Pierre Maudet: «Serais-je prêt à y aller de nouveau? Je l'ignore»
Le conseiller d'Etat Pierre Maudet a échoué, mais assure n'avoir pas tout perdu. Il défend sa méthode, n'exclut pas de se représenter à Berne, mais ne semble pas y croire.

C'est la fin de la course. Candidat au Conseil fédéral, Pierre Maudet a perdu son pari, celui de renverser la table bernoise en prenant d'assaut un siège convoité par le Tessin non représenté depuis dix-huit ans. Que s'est-il passé? Interview.
Pierre Maudet, vous avez réalisé un bon score, mais êtes battu. Votre réaction?
C'est une déception, mais comme le disait Nelson Mandela, on ne perd jamais, soit on gagne, soit on apprend. Pour l'emporter, il aurait fallu pouvoir créer un élan plus fort. Normalement, quand on part en course, on est au même niveau que ses rivaux. Là, je suis parti avec dix longueurs de retard, puisque je n'étais ni femme ni Tessinois. J'ai montré qu'on pouvait, même en n'étant pas parlementaire fédéral, combler ce retard. Mais cela n'a pas suffi.
Vous étiez donné perdant le 4 août. Vous avez perdu finalement. Cela valait-il vraiment la peine?
Bien sûr! J'ai beaucoup appris au cours des semaines passées. Sur moi-même, sur mon pays, mon parti. C'est un acquis. Mon pays est extraordinaire, audacieux et innovant. J'ai notamment en mémoire ma visite à Saint-Gall, une rencontre avec des paysans utilisateurs de drones pour leurs cultures. Un pays dont les citoyens n'ont pas peur de s'adapter et se confrontent à des questions complexes, les assurances sociales, le digital. Mon parti s'est révélé être composé de gens engagés, mais hétérogènes. Mais le PLR doit s'interroger sur les résultats du jour car la présence romande s'amenuise: plus de conseiller fédéral PLR romand, plus de chef de groupe, de président. Dans une région où nous sommes en croissance, c'est dommage. J'en ai appris enfin sur moi, ma capacité de résistance, les limites qu'on repousse jusqu'à un certain point. Globalement, j'ai eu un énorme plaisir à faire campagne. Je ne regrette rien.
Vous avez tenté de bousculer les lignes, en attaquant «les étiquettes». En promouvant un «débat de fond». Sans succès?
Si. Mes concurrents ont dû répondre et se positionner sur les sujets que j'avais avancés. Durant les auditions avec les partis, de nombreuses questions m'ont été posées. Il n'est plus possible, je crois, de faire une campagne sans contenu, sur ce point les choses bougent. Mais je reconnais aussi que ce n'est pas facile pour les membres d'un même parti de se différencier sur un programme. En réalité, on se situe souvent dans l'épaisseur du trait… Si j'ai apporté quelque chose, c'est la démonstration que les solutions pragmatiques souvent appliquées dans les cantons ont un sens dans les débats nationaux qui sont plus, voire trop idéologiques.
Est-ce que vous n'avez pas sous-estimé le poids de la représentation du Tessin pour la Suisse?
Dès lors que le PLR tessinois ne proposait qu'une candidature, il fermait le jeu démocratique. J'ai voulu l'ouvrir. Enfin, je pense que la situation du Tessin concerne toute la Suisse, l'élection d'Ignazio Cassis ne règle pas tout.
Pour vous l'aventure fédérale se termine définitivement?
Il ne faut jamais dire jamais, mais l'histoire ne repasse pas les plats. Quelle sera la configuration dans dix ans? Quel sexe sera sous-représenté? Quelle région? Par ailleurs, une campagne comme celle-ci, c'est un moment particulier. On donne tout, la pression politique, médiatique, personnelle est énorme. Serais-je prêt à y aller à nouveau? Je l'ignore.
Psychologiquement, comment revenir et être candidat au Conseil d'Etat après une campagne pareille?
