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Hong KongPékin fait un pas en avant avec la loi sur la sécurité

Le projet de loi controversé prévoyant notamment de punir les activités séparatistes à Hong Kong a franchi une nouvelle étape ce jeudi malgré l’opposition du G7. Le texte est désormais discuté par le comité permanent du parlement, réuni à Pékin jusqu’à samedi.

Les opposants pro-démocratie de Hong Kong s’opposent à la loi sur la sécurité qui menace selon eux l’autonomie du territoire.
Les opposants pro-démocratie de Hong Kong s’opposent à la loi sur la sécurité qui menace selon eux l’autonomie du territoire.
KEYSTONE

Malgré l’opposition du G7, Pékin a fait jeudi un nouveau pas vers l’adoption d’un projet de loi controversé sur la sécurité nationale à Hong Kong, avec le début de l’étude du texte par les législateurs nationaux.

Le territoire autonome chinois a été secoué en 2019 par des manifestations monstres contre l’influence du gouvernement central. Elles ont aussi donné lieu à des violences, du vandalisme et renforcé un courant pro-indépendance.

Echaudés par ces événements, Pékin et l’exécutif local hongkongais souhaitent faire passer au plus vite une loi sur la sécurité nationale pour l’ex-colonie britannique rendue à la Chine en 1997.

Levée de boucliers

L’opposition pro-démocratie de Hong Kong, plusieurs pays occidentaux, mais aussi le G7 qui a fait part mercredi de son opposition, sont vent debout contre ce texte qui selon eux menace l’autonomie du territoire.

Mais cette levée de boucliers n’a pas fait reculer Pékin. Le projet de loi avait déjà obtenu en mai le feu vert de la session plénière annuelle du parlement national chinois – une institution soumise au Parti communiste (PCC) au pouvoir en Chine continentale.

Nouvelle étape jeudi: le texte est désormais discuté par le comité permanent du parlement, réuni jusqu’à samedi à Pékin, a annoncé l’agence de presse Chine nouvelle. Cette assemblée compte généralement 175 législateurs.

Le projet de loi tel que présenté le mois dernier prévoyait de punir les activités séparatistes, «terroristes», la subversion, ou encore les «ingérences» étrangères et extérieures dans l’ex-colonie britannique.

«Très inquiète»

Chine nouvelle n’a toutefois plus évoqué jeudi le terme «d’ingérence» dans son annonce, le remplaçant par celui de «collusion» avec des forces étrangères ou extérieures.

«Cette loi vise davantage à réduire au silence l’opposition qu’à protéger la sécurité nationale», a réagi le député hongkongais pro-démocratie Dennis Kwok, qui se demande si rencontrer des responsables étrangers lui vaudrait une accusation de «collusion».

«Je suis très inquiète que la portée de ce terme de «collusion» soit sans limite (…) et permette d’inventer des accusations», a renchéri Tanya Chan, autre députée du camp pro-démocratie.

Pékin a plusieurs fois accusé des pays étrangers, notamment les États-Unis, de jeter de l’huile sur le feu dans le territoire en soutenant les manifestants.

Forte opposition

Le projet de loi suscite en tout cas la forte opposition des gouvernements occidentaux, qui disent s’inquiéter du statut international de Hong Kong, une des principales places financières mondiales.

Les ministres des Affaires étrangères des puissances du G7 (États-Unis, Canada, Japon, France, Royaume-Uni, Italie, Allemagne) ont ainsi «exhorté fermement» mercredi la Chine à «revenir» sur cette loi.

«Elle met en danger le système qui a permis à Hong Kong de prospérer et qui a été la clé de sa réussite pendant tant d’années», estiment-ils. «Nous sommes aussi extrêmement préoccupés par la possibilité que cette mesure réduise et menace les droits fondamentaux et les libertés de toute la population», ont-ils souligné.

«La Chine rejette fermement le communiqué du G7», a rétorqué jeudi le principal chef d’orchestre de la diplomatie chinoise, Yang Jiechi, lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État américain Mike Pompeo à Hawaï.

Selon Pékin, la loi cible principalement les activités visant à séparer Hong Kong de la Chine et les violences portant atteinte à la sécurité nationale.

«Loi fondamentale»

Le territoire jouit d’une large autonomie par rapport au reste du pays dirigé par le PCC, en vertu du principe «Un pays, deux systèmes»: ses habitants bénéficient de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante.

L’article 23 de la «Loi fondamentale», qui sert depuis 1997 de mini-constitution à Hong Kong, prévoit que la région se dote d’une loi interdisant «la trahison, la sécession, la sédition (et) la subversion». Mais la clause n’a jamais été appliquée en raison de l’opposition d’une grande partie des Hongkongais. La dernière tentative de mise en oeuvre, en 2003, avait échoué face à des manifestations monstres dans les rues du territoire.

Pékin perd désormais patience et veut imposer la législation en invoquant une disposition de la Loi fondamentale qui lui permet d’y intégrer des textes relevant du régalien (défense et affaires étrangères).

AFP/NXP