Derrière Shy'm la chanteuse sexy, une timide se dévoile

La rencontreDans son dernier album, Héros, et dans l’émission «À l’état sauvage» avec Mike Horn, la Martiniquaise met son âme à nu et montre enfin qui est vraiment Tamara, alter ego de Shy’m.

Shy'm se produira à la salle Métropole de Lausanne le 24 mai.

Shy'm se produira à la salle Métropole de Lausanne le 24 mai. Image: Georges Cabrera

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Fringues ethniques, déplacements félins, teint caramel impeccable, effluves sucrés s’échappant de sa vapoteuse, Shy’m apporte une indéniable touche exotique à ce classique salon de palace genevois en cette fin d’après-midi de février.

Elle s’assied en tailleur sur le canapé, sachant très bien que depuis qu’elle a choisi de se livrer dans son dernier album,« Héros» (sorti le 1er septembre dernier), et de se mettre à nu sur les hauteurs népalaises en compagnie de Mike Horn, les interviews se sont muées en introspections pour la présentatrice de la 13e saison de la «Nouvelle Star». Plus question donc pour la timidissime Tamara Marthes de se cacher derrière le personnage de chanteuse et danseuse sexy – qui court quelque peu derrière ses succès d’antan.

Votre vie, c’est un peu Docteur Tamara et Missis Shy’m…

C’est vrai que j’ai façonné une créature. Mais c’est venu vraiment naturellement. Je n’envisageais pas ma carrière autrement: jamais je n’aurais imaginé sortir un album qui porterait mon nom. Mais c’est seulement bien plus tard que j’ai compris que c’était pour me protéger, même avant de savoir si ça allait marcher ou non. Je ne voulais pas attirer les regards dans ma vie de tous les jours. Je voulais avoir une boîte à lettres au nom de Tamara, commander un taxi pour Tamara.

Je conçois que c’est un vrai dédoublement de personnalité. On est nous, mais en version plus extravertie. J’ai pu me mettre dans la peau de quelqu’un de plus féminin, de plus assuré. C’est celle que j’ai envie d’être, mais ponctuellement. Comme une sorte de fantasme.

Vous avez récemment décidé de dévoiler un peu plus Tamara. Une prise de risque qui doit parler à bon nombre de vos plus jeunes fans?

Oui. Il y a beaucoup de gens maladivement timides qui ont osé me contacter par courrier ou par Instagram. Pour ceux qui ne le sont pas, c’est extrêmement difficile d’imaginer à quel point cette timidité peut parasiter, ou même paralyser toute une vie. Ça commence à l’école et ça se poursuit tout au long de sa vie d’adulte. Et quand on est emprisonné là-dedans, on n’imagine pas qu’il soit possible d’en sortir.

J’ai des anecdotes à foison. Petite, j’avais par exemple la phobie de devoir me lever dans le bus pour appuyer sur «stop» avant mon arrêt. Donc à chaque fois, j’identifiais le siège le plus proche du bouton pour ne devoir déranger personne au moment d’appuyer. À 17 ans, je n’imaginais jamais pouvoir changer. Donc c’est vrai qu’aujourd’hui je tiens ma revanche.

Votre progression n’a pas été graduelle. En devenant Shy’m (contraction du mot anglais pour timide avec un m pour la Martinique), vous avez accepté de sauter dans le vide, non?

Si, en fait, ça s’est fait pas à pas. Je n’ai de loin pas trouvé cette aisance dès mes premiers albums. Je pense qu’il a bien fallu huit ans pour que les deux moi se retrouvent. Et là, j’ai réussi à écrire la moitié de mon dernier disque avec enfin une implication beaucoup plus personnelle. Et quand j’ai dit oui pour présenter la «Nouvelle Star», c’était après douze ans de carrière, mais juste avant d’y aller, j’avais à nouveau 16 ans et la peur panique était la même qu’avant mon premier spectacle de danse.

Depuis que vous vous êtes dévoilée, le public se sent-il encore plus proche?

C’est difficile. (Elle baisse les yeux, troublée, avant de reprendre.) Ça m’a fait du bien de dévoiler ma vulnérabilité, même si je n’ai toujours pas vraiment confiance en moi. Parce que je me suis toujours défendue en marchant la tête haute, en feintant, si bien qu’on me prenait pour quelqu’un d’arrogant.

Aujourd’hui, je dis les choses en chansons, parce que je suis très pudique. Mais vous savez, ma timi­dité m’a aussi protégée. Quand j’ai débuté dans le métier, j’avais 20 ans, j’habitais encore chez ma mère et je ne connaissais absolument rien au milieu. Je me contentais de faire ce qu’on me demandait: chanter, danser, répondre à des interviews.

Quand on me sollicitait, qu’on m’invitait, qu’on me tendait des cartes de visite, je n’y allais pas. J’ai sans doute raté plein d’opportunités, mais je ne suis pas tombée dans des tentations de la jet-set, dans le star-system. Les compliments, je n’y croyais pas, ça m’a préservée de la grosse tête.

