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PhilippinesPlus de 120 enfants tués dans la guerre anti-drogue

L’Organisation mondiale contre la torture dénonce les «exécutions délibérées» de nombreux enfants dans le cadre de la guerre contre la drogue du président philippin Rodrigo Duterte. L’ONG appelle à des sanctions contre les responsables.

L’OMCT demande au gouvernement philippin de mettre un terme aux exécutions extrajudiciaires qui auraient tué près de 28’000 personnes au total dans le pays.
L’OMCT demande au gouvernement philippin de mettre un terme aux exécutions extrajudiciaires qui auraient tué près de 28’000 personnes au total dans le pays.
KEYSTONE

Au moins 120 mineurs, de 1 à 17 ans, ont été tués par la police ou des tueurs masqués dans la guerre contre la drogue lancée en 2016 par le président philippin, a indiqué lundi une ONG contre la torture basée à Genève.

Il ne s’agit que de «la partie émergée de l’iceberg, il est probable qu’il y en ait beaucoup d’autres», a relevé le secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Gerald Staberock, lors d’une conférence de presse virtuelle.

«Nous parlons ici d’exécutions directes d’enfants», s’est-il indigné, ajoutant: «Pensez à George Floyd (…). Imaginez que vous auriez vu ces 122 cas à la caméra, imaginez le tollé que cela aurait provoqué».

Le président Rodrigo Duterte a lancé une campagne sans merci contre le trafic de drogue, encourageant la police, au plus haut niveau, à tuer les trafiquants de drogue présumés. Le rapport de l’OMCT documente 122 meurtres d’enfants entre juillet 2016 et décembre 2019, dans tout le pays.

Exécutés par des policiers

Selon les enquêtes menées par l’OMCT, près de 40% d’entre eux ont été exécutés par des policiers, tandis que plus de 60% l’ont été par des inconnus, souvent des agresseurs masqués ou cagoulés, dont certains avaient des liens directs avec la police.

Certains enfants étaient une cible directe, notamment s’ils ont été les témoins gênants d’autres assassinats. D’autres ont été tués à cause d’une erreur d’identité ou car la véritable cible n’a pas été trouvée. Enfin, certains ont perdu la vie à cause de balles perdues lors d’opérations de police.

Selon les témoignages, des preuves ont été effacées et de fausses indications d’«auto-défense» ont été données par les policiers. Seul un crime a vraiment été l’objet d’investigations et a mené à une condamnation parce qu’une vidéo le montre. Ces derniers mois, sept enfants ont été exécutés. L’OMCT dénonce cette impunité pour les responsables. Et les représailles contre les proches de victimes.

28’000 exécutions extrajudiciaires

La guerre contre la drogue a également entraîné une forte augmentation des arrestations et des détentions de mineurs conduisant à une surpopulation des centres de détention où les abus et même la torture sont fréquents, selon le rapport.

L’ONG constate que le couvre-feu lié à la pandémie de Covid-19 a entraîné une augmentation de ces arrestations. «Nos partenaires locaux nous ont rapporté que pendant le confinement, deux enfants ont été mis vivants dans des cercueils ou des cages», a relevé Laure Elmaleh de l’OMCT.

L’organisation demande au Conseil des droits de l'Homme de l’ONU, qui se réunit du 30 juin au 20 juillet à Genève, d’établir un mécanisme d’enquête internationale sur ces exactions. Un rapport du bureau des Droits de l'Homme des Nations Unies, publié début juin, souligne que la guerre contre la drogue a donné lieu à des meurtres systématiques et à grande échelle dans un contexte de «quasi-impunité».

(ATS/NXP)