AboTrop proche de l’OTANVerts et UDC tentent de faire trébucher Viola Amherd
La Valaisanne veut adhérer au bouclier de défense sol-air européen. Craignant pour la neutralité, une alliance contre nature veut la freiner.

Il porte le nom de European Sky Shield Initiative. Derrière cet anglicisme se cache un bouclier antimissile doté de tous les superlatifs. Il regroupe 19 pays européens, qui ont décidé de s’unir face aux nouvelles menaces venues de Russie. En avril, Viola Amherd, au nom du Conseil fédéral, a décidé d’en faire partie. Mais, au parlement, des forces politiques contraires veulent contrecarrer ses plans.
Ce jeudi, le Conseil national tentera de faire passer une motion obligeant le Conseil fédéral à soumettre cette adhésion au parlement pour approbation. Le texte a de réelles chances de s’imposer, puisqu’il est déposé par la Commission de politique de sécurité (CPS). À la manœuvre, une configuration qui allie les voix de l’UDC à celles des Verts. Une alliance a priori contre nature, mais que l’on retrouve de plus en plus souvent lorsqu’il est question de neutralité.
«La signature de ce projet comporte le risque que la Suisse perde sa souveraineté en matière de défense de son propre espace aérien, réagit Jean-Luc Addor (UDC/VS), qui sera rapporteur de commission. Cette décision a une énorme portée pour notre pays, et il est particulièrement choquant que le Conseil fédéral veuille ignorer le parlement dans ce processus.»

Lui aussi membre de la CPS, Fabien Fivaz (NE) parle d'une forme de ras-le-bol. «En termes de coopération militaire internationale, Viola Amherd a la mauvaise habitude d’avancer seule sans informer ni consulter.» Car il n’y a pas que l’European Sky Shield Initiative qui fait grincer des dents. Cet été, on apprenait que la Valaisanne envisageait de se rapprocher du projet Pesco, perçu comme une des prémices d’une Europe de la défense. «Il s’agit de dossiers extrêmement sensibles, vu les débats actuels sur la neutralité», rappelle le Neuchâtelois.
Défense sol-air
Mais il n’y a pas que la forme qui pose un problème. L’European Sky Shield Initiative est un projet lancé par les Allemands. Une proximité qui interroge alors que Berne cherche à acquérir un système de défense aérien.
«Les services de Viola Amherd ont toujours dit qu’ils évalueront différents systèmes, explique Fabien Fivaz. Désormais, on voit bien que les dés sont pipés en faveur du système allemand. Sans compter que la Suisse cherche à faire preuve de bonne volonté face à Berlin, qui a annoncé ne plus vouloir acheter d’armement helvétique en raison des problèmes de réexportation. En termes de procédure et de transparence, ça ne joue pas.»
Pour Jean-Luc Addor, «il faut être naïf pour croire qu’en participant à cette initiative Viola Amherd et ses conseillers ne cherchent qu’à mutualiser certains achats militaires. Au niveau européen, les Allemands sont les valets des États-Unis. C’est donc bel et bien l’OTAN qui est derrière ce projet. Si nous signons, nous nous rapprocherons automatiquement de ce traité. Ce qui est incompatible avec notre neutralité.»

Une vision que ne partagent pas les services de Viola Amherd, qui rappellent que le Conseil fédéral a approuvé la déclaration d’adhésion de la Suisse au protocole d’accord lié à l’initiative European Sky Shield en avril 2024. Une décision suffisante puisqu’il ne s’agit pas d’un traité, selon eux. «Selon le droit en vigueur, le protocole d’accord ne peut pas être soumis à l’approbation de l’Assemblée fédérale.» Et le Département de la défense de rappeler que les commissions tant de politique extérieure que de la sécurité ont été approchées au préalable sur la question «sans émettre de réserves importantes». «La cheffe du DDPS, ou une personne qu’elle aura désignée, est donc habilitée à la signer.»
Ces explications suffiront-elles? Au Conseil national, Verts et UDC totalisent 90 élus. Il suffit donc de trouver une poignée de voix discordantes pour passer l’épaule. Autant dire que le salut de Viola Amherd se jouera dans sa capacité à tenir son parti, Le Centre, et à convaincre suffisamment de voix PLR, socialistes et Vert’libérales.
Si elle échoue, la Valaisanne sait déjà qu’elle pourra prendre sa revanche au Conseil des États. À la Chambre haute, l’estocade Verts-UDC devrait s’écrouler puisque ces deux partis ne représentent qu’un cinquième des troupes.
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