La plaidoirie d’une Genevoise à Caen

Rencontre avec Roxane Allot L'avocate stagiaire sera la seule candidate à défendre les couleurs suisses au concours international de plaidoiries à Caen.

Le 31 janvier, Roxane Allot participera au concours international de plaidoiries des avocats au Mémorial de Caen.

Le 31 janvier, Roxane Allot participera au concours international de plaidoiries des avocats au Mémorial de Caen. Image: Georges Cabrera

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L’avocate commence par un aveu: «Je ne suis pas encore prête», confie Roxane Allot en comptant les douze jours qui la séparent du concours international de plaidoiries des avocats au Mémorial de Caen. La stagiaire de l’étude genevoise Jaquemoud Stanislas sera la seule candidate à défendre les couleurs de la Suisse. Son père fera le déplacement pour écouter sa fille… mais aussi pour goûter aux célèbres tripes à la mode de Caen et aux plateaux de fruits de mer pêchés au large des plages du Débarquement. «Dans la famille, on vit un peu pour manger», sourit la candidate de 23 ans en évoquant le couscous de sa grand-mère, qui vivait en Algérie. Des bons vivants certes, mais drillés aux vertus de la volonté. A grands coups de «quand on veut, on peut». «Mon père croit en moi depuis toujours, mais quand je lui ai demandé s’il me donnera sa voix à Caen dans la catégorie prix du public, il a répliqué: «Je la donnerai au meilleur candidat.» Le ton est donné.

«Parfois, j’agaçais en classe»

La candidate genevoise a passé son enfance dans une maison à deux pas du Léman en France voisine. Son père et sa mère mènent chacun une brillante carrière. Pour parer aux aléas du quotidien, des jeunes filles au pair se succèdent. Norvégiennes, suédoises, autrichiennes «et une Russe aussi». «Mon papa, m’aidait pour les maths, ma maman pour les langues.» Français, le père est directeur commercial dans une multinationale. Sa femme, saint-galloise d’origine, travaille à la Cour de conciliation et d’arbitrage de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Une organisation présidée durant une douzaine d’années par un certain Robert Badinter, ancien ministre de François Mitterrand et avocat de formation. «Je veux faire le même métier, et cela depuis l’âge de 7 ans, explique-t-elle. Une figure comme Badinter et son combat pour les droits de la défense et les droits de l’homme m’ont bien entendu marquée.» Tout comme un ouvrage sur les grands procès offert par sa mère: de Nuremberg à Clearstream en passant par Klaus Barbie.

Sérieuse, «intello cool» selon ses termes, toujours première de classe, Roxane Allot a fait ses écoles à Thonon-les-Bains et à Douvaine. «Parfois, j’agaçais quand je me retournais pour demander à des camarades de se taire.» Elle pratique à cette époque un sport noble, l’équitation, durant une dizaine d’années. «Puis, j’ai arrêté à cause des études. Je n’aime pas faire les choses à moitié.» On l’avait compris.

Roxane, qui lit Zola sur une liseuse électronique, est une fonceuse, «un peu obnubilée par sa carrière», selon des proches. Froide en apparence. Sérieuse mais jamais arrogante, encore moins antisociale, dit-elle en citant ses fidèles et nombreux amis d’enfance. «A table, c’est moi qui parlais le plus en famille. J’imagine que ça n’a pas dû être toujours facile pour ma sœur.» Qui ne s’en sort pas trop mal non plus, puisque la cadette étudie en Angleterre à la London School of Economics.

Si elle aime la technicité du droit commercial, Roxane Allot en pince pour la défense des droits humains. «C’est pour cela que j’ai choisi de défendre à Caen l’avocate égyptienne Mahinour qui se bat dans son pays contre plusieurs régimes pour les migrants et les manifestants. Elle a 28 ans et est emprisonnée. Si je n’étais pas née en Suisse, j’aurais peut-être été une avocate comme elle.»

«Pas l’esprit de compétition»

En matière de concours, la Franco-Suisse n’en est pas à son coup d’essai. A Vienne, lors de ses études à l’Université de Genève, elle prend part à une compétition d’arbitrage international par équipes entre 2013 et 2014: «Nous avons fini deuxième sur 300 formations en lice. Mais j’ai été frustrée de ne pas avoir pu plaider dans ma langue.» Qu’à cela ne tienne, l’année suivante, lors de son passage à l’Université de Bâle, elle remporte avec sa coéquipière alémanique le concours de plaidoirie à la Cour européenne des droits de l’homme. «C’était la première fois qu’une université suisse remportait cette épreuve.»

Au début de l’an dernier, Roxane Allot commence son stage ainsi que l’école d’avocature à Genève. En voyant que le bâtonnier invitait ses jeunes troupes à tenter leurs chances à Caen, la stagiaire se dit une fois encore «pourquoi pas». Et après? Elle s’intéresse aussi au concours genevois d’art oratoire Michel Nançoz: «C’est une épreuve plus littéraire et philosophique. On verra. Mais vous savez, je n’ai pas l’esprit de compétition, je me prends au jeu.» Nuance. (TDG)

Créé: 19.01.2016, 20h12

Bio express

18 mars 1992 Naissance à Genève.
Juin 2010 Baccalauréat en sciences économiques et sociales. Mention très bien.
Septembre 2013 Bachelor en droit aux Universités de Genève, Zurich et Bâle. Master bilingue en droit commercial.
Avril 2014 2e place au concours international de droit des affaires Vis Moot Court à Vienne.
Avril 2015 1ere place au concours René Cassin à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
Eté 2015 Elle débute son stage au sein de l’étude Jaquemoud Stanislas. F.M.

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