Julie Ordon subjugue Paris

Ils font briller la Suisse à l’étranger (3/6) Mannequin et actrice, Julie Ordon a fait une carrière internationale avant de revenir poser ses bagages à Genève, la ville de son enfance. Rencontre avec une Suissesse assumée.

Mannequin depuis ses 15 ans, elle a notamment incarné le rouge à lèvres «Allure de Chanel» devant la caméra de Bettina Rheims.

Mannequin depuis ses 15 ans, elle a notamment incarné le rouge à lèvres «Allure de Chanel» devant la caméra de Bettina Rheims. Image: Laurent Guiraud

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Il y a des gens comme ça, qui semblent capturer toute la lumière d’une pièce lorsqu’ils y pénètrent. Sans rien faire de spécial, juste en étant eux. Indéniablement, Julie Ordon fait partie de ces heureux élus. Elle débarque les cheveux encore mouillés, vêtue d’une bête robe de soie noire, la peau bronzée, même pas maquillée ou à peine, la bouche simplement rehaussée de rouge. Même sans artifices, on ne voit qu’elle dans le salon de l’hôtel Tiffany.

La Genevoise a plus d’une heure de retard et s’excuse avec le sourire de celles à qui l’on pardonne toujours. Sa fine silhouette peine à cacher la fillette qui se tient derrière elle. «J’ai amené ma fille, Mathilda, pour qu’elle comprenne un peu ce que fait sa maman, explique la jeune femme, j’espère que ça ne vous embête pas?» Non, ça ne nous embête pas. Premiers échanges et premier constat: si la belle est connue pour avoir une notion du temps toute personnelle, elle compense ce vilain défaut par une extrême amabilité. Un point pour elle. L’outrage est oublié, place au photographe. En maman poule habituée des tabloïds, elle éloigne consciencieusement le visage de sa fille de l’objectif, s’installe et enchaîne les moues avec une facilité désarmante. Sur le papier, Julie Ordon a 33 ans mais son mètre septante-trois rentrerait aussi bien dans 25 printemps. On flaire derrière cette injustice manifeste des quantités de repas équilibrés, des litres de tisane sans sucre, une bonne crème de jour, du sport et des gènes à toute épreuve. Trois poses sexy et deux mimiques plus tard, le shooting est plié.

D’un pas décidé, suivie de son espiègle mini-sosie, la belle se dirige vers un sofa et se love dessus plus qu’elle ne s’assoit. Dans la même position, n’importe qui d’autre aurait semblé se vautrer, mais même un canapé anonyme paraît sublimer Julie Ordon. La jeune femme n’a cure des regards. Parfaitement à l’aise, elle entame la conversation, utilisant au gré de ses envies le français ou l’anglais. On lui réexplique le pourquoi de cette rencontre: discuter de son rapport à la Suisse, elle qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’étranger. «J’ai passé toute mon enfance et une partie de mon adolescence à Genève. J’ai été repérée et j’ai quitté la Suisse très tôt, à 15 ans, pour rejoindre Paris, alors que je n’avais même pas fini le Cycle. Ma mère m’a laissé faire ce que je voulais, partant du principe qu’elle-même n’avait pas eu le choix lorsqu’elle était jeune. Ça m’arrangeait, je n’aimais pas vraiment l’école.»

A peine pose-t-elle un orteil à Paris que sa carrière décolle. «Je rentrais souvent à Genève. J’ai gagné de l’argent très tôt mais j’ai toujours gardé un appartement ici, pas trop loin de mes sœurs, avec ma mère qui pouvait passer arroser les plantes…» Tout se complique deux ans plus tard, lorsque la demoiselle tombe amoureuse d’un célèbre artiste américain et décide de partir pour New York. «Ça a été une période difficile, j’avais 17 ans et une peine incommensurable. Etre aussi loin de ma famille, de mes racines, c’était particulièrement dur. Heureusement, ma carrière prenait de plus en plus d’ampleur et le travail m’a permis de tenir.»

