La chronique de Rosette Poletti«Peut-on être croyant et ne pas respecter les autres?»
Chaque semaine, la thérapeute et chroniqueuse au «Matin Dimanche» Rosette Poletti répond à vos petites et grandes questions existentielles.

«J’ai un beau-père, «homme d’Église», qui n’a que des versets bibliques à la bouche et dont le comportement est totalement contraire aux croyances qu’il prétend avoir! C’est insupportable. Ses rapports avec les autres sont empreints de critiques, de condamnations, sans aucune bienveillance! Mon mari n’est heureusement pas comme son père; lui, il a «tout balancé», comme il dit! La rencontre avec ce beau-père est de plus en plus pénible. Il a le droit d’être qui il est, mais qu’il se taise! Ma question est: comment se fait-il qu’il ne se rende pas compte de son hypocrisie permanente?»
La cohérence, une recherche permanente
La cohérence entre la dimension religieuse ou spirituelle et le comportement est un défi permanent posé à l’être humain. C’est une recherche qui dure toute une vie, et rares sont ceux qui parviennent à cette cohérence. Tant de fidèles de toutes les religions ont souffert, ont été choqués, scandalisés par des comportements inacceptables de leurs prêtres, pasteurs, imams ou chefs religieux quels qu’ils soient. Ces fidèles attendaient une perfection inatteignable et, bien sûr, ne l’ont pas trouvée chez leurs leaders, alors ils ont tout jeté par-dessus bord, le bébé avec l’eau du bain, comme on dit.
En 2023, on a dénombré 34’600 personnes qui ont quitté l’Église catholique en Suisse, après les rapports sur les abus sexuels. Beaucoup ont également quitté l’Église protestante. C’est bien compréhensible. On s’attend à trouver des personnes avec un certain niveau de cohérence lorsqu’on côtoie des leaders religieux qui ont été ordonnés, consacrés, choisis pour occuper leur poste.
Des attentes irréalistes
Ce qu’on oublie, c’est que tout être humain, même «homme d’Église» comme le beau-père de notre correspondante, reste un humain faillible, imparfait, fragile. Ce n’est pas nouveau: il y a deux mille ans, on a décrit dans la Bible des apôtres loin d’être parfaits. Les fidèles ont peut-être des attentes irréalistes, comme les jeunes enfants, qui pensent avoir des parents parfaits et sont parfois déçus en grandissant. On dit même qu’avoir atteint la maturité, c’est avoir pardonné à ses parents de ne pas être ce qu’on attendait d’eux.
En fait, tout pasteur, prêtre, rabbin, imam est un porteur de message, un interprète de textes sacrés avant tout. Alors, bien sûr, s’il tente au maximum de coller à ce qu’il prêche, c’est magnifique, mais l’essentiel est d’entendre le message et de tenter de le vivre soi-même, sans juger celui qui le transmet. Il est responsable de sa vie, nous avons la responsabilité de la nôtre! Peut-être est-ce aussi un signe de maturité que de pouvoir entendre un message important tout en cessant de juger celui qui l’apporte.
Certaines personnes ont développé une profonde spiritualité inspirée par un souffle divin qui les traverse. Elles apportent, à certains moments, énormément aux autres, puis, pour des raisons qui leur sont propres, redeviennent la proie de leurs pulsions, de leurs pensées négatives et de leur chaos intérieur. Tout cela n’invalide pas le message qu’elles ont transmis.
La dimension psychologique
Longtemps, certains milieux religieux n’ont rien voulu avoir à faire avec la psychologie, avec le développement personnel qui leur semblait «dangereux». La dimension religieuse suffisait, la prière devait résoudre tous les problèmes. Ce n’est pas le cas. Certaines personnes ont besoin d’aide psychologique pour se désencombrer, pour soigner et parfois guérir les blessures d’enfance les plus importantes, elles ont besoin d’apprendre à écouter, à communiquer, à entrer positivement en relation avec les autres, à contrôler leurs pulsions et à gérer leurs émotions.
Heureusement, aujourd’hui, la plupart des Églises l’ont compris et exigent de celles et ceux qu’elles ordonnent ou consacrent à un ministère d’avoir cherché, si besoin, de l’aide psychologique avant de leur confier des responsabilités.
Devenir un «unifié» (origine du nom «moine»), c’est cela le but de toute personne véritablement religieuse. Devenir unifié, cohérent, capable d’équilibre et de sérénité n’est pas une évidence. Il est nécessaire de s’astreindre à une discipline pour trouver cette unification profonde avec tout son être, trouver des possibilités d’être accompagné parfois, «pratiquer» par le questionnement, la méditation, la prière, la participation avec d’autres à des services religieux, des retraites, des activités au service de la société.
Malheureusement, certains «hommes et femmes» d’Église ne sentent pas qu’ils vivent dans l’incohérence et ont tendance à critiquer, juger les autres. Ils projettent sur les autres le malaise qu’ils peuvent ressentir à l’intérieur d’eux.
Alors, comment continuer à côtoyer le beau-père décrit par notre correspondante? En évitant de le juger, en acceptant qu’il ne soit pas ce qu’on souhaiterait qu’il soit, en limitant les contacts avec lui toutes les fois que c’est possible et en prenant soin de soi-même. Éventuellement, un jour, en prenant conscience du chemin peut-être difficile qui l’a amené à être qui il est, lui envoyer, quand ce sera possible pour vous, des pensées de compassion.
À vous, amis lecteurs, je souhaite une très bonne semaine.
À lire: «Apprendre la bienveillance envers soi-même», Dr Céline Tran (Odile Jacob); «L’empathie, un chemin vers la bienveillance», Xavier Cornette de Saint Cyr (Jouvence); «La bienveillance est une arme absolue», Didier van Cauwelaert (J’ai Lu).
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