déjà sur les rails pour prendre le poste de commande dans les deux ans à venir. Mais la directrice, qui a toujours voulu déléguer afin de concilier travail et vie privée avec ses enfants, se retirera peu à peu afin d’assurer la succession. «C’est une grande fierté de pouvoir transmettre l’entreprise dans la famille», dit-elle. (TDG)

Créé: 28.05.2018, 09h50

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