Le pouvoir du passeport à croix blanche

Très vite, la Genevoise s’aperçoit que son passeport rouge et blanc procure bien des avantages. «La Suisse est extrêmement bien perçue à l’étranger. Il faut dire que nous avons des icônes incroyables qui donnent une image positive du pays. Dans l’immense majorité des cas, les gens associent ce pays à la perfection, au bien-être, à la santé, à l’équilibre, autant de clichés qui sont des atouts dans le milieu de la mode. J’ai pu profiter d’un a priori extrêmement favorable… Et je revendique ces racines. A l’étranger, on m’offre souvent du chocolat, en clin d’œil à mes origines. S’il est belge ou français, je le refuse systématiquement et je réponds: «No, I’m not cheating on my country!» (ndlr: Non, je ne trompe pas mon pays).»

Aujourd’hui, la voici de retour dans la Cité de Calvin. Du moins la plupart du temps… «Je continue à travailler beaucoup à Paris et ailleurs. C’est si simple, Genève a une place si centrale. Ma fille est scolarisée ici, dans cette ville qui m’a vue grandir. C’est important pour moi de lui donner ces marques. Il m’arrive souvent de la déposer à l’école, de prendre l’avion dans la foulée, de faire des shootings toute la journée, et de revenir le soir pour son bain.»

Des photos et des scénarios

Si le mannequinat lui prend la majeure partie de son temps, elle ne dédaigne pas, de temps à autre, passer de l’objectif d’un appareil photo à celui d’une caméra, essentiellement à Paris. Elle est ainsi apparue dans la série télévisée No Limit, créée par Luc Besson, ou encore dans Befikre, une comédie romantique sauce Bollywood. Mais Julie Ordon veut désormais avoir le choix des armes: «J’ai la chance de pouvoir décider des gens avec lesquels je travaille et des projets. C’est d’ailleurs très frustrant pour mes agents: si le scénario que je reçois n’est pas incroyable, je vais dire non. Et je suis difficile: je trouve toujours quelque chose à dire, il est rare que je sois excitée du début à la fin. Heureusement, il y a de bonnes surprises. J’ai reçu le scénario Les Ex et j’ai ri du début à la fin! Malheureusement, cela n’a pas pu se faire. Avant, j’aurais été déçue, mais j’ai appris à prendre de la distance, c’est l’avantage de l’âge!»

Et c’est donc dans la campagne genevoise que la starlette vient se régénérer entre deux contrats. «Lorsque je rentre, je fais systématiquement le tour du propriétaire, je vais voir mes plantes, mon jardin, mes animaux. Je me suis entourée d’une véritable ménagerie: six lapins, trois poules, une tortue, deux chiens, un poisson. C’est mon chez-moi, c’est ici que je me sens bien… Ce que j’aime en Suisse, c’est le luxe de tout: de la nourriture au service en passant par les écoles ou les hôpitaux, le lac, la montagne, la sécurité… C’est un pays unique dont je suis fière. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir eu la chance de le représenter à travers ses marques emblématiques. J’ai travaillé une fois pour Piaget mais c’est tout. Mon image trop sulfureuse sans doute…» Ou bien son allergie à la ponctualité, pourtant si suisse, a-t-elle fait fuir les grands horlogers?

Créé: 14.07.2017, 11h30

En quelques dates

27 juin 1984 Naissance à Genève.

1988 Première publicité, pour une agence de travail temporaire.

1999 A 15 ans, elle remporte un concours international de mannequins organisé par l’agence Madison et s’envole pour Paris. Elle devient très vite une «it-girl».

2001 Rencontre avec Mark Wahlberg, son premier flirt. Départ à New York. Dès lors, elle enchaîne les campagnes prestigieuses (Guess, Ralph Lauren ou encore Victoria’s Secret) et les couvertures prestigieuses de magazines.

2004 Elle obtient le premier rôle du film «Inquiétude» de Gilles Bourdos.

2009 Naissance de sa fille, Mathilda. L’heureux papa est le producteur David Mimran.

2010 Elle tourne Henry’s Crime avec Keanu Reeves et Judy Greer.

2014 Elle campe le rôle de Zoé pour la 3e saison de la série télévisée policière No Limit. La même année, elle fonde sa propre marque de bijoux, Hippie Dreamers.

2016 Elle obtient un second rôle dans la comédie romantique «Befikre» d’Aditya Chapra.

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