Un expert fiscal au secours du tourisme suisse

PortraitPhilippe Lathion, administrateur.

Image: ODILE MEYLAN

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Il arrive à Sion dans un superbe coupé allemand. Philippe Lathion fait partie des nombreux Valaisans restés dans la région lémanique après leurs études, mais qui gardent un attachement viscéral à leur canton d’origine. «On se sent encore plus Valaisan quand on vit à l’extérieur», insiste le citoyen de Cologny (GE). A 58 ans, il est associé-partenaire de l’une des plus grandes fiduciaires du pays, le Groupe Berney. Plus de 150 collaborateurs actifs à Genève, Lausanne, Fribourg et Sion. «C’est un métier fantastique, à condition d’être curieux. En conseillant nos clients, on comprend leur façon de fonctionner, on touche aux enjeux de la société. On est entrepreneur aux côtés des entrepreneurs.»

L’expert-comptable mène sa carrière pied au plancher. Au gré des rencontres, il est entré dans le monde des médias. Il préside la télévision genevoise Léman Bleu et siège au conseil d’administration du groupe Hersant en Suisse, qui édite plusieurs quotidiens romands. Il précise s’y intéresser surtout sous l’angle économique: «L’enjeu des revenus publicitaires, la difficile transition vers le numérique, ce sont des défis passionnants.»

Amoureux de la montagne

La visibilité médiatique, en revanche, n’attire guère cet administrateur fort occupé. S’il a accepté de se prêter au jeu, ce n’est pas pour étaler sa vie privée, mais pour évoquer ses ambitions dans le tourisme. Président de Télénendaz pendant vingt ans, amoureux de la montagne, Philippe Lathion a eu tout loisir d’observer la baisse de fréquentation des stations. Pour lui, la cherté de la Suisse n’explique pas tout. C’est le manque flagrant de capacité d’hébergement qui est en cause. «Pendant des décennies, on a privilégié la construction de résidences secondaires. Je n’ai rien contre, toutes les destinations ont besoin de propriétaires pour tourner. Les banques et les investisseurs ont soutenu ce modèle sûr. Mais on a oublié que le but du tourisme, c’est de recevoir des vacanciers et leur vendre des expériences touristiques. Pour cela, il faut des lits. Or les résidences secondaires sont pour la plupart très difficiles à louer.» L’offre hôtelière, quant à elle, reste bien souvent insuffisante dans nos régions.

Costume bleu nuit, sourire confiant, Philippe Lathion dit vouloir «transformer le problème en opportunité». Comment? En bâtissant des complexes de 500 lits au pied des pistes de ski, destinés à la classe moyenne – en particulier aux familles. Un produit standardisé, mais de qualité suisse, à des prix abordables. «Un peu comme Hayek l’a fait avec sa Swatch», glisse le Valaisan de cœur, qui a peaufiné son concept pendant trois ans. Convaincu, il lance en 2014 un fonds d’investissement dans le but de réaliser de tels projets. Le succès sera spectaculaire, et les sollicitations nombreuses de la part de stations en mal de lits disponibles.

Première résidence à Vercorin

Cette chaîne s’appellera Swisspeak. La première résidence, devisée à 27 millions de francs, est en construction depuis le printemps dernier à Vercorin. Un deuxième chantier vient de s’ouvrir à Zinal. Les suivants sont prévus à Morgins et à Champéry, tandis que plusieurs dossiers sont à l’étude ailleurs dans les Alpes. Toujours selon les mêmes principes: un projet ne démarre que s’il est entièrement financé, tous les logements sont mis en location et restent propriété du fonds.

En bon comptable, Philippe Lathion cite sa règle d’or: «Ne pas construire plus cher que ce qui correspond au rendement attendu.» Les investisseurs sont, pour l’heure, des institutions suisses. Pragmatique, il ne leur promet pas de miracle, mais leur annonce une rentabilité de quelques pour-cent par année. Le futur exploitant – le géant Interhome – fonde ses calculs sur des taux d’occupation prudents, de l’ordre de 60% en hiver et 30% en été. «Le marché de la location va s’accroître, parie l’homme d’affaires. La nouvelle génération n’a plus envie d’acquérir une propriété pour la transmettre à ses enfants. Les jeunes nés en ville, habitués à Airbnb, privilégient la qualité et le confort de vie. Ils veulent des vacances actives.» C’est ce créneau que Swisspeak entend exploiter, avec un objectif de 4000 à 5000 lits en 2020.

Agir et s’investir

Agir et s’investir plutôt que de donner des leçons, telle pourrait être la devise de Philippe Lathion. «Des Yaka, il y en a assez», plaisante ce féru d’aviation. Prochaine mission: finaliser l’application mobile qui permettra aux vacanciers de profiter de leur séjour. «C’est une conciergerie virtuelle. Le client peut recevoir des offres de prestataires locaux, choisir et payer les services qu’il désire. Techniquement, tout est possible! Sur place, quand il ira skier et qu’il passera devant un restaurant, le menu s’affichera sur son téléphone et il pourra directement réserver sa table…» Même si les processus sont industrialisés, le tourisme reste une affaire d’émotion, conclut Philippe Lathion. «Comme le vin!» (TDG)

Créé: 04.10.2016, 10h09

Carte d'identité

Né le 28 mai 1958 à Nendaz (VS).

Cinq dates importantes


1983 Mariage.

1984 Partenaire de la fiduciaire RFF à Genève, puis, au fil des rapprochements, du groupe Berney associés.

1986 Naissance de sa fille, qui sera suivie d’un garçon en 1991. Diplôme fédéral de spécialiste en finance et controlling.

1988 Diplôme d’expert-comptable.

2014 Crée le fonds d’investissement Mountain Resort Real Estate Fund SICAV. La première résidence touristique doit ouvrir à Vercorin pour l’hiver 2017/2018.

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