Ô surprise, les Suisses préfèrent les autos grises

Plus d’une voiture sur trois vendues en Suisse est grise. Suivie par les véhicules noirs, puis blancs. Par peur de se faire remarquer?

Sur le marché automobile, la tendance est à l’uniformisation vers le gris et autres coloris peu originaux comme le noir et le blanc.

Sur le marché automobile, la tendance est à l’uniformisation vers le gris et autres coloris peu originaux comme le noir et le blanc. Image: Ricul / 123rf

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En Suisse, trois voitures vendues sur quatre durant l’année 2018 étaient grises (34,7%), noires (23,5%) ou blanches (16,8%).

C’est ce qui ressort des chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Parmi les couleurs vives, seul le bleu tire son épingle du jeu (11,5%). Rouge, jaune ou vert n’ont guère la cote auprès des automobilistes. Les résultats de chaque canton sont très similaires. Seul le Tessin se distingue par une surreprésentation du blanc. Les Suisses seraient-ils tristes et peu inspirés? Pas plus que les autres, le trio gris-noir-blanc arrivant en tête en Europe et dans le monde (pas toujours dans le même ordre).

Si nos routes sont dénuées de couleurs, cela n’a pas toujours été le cas. Ainsi, dans l’Europe des années 80, beaucoup de voitures étaient rouges; et vertes dans celle des années 90. Le bleu, lui, a toujours séduit les automobilistes. Dans les décennies précédentes, ce goût des teintes vives était encore plus prononcé. «En 1956, trois voitures sur quatre étaient rouges, vertes ou bleues en Occident, explique Jean-Gabriel Causse, designer et auteur français spécialiste des couleurs. On a désormais perdu la couleur, c’est très dommage.»

De nombreuses raisons expliqueraient ce passage vers un monde automobile en noir et blanc. Certaines sont psychologiques. «On a réagi au premier choc pétrolier de 1973 en mettant davantage de couleur dans nos vies. Avec la crise des années 2000, ça a été l’inverse. On est plus pessimiste. Le noir, par exemple, a toujours été apprécié de ceux qui refusaient l’avenir», reprend le spécialiste. Qui affirme que les sociétés cèdent de plus en plus au conformisme: «Acheter une voiture vert pistache, c’est assumer de se faire remarquer. Et moins on voit de couleur, moins on en a l’habitude et plus on en a peur. Je crains que mettre du blanc ou du gris partout ne soit pas temporaire, mais soit appelé à durer», regrette Jean-Gabriel Causse. De fait, depuis plusieurs années, ces coloris passe-partout sont réputés les plus faciles à revendre et sont aussi les plus rapides à obtenir chez les concessionnaires: «Beaucoup de voitures sont achetées sur stock, et les constructeurs, pour répondre au marché, proposent très souvent des voitures noires, grises ou blanches disponibles immédiatement», explique Laurent Pignot, porte-parole du TCS Suisse.

«Acheter une voiture vert pistache, c’est assumer de se faire remarquer»

La teinte choisie pour son véhicule dépend aussi de la culture et de l’histoire de chacun. Ainsi, si le gris a la préférence, notamment, des automobilistes suisses, le blanc est largement en tête à l’échelle de la planète (38%). Cela en grande partie grâce au marché asiatique, et surtout à la Chine, où elles représentent 58%. «Les acheteurs asiatiques obéissent à un code: une belle voiture blanche est synonyme de réussite», explique Jean-Gabriel Causse.

Mais alors que le gris met tout le monde d’accord en Europe, ça n’a pas toujours été le cas, reprend Jean-Gabriel Causse. En 1900, s’est déroulée une des premières courses automobiles, la Coupe Gordon-Bennett. Chaque pays concurrent avait sa couleur. «L’Italie était en rouge, le Royaume-Uni en vert irlandais, pour imposer sa force sur l’Irlande encore britannique, et la France en bleu, explique-t-il. L’Allemagne était en blanc mais a dû passer à l’argent parce qu’il a fallu poncer la carrosserie, trop lourde d’un kilo. Elle s’est imposée avec cette couleur métal, qui, par superstition, s’est répandue.» Le succès des voitures allemandes, réputées luxueuses et fiables, explique en partie l’engouement pour ce coloris.

Les critères de choix de couleur ne sont toutefois pas qu’esthétiques. Sur les trois coloris majoritaires, deux présentent des propriétés qui améliorent le confort. «Les automobilistes propriétaires d’une voiture blanche seront moins victimes de la chaleur par grand soleil, car le blanc reflète la lumière», éclaire Laurent Pignot. À l’inverse du noir, qui a des propriétés inverses. Quant au gris, le favori des Suisses, il présente un atout qui peut séduire les automobilistes les plus soigneux: «Il est moins salissant que la plupart des autres couleurs», conclut le porte-parole du TCS.

Créé: 13.07.2019, 23h19

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