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Polémique à l’italienne
Un drôle de sexe prend de la place à Naples

L’installation de Gaetano Pesce sur la piazza del Municipio, une œuvre qui a coûté 180’000 euros dans le cadre d’un programme d’art urbain.
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En bref:
  • Une installation de Gaetano Pesce attire l’attention à Naples depuis quelques jours.
  • L’œuvre «Pulcinella» fait polémique en raison de sa forme phallique.
  • Le maire de Naples considère le débat comme un signe de vitalité culturelle.

À Naples, le circuit des amateurs d’art passe obligatoirement par la chapelle Sansevero et son «Christ voilé» qui file les frissons pour toute une vie, une fois qu’on a vu ce gisant sculpté en 1753 par Giuseppe Sanmartino dans un seul bloc de marbre! L’itinéraire est aussi souterrain puisqu’un seul ticket de métro permet de voyager entre les «stations d’art» des valeurs fortes du marché et de la scène contemporaine comme Bob Wilson, William Kentridge, Michelangelo Pistoletto ou Anish Kapoor. Du lourd, donc!

Mais depuis le 10 octobre, ville, touristes et réseaux sociaux ne décollent plus leur regard de l’immense «Pulcinella», installation de 12 mètres de haut, de Gaetano Pesce. Avec un pouvoir d’attraction qui tient davantage, disons-le, à sa forme phallique qu’à son originalité intrinsèque ou à ses qualités artistiques.

«Pulcinella» de nuit avec son éclairage de l’intérieur.

Dressée sur la piazza del Municipio, dans le très sérieux cadre d’un programme d’art urbain et à voir jusqu’au 19 décembre, l’œuvre de Gaetano Pesce a transformé les voisins de Pompéi – ses phallus, seins et autres fesses à l’air – en défenseurs de l’ordre public et les héritiers de la commedia dell’arte en faiseurs de gags et autres piques satiriques!

Les plus allusifs laissent l’imaginaire divaguer sur un fond sonore de tarentelle napolitaine en se demandant où donc est… Polichinelle, cette figure du théâtre napolitain? Les plus rock y voient un hommage à la star du porno des années 1990-2000 Rocco Siffredi. Alors que les plus fétichistes ont dansé autour de «Tu si’ na cosa grande» – tu es une grande chose – et que les plus prévenants lui ont offert un préservatif.

Et si des féministes ont déjà écrit pour demander son retrait, une politicienne haut placée dans la hiérarchie municipale a fait dans l’humour, estimant que l’œuvre était une «preuve de la vitalité de Naples»! Le maire Gaetano Manfredi, cité par Rai News, a embrayé sur le même ton. «Au début, quand je l’ai vue, j’ai pensé ce que les autres pensaient aussi. C’est une pensée très napolitaine. Mais prenez-le aussi comme un bon présage, l’idée de l’œuvre est une représentation stylisée de la relation entre «Pulcinella» et le cœur des Napolitains. L’art contemporain doit provoquer la discussion, le débat est un signe d’une ville vivante.»

Des précédents célèbres

Bref… la tenue bariolée de «Pulcinella», éclairée de l’intérieur la nuit comme le cœur posé au sol, en a déjà vu de toutes les couleurs. Et ce n’est peut-être pas terminé. On ne saura par contre pas ce que l’artiste, décédé il y a six mois, aurait ajouté. Mais dans une interview de 2023, republiée ces jours par le magazine milanais «Lampoon», il disait: «J’essaie de comprendre l’époque dans laquelle nous vivons, une époque qui évolue plus vite que par le passé, change de valeurs et est contradictoire.»

This photo taken on June 28, 2023 and obtained from Italian news agency Ansa, shows walking past the installation titled "The Venus of rags", by Italian artist Michelangelo Pistoletto in Naples. One of Italian contemporary artist Michelangelo Pistoletto's most famous works, "Venus of the Rags", has been burnt to cinders in a suspected arson attack in Naples, authorities said on July 12, 2023. (Photo by STRINGER / ANSA / AFP) / Italy OUT / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION - TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION

D’ailleurs, la polémique en cours sur la piazza del Municipio rappelle la précédente, lorsque la «Vénus aux chiffons» de Michelangelo Pistoletto y avait été dressée en déesse critique de la société de consommation, puis incendiée à peine deux semaines plus tard.

A picture taken on October 15, 2014 shows a 25 meters high inflatable sculpture by US artist Paul McCarthy on the Place Vendome in Paris, as part of the 41st edition of the FIAC Art Fair scheduled from October 23 to 26. AFP PHOTO/BERTRAND GUAY

RESTRICTED TO EDITORIAL USE, MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION, TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION (Photo by BERTRAND GUAY / AFP)

On pourrait encore en citer d’autres, dans le sillage du préservatif rose enfilé sur l’obélisque de la Concorde, photographie culte d’Oliviero Toscani pour la Journée mondiale de lutte contre le sida de 1993. Ou la polémique qui a enflé en 2014 en même temps que l’installation du «Tree» de Paul McCarthy place Vendôme. L’Américain affirmait avoir fait un sapin de Noël mais ce dernier, soupçonné d’une ressemblance avec un sex-toy, avait été condamné à être… dégonflé.