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ÉditorialPesticides: l’héritage empoisonné

La pollution diffuse de notre environnement par l’agrochimie se révèle plus large que prévu. Il faudra des décennies pour la résorber.

Mesure après mesure, l’ampleur de la pollution du territoire suisse par les pesticides apparaît au grand jour. Eaux souterraines, lacs et rivières, voire eau minérale – avec l’exemple récent d’Évian –, tous sont contaminés par les résidus agrochimiques, à des niveaux parfois infimes, parfois préoccupants.

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Certaines pollutions sont dues à des molécules interdites depuis des années, qui continuent de s’épancher dans les sols et dans l’eau. Le fait qu’un cours d’eau comme le Boiron, à Morges, reste touché, malgré un vaste plan de dépollution mené depuis quinze ans, montre à quel point ces substances peuvent être difficiles à éliminer.

C’est une réalité que les fabricants de pesticides ont longtemps voulu cacher. Une fois répandus dans les cultures, leurs produits étaient censés se volatiliser sans causer aucun mal, un peu comme par enchantement.

On découvre aujourd’hui qu’il n’en est rien. En s’accumulant, les résidus de pesticides affaiblissent les écosystèmes, contribuant à la diminution des populations d’insectes et de la faune aquatique observée en Suisse ces dernières années. Mais leurs effets à long terme, notamment sur la santé humaine, n’ont jamais été correctement évalués: les études seraient, paraît-il, trop compliquées, trop chères, trop longues…

Effort concerté

Limiter la pollution diffuse due aux pesticides exige un effort concerté et de longue haleine. Et sur ce plan l’attitude de l’industrie agrochimique pose problème. Elle continue de soutenir que ses produits sont inoffensifs et milite pour la réintroduction de certains pesticides interdits. Son entêtement risque de faire le jeu des initiatives populaires demandant l’interdiction quasi totale des pesticides de synthèse, qui devraient être soumises au vote des Suisses en 2021.