Claude Luyet, l’artisan du film d’animation

Claude Luyet ne pensait pas devenir un professionnel de l’animation. Il compte pourtant neuf films à son actif.

Claude Luyet ne pensait pas devenir un professionnel de l’animation. Il compte pourtant neuf films à son actif. Image: Magali Girardin

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Le cinéma d’animation genevois apparaît toujours?aussi riche de talent. Pour preuve, Le fil d’Ariane, le dernier court-métrage de 13 minutes réalisé par Claude Luyet et présenté en avant-première en février dernier au cinéma Bio. L’auteur en dessine les traits: «Il s’agit de l’évocation de la vie d’une femme au XXe siècle. Une représentation symbolique de la génération de mes parents. Mais il m’a fallu beaucoup de maturation et leur disparition pour que je m’y attelle…»

Fort d’une carrière longue et singulière, que l’on qualifiera volontiers d’animation passionnée, il s’est très vite dirigé vers les arts appliqués. «Enfant, j’étais déjà attiré par le dessin. Pas étonnant qu’après mes études obligatoires je me sois rapidement tourné vers un apprentissage de graphiste, assorti de la fréquentation régulière de l’Ecole des arts décoratifs. J’y ai rencontré des étudiants aussi passionnés que moi, comme Bernard Haldimann et Francis Gendre. Nos goûts variaient de la peinture à l’illustration. Et peu à peu l’idée de l’animation cinématographique s’est forgée en moi. A cet égard, le réalisateur Nag Ansorge a grandement guidé mes pas».

La naissance de GDS

Nous revenons soudain au début des années 70: l’éclosion du mythique studio GDS, où nous retrouvons Claude Luyet en compagnie d’autres figures genevoises, Georges Schwitzguebel et Daniel Suter. «Nous étions des autodidactes, les idées foisonnaient, nous faisions partie d’un terreau artistique qui passait notamment par Carouge. Une belle et puissante émulation que le Français Manuel Otero a favorisée, en offrant l’opportunité de produire un film collectif à Paris. Un travail de titan avec des moyens minuscules, en tirant le diable par la queue, rapporte Claude Luyet. Il n’empêche que ce fut une époque merveilleuse et fondatrice. Avec de l’enthousiasme et le sentiment de se trouver soutenus par nos potes. Ricochet fut mon premier film personnel dans le genre. L’aube d’une activité que je n’imaginais pas pratiquer aujourd’hui encore.»

De ces années fécondes, un élan naquit: «Oui, mais je ne pensais pas devenir un pro de l’animation. Tout simplement parce que cette joie de créer ne nourrit pas son homme. Depuis des années, je dois me débrouiller pour joindre les deux bouts, par le biais de petits boulots. Tout en appréciant à leur juste valeur les aides qui m’ont été apportées par de généreux partenaires ou des institutions fédérales ou cantonales.»

Enfin la reconnaissance

Peu à peu Claude Luyet est parvenu à la reconnaissance qu’il mérite; tout comme ses complices. «J’assume ce trajet atypique avec plaisir, affirme cet ascète de l’art, qui vit à des années-lumière des grandes productions internationales. Voilà toute la différence entre notre artisanat et l’incroyable puissance de production et de distribution des grands réseaux mondiaux, qui nous laissent quelques miettes. Ce qui se traduit par des invitations aux festivals internationaux. Mais rien ne vaut la joie de créer. A l’exemple de la belle histoire d’Animatou, film né à l’initiative du festival international d’animation du même nom, qui a fêté ses 10 ans en 2015.»

Il a fallu un an de développement et trois de réalisation pour Le fil d’Ariane, une sorte d’aboutissement pour l’infatigable et éclectique créateur. Ce dernier a parcouru le monde pour y trouver l’inspiration. Reconnu presque silencieusement depuis longtemps, un art nouveau apparaît peu à peu… à la lumière. Tout comme la longue et prolifique carrière – déjà ponctuée de neuf films – de Claude Luyet. (TDG)

Créé: 11.05.2016, 09h41

Bio express

1948 Naissance à Genève.

1967 Diplôme de graphisme à Genève et découverte du cinéma d’animation au festival d’Annecy.

1969 Rencontre avec le réalisateur français Manuel Otero.

1970 Création du studio GDS à Carouge.

2005 Festival et film Animatou.

2016 Court-métrage Le fil d’Ariane.

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