Mike Horn: «Ça ne me gênerait pas de mourir dans la montagne»

RécitAvant de filer sur «The Island, saison 2», Mike Horn publie «Vouloir toucher les étoiles». Entre les récits d’expédition se glisse le fantôme de Cathy. Confidences

A 49 ans, l’aventurier Mike Horn dit ne pas craindre la mort mais doute volontiers. «Ça stimule!»

A 49 ans, l’aventurier Mike Horn dit ne pas craindre la mort mais doute volontiers. «Ça stimule!» Image: CHANTAL DERVEY

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Par cette après-midi de carte postale alpestre, Mike Horn hume le bon air de Château-d’Œx, dans son chalet des Moulins. «Quand nous sommes arrivés ici il y a dix ans, les vaches paissaient dans le futur salon!» Le Sud-Africain a le tutoiement facile, la parole franche, juste parfois fâchée avec la syntaxe. «Si je pars seul, c’est bien pour ne pas avoir à causer.» Toujours visiteur, même dans sa propre maison, l’explorateur se sent paradoxalement chez lui partout. «C’est à la fois triste, tu n’as même pas un placard à toi. Et encourageant. Si tu poses tes habits dans l’armoire, c’est que tu vas rester. Pour gagner ma vie, je pourrais rester en Suisse, donner des conférences, participer à des télés, coacher des équipes de foot. Mais, moi, je ne veux pas me poser.» La cinquantaine le guette, il s’en amuse en se frottant le front. «Bientôt plus de cheveux. Je grimpe moins vite, c’est sûr. Mais l’expérience compense.»

Annika, son aînée de 22 ans, joue la secrétaire particulière. «A 50%, comme sa sœur Jessica, 20 ans. La vie continue, pas la même, mais elle se relance avec une autre énergie.» Son épouse, Cathy, est décédée au printemps dernier. Le clan se dit convaincu de sa protection. «Comme les anges qui, selon ma vieille mère, ont veillé sur mon berceau», sourit Mike Horn. Vouloir toucher les étoiles, son cinquième livre, lui est dédié. «Après sa mort, j’ai pensé qu’il fallait suivre son idée. M’exposer davantage. Expliquer comment j’avais grandi, éduqué mes enfants. Le livre, c’était pour donner à voir à ceux qui n’ont ni l’envie ni la capacité d’aller là-haut.» Et d’ironiser: «Parce que, sans ce partage, je ne suis rien. Ma gueule ne sera jamais sur un billet de 5 dollars comme Edmund Hillary, je le pressens!» Une ombre trouble soudain une sérénité qui semblait inébranlable. «J’ai souvent été critiqué par le public suisse. J’étais un tyran qui n’en avait rien à foutre de sa famille. Alors que nous sommes un clan très soudé.»

Transmettre le flambeau

Le sportif de l’extrême le répète en mantra. «J’ai sans doute loupé beaucoup de moments importants avec les filles. Leur mère s’est chargée de leur éducation, et je lui faisais confiance à 100%. Comme d’autres pères, je ne rentrais pas le soir, crevé, à la maison. Je ne leur offrais pas un vélo ou un ordinateur. Mais, ensemble, nous avons voyagé.» Ses yeux brillent comme un Père Noël sur la banquise. «Elles étaient les plus jeunes sur l’Arctique! Nous avons remonté l’Amazone, vécu dans la jungle, traversé la Sibérie, marché parfois 500 kilomètres! A 11 et 12 ans!» Au-delà des horizons, il possède un argument définitif: «Si les filles m’avaient demandé de rester, j’aurais renoncé. La mort… je sais que je suis sur la liste, ce n’est qu’une question de temps. Ça ne me gêne pas de mourir sur la montagne, dans la foulée de ce que j’aime. Sauf que Cathy n’est plus, et je me sens plus qu’avant responsable de mes petites filles.»

Il dit encore leur avoir transmis le flambeau. Savoir, comme son paternel le lui conseillait, voir plus loin que le mur de sa chambre. «Une nuit, la tempête s’est levée en plein pôle Nord. Nous étions dans la tente, elles restaient tranquilles. Les autres expéditions s’agitaient, appelaient un hélicoptère pour partir, croyaient mourir. Elles ne craignaient rien. Je n’ai pas voulu les élever comme des gosses peureuses, recroquevillées sur la sécurité.»