Je reviendrai en train… (rire). Pour le reste ne vous inquiétez pas…
Vous revenez à Genève… Mais vous n'aviez pas dit en annonçant votre candidature à Berne que vous aviez fait tout ce qu'il y avait à faire dans votre département?
J'évoquais mon programme législatif qui est pratiquement terminé, sauf en ce qui concerne la loi sur la laïcité. Mais sur la plupart des sujets, il faut maintenant mettre en œuvre les réformes votées. Ce n'est pas rien. Par ailleurs, je n'ai jamais vraiment quitté Genève, et durant ma campagne, ce sont des exemples genevois qui n'ont cessé d'être mis en avant.
La présidence du Conseil d'Etat, est-ce désormais votre objectif?
Le Conseil d'Etat, comme le Conseil administratif de la Ville, offre des défis extraordinaires, passionnants. La présidence résulte de la décision du collège.
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Les Genevois ont voulu y croire jusqu'au bout
Deux jours durant, la capitale fédérale aura été un peu plus latine qu'à l'accoutumée. La faute aux délégations tessinoise, vaudoise et genevoise venues encourager leurs poulains et à la cohorte de médias des trois cantons présents pour couvrir l'événement. Côté genevois, c'est à l'Entrecôte Fédérale, sise, ô surprise, en face du Palais fédéral, que le Conseil d'Etat avait donné rendez-vous mardi soir à Pierre Maudet. Dans l'ordre de marche (pardon, le programme), le repas devait durer une heure. Mais l'ambiance était si bonne que la soirée s'est passablement prolongée. Les membres du gouvernement genevois étaient en mode décontracté, ravis de l'escapade. Le mot d'ordre? «On y croit, on y croit.»
Prêts à mouiller le maillot pour aider «junior», François Longchamp, Serge Dal Busco et Luc Barthassat ont même rejoint le Bellevue par la suite. Le Bellevue, c'est le prestigieux hôtel où, dit-on, se trament tous les complots la veille de l'élection des conseillers fédéraux. D'autres affirment qu'on y tient surtout des propos que l'alcoolémie ambiante rend peu crédibles. Ce qui est moins glamour.
Et Pierre Maudet, qu'a-t-il fait de sa veillée d'armes? «La Loi sur la police a été acceptée en votation populaire pour 54 voix, rappelait-il. Alors je vais tenter de «ruclonner» des voix jusqu'au dernier moment.» Comment, on ne le saura jamais. Ce qui est officiel en revanche, c'est qu'à 4 h 30 du matin, il faisait son footing au bord de l'Aar avec Simon Brandt et Cédric Alber.
L'hyperactivité du bonhomme ne semble pas peser sur sa garde rapprochée. «C'est vrai qu'il faut suivre, mais quand on voit ce qu'il fait de notre travail, qu'il parvient à le sublimer, ça motive énormément», expliquait durant cette même soirée Rolin Wavre, son directeur de campagne. Un avis confirmé par des hauts cadres du département, également du déplacement. Cela s'appelle l'esprit d'équipe et pousse naturellement à rêver que l'exploit est possible.
Le mercredi matin, ce sont d'autres aficionados de Pierre Maudet qui ont rejoint Berne. Le PLR Suisse avait en effet loué une salle du restaurant Zum Äusseren Stand pour que Genevois, Vaudois et Tessinois libéraux-radicaux suivent l'élection (les places au sein du Palais fédéral sont limitées).
Dans une ambiance de kermesse bon enfant, les fans des trois candidats ont été assaillis par une nuée de journalistes. Dès le 1er tour, les plus lucides des Genevois admettaient que cela paraissait joué. «62 voix, c'est un peu en dessous de ce qui aurait été bien, soit 80 voix», glissait un peu dépité Bernard Favre. Aïe! Confirmation vers 9 h 15. Et explosion de joie dans le camp tessinois.
Un peu plus tard, sur la place Fédérale, la délégation genevoise sortant du Palais fédéral n'avait pas encore réussi à digérer la défaite. Un brin crispé, Alexandre de Senarclens, président du PLR genevois, cherchait des consolations: «Faire 90 voix, c'est déjà exceptionnel, non?» Eric Budry
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