Pierre Maudet plaide pour 2000 policiers supplémentaires
Le chef de la conférence des directeurs de police lance l'idée d'une réserve nationale. Réactions contrastées.

Les polices de Suisse manquent de forces. C'est le constat posé par Pierre Maudet, ministre genevois de la Sécurité et nouveau président de la Conférence des chefs des départements de justice et police (CCDJP). Dans une interview accordée à la «NZZ am Sonntag», il plaide donc pour l'engagement de 2000 nouveaux policiers à travers le pays. Ces agents feraient partie d'une «réserve nationale» et pourraient être mobilisés en fonction des besoins et des urgences.
Selon le libéral-radical, la Confédération dispose de moins de policiers que ses voisins. En Europe, on compte en moyenne un policier pour 277 habitants, alors qu'en Suisse le ratio est de 1 pour 455. Il chiffre le besoin de forces supplémentaires de 10% à 15%. Et cite un exemple récent pour montrer les difficultés liées au manque d'effectifs. L'an dernier, le président chinois s'est rendu en Suisse en même temps qu'avait lieu à Davos le Forum économique mondial et à Genève une conférence sur Chypre. «Nous ne sommes parvenus à mobiliser assez de policiers qu'avec beaucoup de peine. La Suisse pense à organiser les Jeux olympiques d'hiver de 2026. Si un événement inattendu se produit en même temps, je ne suis pas certain que nous ayons assez de personnel pour assurer la sécurité.»
Financement possible
Pierre Maudet estime que les cantons ont les ressources nécessaires pour financer des centaines de nouveaux postes de policiers. La Confédération pourrait aussi y contribuer, vu qu'elle a dégagé un excédent de 9 milliards de francs l'année dernière, souligne-t-il. Il propose qu'une partie de cet argent soit investi dans la sécurité. Il identifie une autre manne financière. Les cantons économiseraient des sommes considérables si leur police ne devait pas payer les opérateurs lors de surveillances des appels téléphoniques. «Un scandale», juge le conseiller d'État PLR.
Contacté dimanche, Pierre Maudet ajoute que la création de 2000 places supplémentaires est essentielle pour assurer la souveraineté des cantons en matière de sécurité. «Il nous faut bouger, sans quoi la Confédération va nous imposer ses choix.» Le ministre rappelle qu'un système de mobilisation intercantonale existe déjà, permettant de faire appel à des policiers d'autres cantons lors de grandes manifestations comme le WEF ou le G8. «L'idée d'une réserve suit la même logique, mais elle serait étendue à de nouveaux problèmes et menaces.» Ainsi en matière de cyberattaques ou de crime organisé, qui constituent selon lui les plus grosses menaces actuelles. «Il nous faut dépasser la logique purement cantonale», plaide-t-il. En matière de cybersécurité, de nouvelles forces permettraient d'assurer que des mesures sont prises de manière préventive et que des plaintes dans ce cas de figure soient déposées plus fréquemment, affirme-t-il.
La proposition de Pierre Maudet enthousiasme le conseiller national et ancien gendarme Roger Golay (MCG/GE). «C'est une très bonne idée, qui permet de relancer le débat. Les cantons sont actuellement à la limite pour assurer la sécurité lors de grands événements. Faire appel à des policiers d'autres cantons est une bien meilleure chose que de faire venir des polices étrangères.» L'élu estime par ailleurs qu'une réserve nationale pourrait permettre de renforcer la surveillance des frontières.
Syndicat ravi
À gauche, le socialiste genevois Carlo Sommaruga, membre de la commission de politique de sécurité du Conseil national, n'est pas impressionné. «Nous n'avons pas attendu que Pierre Maudet devienne président de la CCDJP pour prendre conscience qu'il manque en Suisse environ 3000 policiers. Pour y remédier, il faut notamment offrir des conditions de travail assez attrayantes», affirme-t-il. Et de rappeler que le peuple avait rejeté en 1978 la création d'une police fédérale.
Secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaires de police, Max Hofmann différencie les deux projets. «Selon moi, il s'agirait ici de policiers cantonaux qui se regroupent dans une force au niveau national.» Il applaudit l'idée de Pierre Maudet, qui, si elle n'est pas nouvelle, répond de manière claire à une demande de longue date de la part du syndicat de policiers. «C'est un signal très fort.»
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