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Phénomène sociétal «Plus notre vie se facilite, plus la fatigue s’installe»

Charge mentale, burn-out, stress, épuisement… La terminologie de la fatigue est plus diversifiée que jamais. Normal, puisque nous avons le temps d’y penser. Interview de Georges Vigarello, historien du corps et auteur de «L’histoire de la fatigue».

En ce début de XXIe, «on supporte moins les ordres venus de quelqu’un, cela prend toujours plus d’importance et joue parmi les grands facteurs de fatigue», explique Georges Vigarello.
En ce début de XXIe, «on supporte moins les ordres venus de quelqu’un, cela prend toujours plus d’importance et joue parmi les grands facteurs de fatigue», explique Georges Vigarello.
Getty Images

On a l’impression que tout le monde aujourd’hui se plaint de la fatigue. Mais est-on réellement plus fatigué que jamais?

C’est une question extrêmement difficile à aborder! Parce que cela renvoie au domaine de la sensibilité. Comment comparer des sensations dans le temps? En revanche, ce qu’on peut faire – et c’est ce que j’ai tenté de faire dans mon livre – c’est de se poser cette question: est-ce qu’on parle plus de fatigue aujourd’hui? Est-ce un sujet sur lequel on se penche plus que jamais, qui touche plus de personnes, avec davantage de témoignages et de détails, plus profonds, plus complexes? Alors si je prends ces repères, je répondrais oui, sans hésiter. Par contre, je ne pourrai jamais dire que l’on est plus fatigué aujourd’hui qu’il y a un siècle! Prenez l’exemple suivant: est-ce que les militaires français victimes de la retraite de Russie (ndlr: 1812) ont souffert davantage de la fatigue que ceux de 1914? Impossible à dire. En revanche, la façon dont ces derniers en parlent est incontestablement plus profonde, complexe et psychologique. Ces témoignages permettent de comparer l’importance que l’on donne à la fatigue à deux moments différents, mais ils ne nous permettent pas de comparer les sensations.

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