Quel autre métier auriez-vous pu exercer?

Alors je ne sais vraiment pas. Disons que je pense que j’aurais fait de la danse, mais pas en public; je prenais énormément de cours et un plaisir de dingue. Je me souviens juste que, petite, je ne voulais pas faire un métier comme les autres gens. Bon comme toutes les fillettes j’ai longtemps rêvé de devenir vétérinaire, mais ensuite j’avais l’étrange sensation que j’allais réussir un parcours original. Je ne sais pas, moi, militaire ou pompier, un truc complètement provoc, mais en même temps cadré, discipliné. Un peu garçon manqué aussi.

Le lâcher prise est très à la mode, mais quasi impossible pour une perfectionniste comme vous l’êtes, non?

Oh oui, le but d’une vie. Le perfectionnisme est une torture parce qu’on n’arrive jamais à être satisfaite, mais c’est aussi ce qui nous permet de nous remettre en question, de garder les pieds sur terre.

Aujourd’hui, la scène est un exutoire plutôt qu’un purgatoire?

Oui! Enfin je peux répondre positivement. J’entre presque dans un état de transe devant le public. Pas immédiatement, hein? Je dois apprivoiser la scène, les gens, m’apprivoiser moi-même, et là je peux partir en sucette comme on dit. C’est si bon!

Et avec les réseaux sociaux, c’est encore possible de se cacher?

Oui. Je suis très libre. Il m’arrive de poster cinq images de suite, puis plus rien pendant plusieurs jours. (TDG)

Créé: 11.03.2018, 10h18

Bio Express

1985 Tamara Marthes naît le 18 novembre à Trappes dans les Yvelines. Papa martiniquais, maman normande.

2002 Bac littéraire. Cours de chant et de danse.

2006 Repérée par le chanteur K. Maro, elle chante avec lui sur son single «Histoire de Luv» avant de le rejoindre à Montréal pour enregistrer son premier album à elle, Mes fantaisies.

2007 Premier Olympia.

2008 Sort «Reflets», accueil moins enthousiaste
des critiques, mais devient malgré tout Disque d’or.

2010
«Prendre l’air», Disque de platine.

2011 Remporte «Danse avec les stars».

2012 «Caméléon», triple disque de platine.

2013 NRJ Music Awards de la meilleure artiste féminine francophone pour la deuxième année consécutive.

2015 Entame une histoire d’amour très discrète
avec le tennisman français Benoît Paire.

2017 Sortie de «Héros». Elle est choisie pour présenter la 13e saison de la «Nouvelle Star» sur M6. Participe à «À l’état sauvage» avec Mike Horn (diffusé le 9 septembre).$

2018 Concert à la salle Métropole de Lausanne le 24 mai.

A la télé sans fard

Pourquoi avoir accepté de participer à l’émission
«À l’état sauvage» avec Mike Horn?

«Je pense que les gens le savent peu, mais je suis assez téméraire. Quand je pars en vacances, je reste au maximum vingt minutes sur mon transat. J’aime bouger et les sensations fortes. Je vais donc faire du saut à l’élastique, du parachute ascensionnel, du rafting.
Là, le Népal, c’était l’occasion d’une vie. Partir en sécurité avec un professionnel et revenir avec un souvenir aussi précieux que ce film d’une heure et demie…»

Vous aviez conscience de l’ultra-exposition?
«On sous-estime totalement à quel point on va se retrouver à nu. J’ai surtout pensé que ça faisait douze ans que je ne sortais pas de chez moi avec au minimum du mascara! Mais je me suis dit: tu t’en fous, vas-y, sois toi. Ignore les caméras et ne pense plus à rien. De toute façon, c’est impossible de vivre cette aventure autrement.»

Vous êtes donc plus forte que vous ne le pensiez?
«On me disait que j’étais forte, mais je ne voulais pas le croire. J’avais besoin de me le prouver à moi-même.
J’ai pleuré, je suis allée au bout et c’était bien plus
fort et plus efficace que n’importe quelle psychothérapie.»

Douloureux ou bon?
«C’était douloureux. Vraiment. Sur le moment je n’ai jamais autant lutté contre moi-même de ma vie, mais en même temps quand je suis rentrée c’était tellement bon! J’ai dit à la caméra que j’étais fière de moi, pour la première fois de ma vie. Il aura fallu ce contexte-là pour que j’y parvienne. Et depuis j’y arrive encore sans rougir.»

On reste en contact après des moments si forts?
«J’ai quitté Mike au fin fond du Népal, nous étions couverts de poussière, et on s’est retrouvés tout beaux et maquillés en conférence de presse. C’était très bizarre: je n’avais pas envie qu’il me voie comme ça! C’est comme si on perçait notre bulle. Là-bas, tout était naturel. Nous étions en phase. Même nos silences étaient agréables. Aujourd’hui, je me vois mal prendre un verre avec lui en terrasse!»

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