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Occupation à l’Université de Lausanne«Les partenariats de l’UNIL doivent être scrutés»

Olivier Fillieule, professeur de sociologie politique à l’Université de Lausanne, mardi dans le hall occupé du bâtiment Géopolis.
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Sur le campus de Dorigny, une lettre de soutien au mouvement d’occupation de Géopolis a été signée par plus de 300 membres du personnel académique et technique de l’Université de Lausanne.

Professeur de sociologie politique, spécialiste des mouvements sociaux et du maintien de l’ordre, Olivier Fillieule en fait partie. Très engagé sur place auprès des militants, il est l’un des porte-voix de ce corps académique qui adhère à la mobilisation propalestinienne des étudiants. Interview.

Des voix estiment que les enseignants et les chercheurs ont un devoir de neutralité. Êtes-vous sorti de votre rôle en soutenant ce mouvement étudiant?

Nous avons un devoir de neutralité dans le cadre de nos travaux académiques. Il serait inacceptable de produire un texte militant, sous une étiquette scientifique. Ici, des étudiants se mobilisent et nous les soutenons car, en s’engageant, ils deviennent citoyens.

Ce n’est pas qu’une question de principe. Vous soutenez aussi le mouvement sur le fond.

Le soutien des professeurs signataires est inconditionnel dans le cadre qui a été fixé. Nous demandons pour notre part la transparence sur les collaborations de l’Université avec des institutions israéliennes et leur arrêt tant que le gouvernement israélien continue de violer le droit international, y compris celui de la guerre.

Beaucoup de slogans sont criés dans le hall de Géopolis. Craignez-vous des débordements verbaux?

Les étudiants ont leurs slogans. Les professeurs en soutien ne les partagent pas forcément tous mais, à ma connaissance, aucune prise de parole, aucun slogan ou texte n’ont enfreint le droit pénal à ce jour. Et je me réjouis de n’avoir entendu aucun propos antisémite sur l’occupation en cours. Il faut arrêter de mobiliser cette équivalence entre opposition à un gouvernement sanguinaire et antisémitisme. Le tour est plus qu’éventé.

Vous appelez à la transparence. L’UNIL a détaillé trois collaborations avec des universités israéliennes, essentiellement pour des programmes de mobilité, et six programmes de recherche qui doivent être examinés. Cette réponse vous satisfait-elle?

Il faut saluer la volonté de négocier de la direction. Mais c’est insuffisant. Les universités auxquelles nous sommes liés par ces accords ont peut-être elles-mêmes réprimé des collègues propalestiniens, ou participent d’une manière ou d’une autre à l’effort de guerre, ou encore à la colonisation. Tout cela doit être scruté dans les jours à venir. Dans tous ces cas, nous sommes en faveur d’une suspension totale des collaborations, le temps de regarder chaque cas en détail avant de décider. Maints collègues dans les universités israéliennes sont les premiers à nous dire: «Boycottez-nous! Il faut peser sur le gouvernement au pouvoir.» Et de fait tant les refus individuels qu’institutionnels de collaborer dans le monde commencent à peser lourd sur l’université israélienne.

Les universités restent des lieux de débat. En visant le monde académique, choisissez-vous vraiment la bonne cible?

Les ouvriers se mobilisent à partir de leur lieu de travail et éventuellement occupent leur lieu de travail. Il en va de même pour les étudiants, toujours dans le respect des lieux et dans l’autorégulation, et sans causer de troubles propres à empêcher les activités d’enseignement et de recherche.