Une femme d’action à l’Elysée

PortraitLa genevoise Tatyana Franck est la nouvelle directrice du Musée de l’Elysée.

Née à Genève, Tatyana Franck, 30 ans, a pris ce lundi la direction du Musée de l’Elysée, à Lausanne. Image: Vanessa Cardoso

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«Je suis une sprinteuse, une femme d’action. J’aime les défis.» Son regard d’acier ne vacille pas, il est heureusement accompagné d’un sourire charmant. Nouvelle directrice du Musée de l’Elysée, Tatyana Franck affirme volontiers son ambition à l’évocation de son passé de compétitrice, skieuse alpine qui ne craignait pas de prendre les virages à pleine vitesse. «Je faisais du super-G, du slalom géant et du slalom, mais je skie un peu moins depuis que je me suis déchiré les ligaments.»

Deux jours avant de prendre ses fonctions – ce lundi 2 mars –, celle qui succède à Sam Stourdzé accueille avec naturel dans le café de l’institution lausannoise. Malgré les dernières touches d’organisation de l’expo «Les Caran d’Ache de Picasso», qui s’ouvre en mai à Interlaken, et son tout récent déménagement à Lausanne, l’ancienne directrice des Archives Claude Picasso est déjà totalement focalisée sur ses nouvelles responsabilités, au point d’avoir un peu de peine à porter son attention sur son passé pour ne regarder que l’avenir et les projets qu’elle compte mener à bien pour son nouvel employeur.

Une vision à long terme
Une attitude qui ne devrait pas déplaire aux autorités politiques vaudoises, qui attendent d’elle plutôt un marathon qu’un sprint à la tête de l’Elysée. Cet aspect de son engagement ne l’effraie pas. «Claude Picasso m’a fait confiance très jeune, je suis finalement restée huit ans. Je m’inscris dans la durée, avec une vision à long terme, sur dix ans pour l’Elysée.» Sa fonction l’habite, elle énumère déjà ses tâches: inventaire, numérisation, création de liens transversaux avec le Théâtre de Vidy, l’Hermitage, Genève et, pourquoi pas, la Suisse alémanique, où elle a déjà pris contact avec le Musée de la photo de Winterthour.

Dans l’immédiat, toute son énergie «fédératrice» va déjà au Pôle muséal, «ce magnifique projet». Mais la conscience de ses devoirs professionnels confine à l’abnégation de sa propre personne ou plutôt à la méfiance de l’inquisition médiatique. Elle reste vague sur son quartier lausannois, ne veut plus commenter l’Encyclopédie de l’amour de son mari, Alexis de Maud’huy. «J’ai mes charges, il a les siennes.»

«J’ai quatre frères et je suis l’avant-dernière. J’ai dû m’imposer»

Sur ses liens familiaux – elle est la fille du galeriste Eric Franck et la nièce du monument de l’histoire de la photographie, Henri Cartier-Bresson, «un regard toujours sur le qui-vive» –, elle oscille entre reconnaissance et coupe du cordon ombilical. «J’ai quatre frères et je suis l’avant-dernière. J’ai dû m’imposer.» Entre cadrage et tirage, la photographie lui a appris à regarder, mais ne l’a pas immédiatement happée.

«J’ai eu à me démarquer de mon environnement pour écrire ma propre histoire. Je ne me suis pas tout de suite dirigée vers la photo, mais vers l’art moderne et contemporain. Par contre, je savais que je voulais m’épanouir dans le monde de l’art.» A 17 ans, la vision d’une image de Nan Goldin – «une prostituée de Bangkok» – la marque profondément. Les rencontres feront le reste.

Pas de fausse modestie
Dès son plus jeune âge, elle travaille, cumule les expériences en parallèle à ses études, comme pour l’imprimerie d’art Idem, où elle officie déjà à 17 ans. Sa précocité laisse entrevoir une première de classe, mais elle ne rebondit pas sur la qualification, se contentant de concéder: «Je suis une travailleuse.» Pas de fausse modestie chez la directrice de 30 ans. «C’est ce qui me permet d’être là aujourd’hui.» Ses origines françaises et belges ne l’empêchent pas de revendiquer ses «racines suisses» avec un peu de défi dans la voix à destination de ceux qui la verraient comme une étrangère. «Et mon cœur est à Lausanne.»

Nomade et voyageuse – elle a habité Londres, Paris, se rend souvent en Asie pour ses études et en Amérique latine pour des expos –, la jeune femme n’entend évidemment pas se laisser piéger par ses antécédents patrimoniaux (Picasso, Cartier-Bresson), consciente des risques de népotisme. «Il n’y aura pas d’exposition Cartier-Bresson à l’Elysée. Car elle existe déjà: celle de Clément Chéroux, magnifique, vient de s’ouvrir au Palacio de Bellas Artes de Mexico.» Prête à des expériences institutionnelles avec Instagram, site de partage de photos, elle souligne son intérêt pour la création contemporaine, «les jeunes talents», rappelant sa découverte de l’artiste Prune Nourry et ses liens anciens avec le photographe activiste JR.

L’ancien et le moderne, la gestion et l’artistique: Tatyana Franck, dans sa recherche avouée d’équilibre, ne craint pas de jongler avec les contraires. Parmi ses nombreux sports – tennis, volley, voile –, elle cite volontiers une école de cirque où elle a pratiqué le trapèze, le trampoline. Façon peut-être de dire qu’elle retombe toujours sur ses pieds. «Je cours aussi beaucoup.» Et les pentes de Lausanne ne lui font pas peur. Au contraire, elle s’en réjouit. (TDG)

Créé: 02.03.2015, 21h09

Carte d'identité

Née le 12 mai 1984 à Genève.

Cinq dates importantes
1996 8e du championnat de France de ski alpin dans la catégorie benjamine.
2001 Maturité fédérale scientifique.
2007 Début de son travail pour Claude Picasso.
2012 Vernissage de «Picasso à l’œuvre - Dans l’objectif de David Douglas Duncan» à la Piscine de Roubaix, expo dont elle assure le commissariat.
2014 Commissionne l’expo «Terracotta Daughters» de Prune Nourry au Museo Diego Rivera Anahuacalli de Mexico City.

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