Eric Buche: pour mieux raconter, il dessine

PortraitLe matin, il pose ses idées, il rédige. C’est le temps de la réflexion et de l’esprit clair. L’après-midi, il encre, colorie, sur fond musical.

Le dessinateur de BD Eric Buche chez lui, à Onex. Où, l’après-midi, il encre et colorie sur fond musical.

Le dessinateur de BD Eric Buche chez lui, à Onex. Où, l’après-midi, il encre et colorie sur fond musical. Image: GEORGES CABRERA

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A 10 ans, la bande dessinée le portait déjà. Il ne signait pas encore Buche, car son vrai nom est Buchschacher. Eric a des origines bernoises, mais des parents schaffhousois. Le dessin, lui, ne connaît pas de frontières et c’est de la BD belge, celle de Spirou, que le jeune Genevois était fou. De Franquin, surtout. Mais c’est Peyo, le créateur des Schtroumpfs, qui l’a encouragé le premier. Au moyen d’une dédicace au dos d’une des pages du fascicule que notre garçon vendait 1 franc aux élèves de son école. «Dès la deuxième enfantine, je dessinais beaucoup. Raconter un truc m’y poussait. J’agrafais les pages pour former des histoires. Je n’ai jamais aimé faire un dessin tout seul. Ça me procurait moins de plaisir.»

Buche a publié avant Zep. Mais c’est pour Tchô, le magazine (aujourd’hui disparu) de Titeuf, qu’il a inventé Franky Snow, le héros de papier qui l’a rendu célèbre. Surnommé le roi de la gamelle, ce casse-cou à mèche bleue, frimeur fun, as de la glisse et dragueur, se raconte sur douze titres, vendus, chacun, à quelque 40 000 exemplaires. «Le modèle du personnage est né lors d’un travail de commande, une BD de prévention sur le danger d’avalanches. J’avais inventé quatre skieurs et snowboarders. Il est l’un d’eux.»

L’envol du «Vent des cimes»

C’est pour une histoire de pionniers de l’aviation dans les Andes, Le vent dans les cimes, que le bédéaste est, cependant, à l’honneur à La Bibliothèque municipale de Lausanne. Ce roman graphique développe, en un style semi-réaliste, les atmosphères des années 30 en Amérique du Sud. Un travail en tandem avec le scénariste Christian Perrissin, une vieille connaissance avec laquelle il avait inventé, il y a plus de vingt ans, les aventures d’Hélène Cartier. Un compagnon avec qui il envisage un nouveau roman graphique autour de l’histoire des zeppelins.

Eric Buche est marié et père de trois enfants. Il travaille dans les sous-sols aménagés en atelier d’une villa du côté d’Onex, non loin de l’ancien golf genevois des Evaux où Churchill et les fonctionnaires de la Société des Nations aimaient s’aérer les poumons. Lui y court volontiers, de préférence avec des amis. Il ne rate pas une Course de l’Escalade et a participé plusieurs fois à Sierre-Zinal. Sportif, il a essayé la plupart des disciplines chères à son Franky. «Lorsque j’avais 20 ans, mon père était encore jeune. Nous passion nos fins de semaine en montagne, skiant l’hiver, marchant l’été. Mais, ado, je n’ai pas expérimenté les sports extrêmes. Ça ne se pratiquait pas encore. L’extrême, pour nous, s’arrêtait au hors-piste et aux pistes noires.»

Petit-déjeuner pour la famille

Calme, posé, svelte, persévérant – «une qualité nécessaire dans le métier» – l’auteur, contrairement à son héros, n’a plus beaucoup de poils sur le caillou. Quant à la touche fun, elle se manifeste par le port d’une montre vert fluo. Le matin, avant de dessiner, il organise le petit-déjeuner pour la maisonnée. Et à midi, il cuisine pour son fils et, en ce moment, pour un stagiaire qui se forme chez lui. Il aurait tendance à être casanier. La BD exige temps et retrait en moine copiste. Heureusement, des boulots de communication, pour des privés, des associations ou des services de l’Etat, le relient au monde. Il travaille encore à la main, même, rarement, pour la mise en couleur, mais l’ordinateur et des programmes de plus en plus sophistiqués lui procurent pratiquement le même plaisir.

Buche aime les contraintes. «Je me suis demandé dernièrement ce qui me motivait dans mon métier. Le fait de toujours apprendre quelque chose en fait partie. Sortir de la série permet de se confronter à d’autres difficultés. J’ai pris des cours de montage vidéo, et je me suis aperçu que ça me procurait de nouvelles clés me permettant d’aller plus loin dans le découpage.»

Le matin, il pose ses idées, il rédige. C’est le temps de la réflexion et de l’esprit clair. L’après-midi, il encre, colorie, sur fond musical. Dans la BD suisse, celui qui a étudié la gravure et le dessin aux Beaux-Arts cite Marini, Zep, Peeters et Tirabosco. Autrement, il lit Delisle, Guibert ou Blain, des auteurs explorant des univers qu’il ne pratique pas. (TDG)

Créé: 30.03.2015, 13h56

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