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Exposition à Plan-les-Ouates
Quand l’art décode nos interactions avec le monde

Wasseem Ahmed, «Untitled», 2023. Couleur de pigment sec, feuille d’or, tache de thé sur papier d’archive Wasli fait à la main.
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Il y a des postures contenues qui passent pour être exclusivement féminines, d’autres relèveraient d’une mâle domination. Des attitudes choquantes dans une région du monde se voient admises ailleurs, et des comportements autrefois considérés comme relevant de la norme sont aujourd’hui intolérables. Transmis implicitement à travers la société, l’éducation ou les médias, les codes gestuels nous façonnent dès l’enfance, traçant une frontière entre ce qui se fait ou non.

Rassemblant une quarantaine d’œuvres de 19 artistes suisses et internationaux, «Un silence qui en dit long» interroge les multiples facettes de la communication non verbale. Organisée dans les locaux de l’association HiFlow par le service culturel de Plan-les-Ouates, l’exposition tente de déchiffrer nos interactions avec le monde «à travers le genre, les époques et les cultures», comme l’explique sa curatrice, Amir El May, responsable du fonds d’art de la commune.

Tout en ors et bleus, l’installation «Tempus Fugit» (2023-2024) de l’artiste Sylvain Gelewski plonge dans une atmosphère bourgeoise et convoque la figure du bouffon.

Travaux d’aiguilles subversifs

Réparti en trois lieux au 2e étage d’un immeuble au cœur de la zone industrielle, l’accrochage offre de jolies découvertes et d’autres pièces un peu moins convaincantes. Sous le titre «Les Menteuses», le duo Élodie Weber et Lola Jungle use de la broderie sur de grandes étoffes suspendues pour dresser le portrait de femmes meurtrières ayant défrayé la chronique. Symbole historique de l’enfermement domestique des femmes, les travaux d’aiguilles prennent ici un tour subversif en mettant en scène de mauvaises filles, cruelles, sanguinaires ou sorcières.

Deux pièces de l’Italien Giulano Macca, qui puisent leur inspiration dans des récits mythologiques.

Toute d’ors et de bleus, l’installation de Sylvain Gelewski plonge dans un intérieur bourgeois suranné ponctué de masques, qu’ils soient objets ou peints sur des toiles. Traversé par l’idée qu’on ne se montre en société qu’en déguisant son vrai moi, l’ensemble renvoie aussi à la figure du bouffon, dont l’humour divertissait autrefois les rois, devenu depuis le parangon du psychopathe sous les traits du Joker.

Accrochées aux cimaises, des sculptures très féminines de la Genevoise Sylvie Fleury perturbent notre relation habituelle au corps.

Une unique œuvre de Dorian Sari intitulée «Whistle» interrompt la monotonie d’un long couloir: accroché au mur à hauteur de bouche, un sifflet est rendu inopérant parce que trop mâchouillé. Utilisé dans de nombreuses régions du monde pour avertir d’un danger, cet accessoire évoque la façon dont certains sont privés de leur voix, par la peur ou l’oppression.

Convention du vêtement

Une autre pièce de l’artiste d’origine turque occupe une paroi dans le troisième espace d’exposition. Suspendues à des cintres à l’intérieur de cadres noirs, trois vestes sont comme habitées par un fantôme qui guigne à travers leur encolure, posant la question de la convention du vêtement cachant le corps nu. Elles font face à deux élégants tableaux du peintre pakistanais Waseem Ahmed, qui combine les techniques traditionnelles de la miniature orientale avec des thèmes politiques ou sociétaux contemporains pour interroger la violence.

Dorian Sari, avec «Jardin et jalousie 8, 2 et 11» (2023), questionne ce qu’il reste des humains sans leurs vêtements.

L’indéboulonnable plasticienne genevoise Sylvie Fleury a droit à deux sculptures, dont des jambes croisées de mannequin laquées à la peinture automobile, recouvertes d’un manteau imperméable noir et fixées au mur. Leur séduction vaguement sadomaso fait écho à trois photographies à l’absurdité piquante de Chantal Michel: l’artiste suisse s’y figure en potiche entre deux étagères remplies de vases, ou suspendue comme un vulgaire habit sur une conduite de tuyauterie.

Quelques réalisations, enfin, déroulent la pelote des gestes liés à l’éducation. Paraissant avoir été pétri par des dizaines de mains, un savon rotatif d’écolier modelé par Laurent Faulon souligne que, depuis la pandémie, le protocole intime du lavage des mains a intégré la sphère publique et politique. Quant à Paul Hutzli, il relève, par le biais de tabourets tourmentés, le rôle du mobilier scolaire comme outil de discipline. Ces moulages en papier mâché font un clin d’œil à deux dessins d’Alex Hanimann, «Chut» et «La fessée», correction jadis usuelle qui s’est vue bannie de l’arsenal pédagogique de bien des pays.

Les «Tabourets» de Paul Hutzli en papier mâché thématisent le mobilier scolaire comme instrument de discipline.

Jusqu’au 6 avril chez Hiflow, 36A, chemin du Champ-des-Filles, à Plan-les-Ouates. Entrée libre de 10 h à 18 h du lundi au vendredi. Ouverture le samedi 6 avril de 14 h à 17 h.