En guise d’accroche, son récit coupe le souffle avec le suspense de quatre sommets à 8000 mètres à enfiler sans oxygène. Le puriste regrette le business de la grimpe. «Avec 100'000 balles – plus que ce que je gagne par année – un banquier peut aller au sommet de l’Everest, se payer une expédition avec des porteurs, de la bonne bouffe, du vin au camp de base. Si Erhard Loretan (ndlr: mort à 52 ans, en 2011, dans l’ascension du Grünhorn) était toujours vivant, il ne supporterait pas ça!» Le baroudeur préfère retenir les amitiés solidifiées dans la souffrance. Ou dans la fatalité. «Quand tu risques, tu prends conscience plus intensément de la vie. Une pierre qui frappe à l’épaule, tu sais que, quelques centimètres plus loin, elle aurait tué.»

Pourtant, dans Vouloir toucher les étoiles, ce sont les chapitres de mémoire intime qui retiennent, comme des «camps» intermédiaires où le marcheur se confierait en attendant le juste créneau horaire pour attaquer la dernière ligne. Orphelin à 18 ans, Mike Horn raconte une enfance singulière à Johannesburg. «Chez nous, j’étais poussé à aller au bord de la falaise, pas à m’en écarter. Tu prends le risque de voir plus grand. Très jeune, j’ai eu cette liberté.» Et de développer sa «philosophie portable» dans une société qui vise plutôt le risque zéro. «Nous possédons tous la faculté de vivre à fond, mais beaucoup s’en détachent. Mon père, mort à 42 ans, m’a légué ça: «Tu es unique, vis à fond.»

La plénitude malgré le deuil

A mots patients, celui qui peine à se rêver en patriarche sonde la plénitude qui l’habite malgré le deuil. «La dernière année, on a rigolé, on n’a jamais pleuré autour de Cathy. Ce n’est pas ça, le message de la mort. Je regarde les albums de photos, je me dis: «Oh, la vache! Pourquoi vivre plus longtemps!» Moi, souvent, vraiment souvent, je raisonne avec Dieu: «Prends-moi, j’ai vu des choses, laisse les autres en paix.» Les souvenirs le chavirent. «Cathy, Néo-Zélandaise, était venue comme moi à pied à Château-d’Œx, avec vingt balles dans la poche. Je dormais au bord de la rivière, dans des granges, et nous avons construit une vie ensemble. C’était notre but. Vingt-cinq ans de bonheur sans jamais s’engueuler.» L’harmonie intense lui a permis de rêver haut. «Chaque expédition était plus ambitieuse. Pour le reste, nous avons gardé la même maison. Sans compliquer l’essentiel.»

Comme le grimpeur qui calcule ses chances, Mike Horn mesure son destin avec sang-froid. «Quand Cathy est partie, j’étais déjà heureux de l’avoir eue pour ce temps.» Sous la muraille placide, les chagrins obéissent au vers de Baudelaire: «Sois sage, ô ma Douleur». L’expatrié nuance. «Ma vie, ce n’est pas toujours un bouquet de roses. J’ai perdu mon père, puis mon plus grand ami, et deux ou trois copains par année. C’est beaucoup. D’ailleurs, le pire serait d’annoncer la mort d’un équipier à sa femme. Si tu rentres dans un sac…»

Une équipe de M6 rôde dans le chalet. Les Parisiens tournent un portrait du montagnard pour la deuxième saison de The Island . Mike Horn y intervient en expert des tactiques de survie des candidats. «Au départ, j’ai refusé. Ensuite, comme il ne s’agissait pas de télé-réalité, j’ai pensé pouvoir peut-être donner des trucs, mon vécu. S’ils trichent, je les ai prévenus, je me casse. Après 25 ans, il m’aurait été impossible de dénaturer mon nom pour un truc pareil. Mal payé, en plus!» Il repart dans une quinzaine pour la nouvelle formule, quinze hommes, quinze femmes. «J’ai appris pas mal en les regardant. Tiens, ma sérénité, elle vient sans doute de là. Du focus. Eux, ils multiplient des problèmes dont j’ignorais même l’existence.» (TDG)

Créé: 04.10.2015, 10h58

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