Podcast sanglantCes sombres affaires qui éclairent la Suisse
Dans «Crimes suisses», le journaliste Antoine Droux contera des faits divers qui jonchent nos archives. Des récits comme autant de reflets d’époques et de mœurs.

Avec sa série «Crimes suisses», Antoine Droux s’apprête à tuer une idée reçue: non, une affaire criminelle n’est jamais un simple «fait divers». Après avoir disséqué le monde des médias à la tête de «Médialogues», l’homme de radio estampillé RTS exhumera dès janvier les cadavres qui jonchent les sous-sols de la justice helvétique. Forgés sur la base d’archives publiques, enrichis de documents radiophoniques, agrémentés d’une ambiance musicale sur mesure, complétés d’interviews d’experts, ses récits en podcast restitueront des drames et, à travers eux, les visages d’une Suisse pas toujours «propre en ordre».
Les récits autour de crimes réels ont le vent en poupe. Quel a été votre fil conducteur pour concevoir «Crimes suisses»?
Assez vite, il a été question de centrer le podcast sur le true crime suisse, car cela n’existait pas encore. Le premier questionnement a été: «Que raconter au-delà du crime?» On ne voulait pas rester au niveau du fait divers. Il fallait que ces affaires disent notre pays, ses lieux, ses rapports sociaux, comment la société bouge et évolue. Dans le premier épisode, «L’étrangleur à la cravate», on redécouvre par exemple ce qu’était le milieu homosexuel au début des années 1980, les trois régions culturelles, le milieu carcéral.
De quelle manière avez-vous sélectionné les affaires?
Nous nous sommes concentrés sur des affaires réglées ou prescrites, qui ont un début, un milieu et une fin, même quand les coupables n’ont pas été identifiés. Mes récits se basent sur une documentation publique, nous avons recherché ce qui avait été diffusé dans les médias et sélectionné ce qui pouvait mettre en lumière des thématiques. Comme cet ouvrier agricole ivre qui avait tué femme et enfants et donné lieu à un «procès de l’absinthe» ou l’affaire «Brigitte Didier», du nom de cette autostoppeuse assassinée en 1991, qui nous parle de vouloir croquer sa vie de jeune femme à pleines dents pendant les années 1990, dans l’arc jurassien – ce qui me touche particulièrement, car c’est là que j’ai grandi. Une affaire irrésolue pendant dix ans, où l’on identifiera l’auteur grâce au progrès technologique, l’analyse de l’ADN.
«Il fallait que ces affaires disent notre pays, ses lieux, ses rapports sociaux, comment la société bouge et évolue.»
Un des crimes se déroule à Lausanne. De quoi s’agit-il?
C’est une affaire qui me tient à cœur, je l’avais proposée en exemple pour le projet. Le crime de la rue Caroline a lieu en janvier 1912. Une veuve sexagénaire est retrouvée morte au matin par sa bonne, sous des coups de hache. Sur le lieu du crime arrive un certain Rodolphe Archibald Reiss, le fondateur de l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne, l’un des premiers, si ce n’est le premier au monde. C’est grâce à son travail que les enquêteurs vont rapidement retrouver l’auteur. Cela a été un épisode particulier à monter pour l’illustration sonore car, comme il se passe en 1912, nous n’avions pas d’archives à disposition. Nous nous en sommes sortis en faisant jouer par des comédiens des dialogues du procès, qui avaient été retranscrits dans la presse. Cela donne une immersion inédite.
À quelle fréquence retrouvera-t-on la série?
Au départ, je pensais proposer cinq ou six épisodes, dix maximum. En creusant je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup d’affaires importantes, à chaque fois assez folles. Toute cette matière m’a surpris et en parlant autour de moi, mes connaissances m’en ont rapporté d’autres encore. Nous partons sur une année, à raison d’un épisode toutes les deux semaines. Et plus, si affinités.
«Crimes suisses», dès le 5 janvier sur l’app RTS Play ou sur rts.ch
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