Pippa Small, ambassadrice d'une mode éthique

Tribune des ArtsProclamée comme étant l’une des créatrices joaillières préférées de Meghan Markle, la Londonienne Pippa Small était de passage à Genève, à la boutique Jill Wolf, pour parler de sa dernière collection, inspirée par son séjour en Jordanie. Portrait d’une femme au parcours engagé.

Pippa Small dans la boutique Jill Wolf, en Vieille-Ville de Genève.

Pippa Small dans la boutique Jill Wolf, en Vieille-Ville de Genève. Image: DR

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Contrairement à ce que son nom de famille pourrait nous faire croire, Pippa Small n’a rien de «petit». C’est en effet une grande dame que nous rencontrons en ce début d’été à la boutique de joaillerie Jill Wolf, située depuis près de vingt ans en Vieille-Ville de Genève. Grande par sa taille, qui nous surprend lorsqu’elle se lève pour nous saluer, elle l’est également par l’action, d’ordre quasi humanitaire, qu’elle mène auprès de populations vivant dans des situations précaires, au quatre coins du monde.

Amour de jeunesse

Avec ses cheveux crépus lâchés autour du visage, ses habits colorés, ramenés certainement de l’un de ses périples, et ses nombreux bracelets et colliers entremêlés autour de ses avants bras et de son coup, Pippa Small fait d’avantage penser à un gourou qu’à l’une des plus célèbres créatrices de bijoux ethniques. D’ailleurs, lorsqu’elle nous parle de sa voix grave et douce, c’est comme si un mystérieux mantra s’échappait de ses lèvres, se perdant dans le brouhaha de la rue. «Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fabriqué mes bijoux. Enfant, je ramassais des coquillages sur la plage, des pierres et des cailloux en bordure de route. Quand j’étais adolescente, je me suis achetée une machine de polissage. Elle faisait un boucan pas possible, mes parents ont dû me détester parfois», dit-elle, remontant dans ses souvenirs.

Les bijoux de Pippa Small s'incpirent de ses voyages autour du monde et des séjours passées auprès de communautés vivant en Bolivie, Afghanistan, Jordanie, Inde ou Rajasthan.

Les débuts

Si la joaillerie est toujours présente, à aucun moment, Pippa Small n’imagine en faire son gagne-pain. Ce dont elle rêve, c’est partir à la rencontre de populations éloignées, étudier leur culture, leurs modes de vie et défendre leur cause. Son diplôme en anthropologie en poche, elle part alors travailler pour différentes associations et ONGs autour du monde. Et les bijoux, qu’elle continue à créer pendant son temps libre, finissent par en être largement inspirés. Ce qui ne tarde pas à séduire amis et divers commerçants qui lui passent commande. Rapidement, arrivent des collaborations, tout d’abord avec Nicole Farhi, puis Tom Ford, chez Chucci. C’est ainsi, qu’en 2007, la créatrice finit par ouvrir sa première boutique à Londres, suivie de près par une deuxième antenne à Santa Monica, en Californie. «Je voulais écrire, réaliser des documentaires, mais la réalité m’a rattrapée. J’ai bien dû me rendre à l’évidence que je n’arrêterai jamais de faire des bijoux», admet-elle.

Maintien de savoir-faire

S’il y a une quinzaine d’années, Pippa Small s’était fait connaître pour ses créations ethniques, c’est aujourd’hui son engagement social qui se retrouve projeté sur le devant de la scène. Cela fait plus de dix ans que la designer collabore avec la Tourquoise Mountain Foundation créée en 2006 par le Prince Charles afin de lutter pour la préservation et le maintien de savoir-faire dans des pays en guerre. Concentrée tout d’abord en Afghanistan, son action se poursuit aujourd’hui en Jordanie et en Birmanie, où Pipa Small a mis en place un workshop pour perpétuer le traditionnel travail de l’or et offrir ainsi une formation et un emploi aux générations futures.

«Ethical Fashion»

Un engagement qui lui valu d’être nommée Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique, en 2013, et le prix du Joallier éthique de l’Année, en 2016. Dernière consécration en date, elle vient d’être proclamée l’une des joaillières préférée de Meghan Markle, duchesse de Sussex, après que cette dernière est apparue arborant différentes de ses créations. «Elle a choisi de porter des pièces d’inspiration afghane, à base d’or et d’argent, à un prix plutôt accessible. Mais ce qui est super c’est que tout d’un coup, la presse a commencé à s’intéresser au terme «mode éthique».

Dans les créations de Pippa Small, les pierres sont rarement taillés, ce qui contribue à mettre en avant leur beauté naturelle.

Si Pippa Small travaille également avec une mine d’or «fairmined» en Bolivie et des tailleurs de pierres au Rajasthan, son dernier grand voyage l’a amenée en Jordanie, inspirant sa toute nouvelle collection incorporant des motifs provenant de civilisations antiques comme les Nabatéens de la région de Petra, de céramiques médiévales islamiques et de textiles ottomans. Pour la réaliser, elle a d’ailleurs mis en place, avec l’aide de la Tourquoise Mountain Foundation, un workshop pour des immigrants syriens, réfugiés dans le pays. «Ce programme c’est bien plus que de créer des bijoux. Ces personnes, majoritairement des paysans, sont coupés de leur foyer, de leur famille, ils n’ont plus rien et passent leur journée à attendre. En leur apprenant un nouveau savoir-faire, ils retrouvent un semblant de place dans la société et le sentiment de compter», explique Pipa Small, dont les bijoux sont mis en avant tout l’été dans la boutique genevoise.

Jill Wolf, 39 Grand-Rue, Genève. Tél. +41 022 312 00 84.

Créé: 10.07.2019, 18h06

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