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Arts vivantsNos théâtres font front commun

Réunies au Galpon, douze institutions abordent une saison sous le signe du Covid.

Anne Brüschweiler, Rossella Riccaboni (au milieu), Gabriel Alvarez (en jaune), le gotha du théâtre genevois presque au complet devant le Galpon.
Anne Brüschweiler, Rossella Riccaboni (au milieu), Gabriel Alvarez (en jaune), le gotha du théâtre genevois presque au complet devant le Galpon.
FRANK MENTHA

Prenez les conférences de presse du Conseil fédéral devenues si familières. Abattez les murs, aspergez le décor de soleil. Inversez surtout le dispositif scénique: sur une estrade, alignez les journalistes le long d’une table rébarbative, et asseyez les intervenants en ordre dispersé sous le luxuriant feuillage d’un jardin. Vous obtenez en un clin d’œil le spectacle historique, pandémie oblige, donné vendredi matin au Théâtre du Galpon. Les programmateurs et programmatrices de 12 institutions genevoises, souvent accompagnés d’artistes et d’attachés de presse, y tenaient crachoir commun pour annoncer d’une seule voix l’ouverture d’une saison 2020-2021 très particulière. Le plein air et la distance sociale ont éradiqué le masque au nombre des accessoires, mais un micro désinfecté après chaque prise de parole circulait entre les rangs, des deux côtés du plateau.

L’avant et l’après

C’est ainsi qu’on fait la nique à l’isolement imposé. «Nous éprouvions le besoin urgent de nous retrouver, pour célébrer l’envie, tout aussi pressante, de rouvrir nos salles et de redonner confiance à nos publics», commence Léa Genoud, coresponsable du Théâtre de l’Usine, «lieu des premières fois». Message aussitôt relayé par Barbara Giongo, du Théâtre du Grütli, qui place les acteurs au cœur des préoccupations: «À cause du grand trou noir survenu dans les programmations, les conditions de travail des artistes, de fragiles, sont passées à menacées. Nous saisissons l’occasion de cette crise pour interroger les modes de subvention, les temps de création, les rythmes de production et de diffusion en vigueur, pour faire face à un avenir incertain.» Joignant le geste à la parole, la codirectrice annonce une saison dilatée, répondant au nom de Grütopie, qui, dans l’optique d’une plus grande souplesse, courra de septembre 2020 à juin 2022. Autre décision, plus controversée celle-là: l’institution appliquera une politique tarifaire libre, de 0 à 100 francs pour chaque spectacle, «afin d’interroger la valeur de l’art».

«La fable incarne le monde d’après, en guerre contre le monde d’avant»

Michèle Pralong, dramaturge, l’une des trois initiatrices de la série «Vous êtes ici»

L’Association pour la danse contemporaine, dont la saison sera marquée en mars par son déménagement de la salle des Eaux-Vives (occupée «provisoirement» depuis seize ans) au futur Pavillon de la place Sturm, souligne quant à elle la portée symbolique de la série théâtrale qui mobilisera pour ses 9 épisodes (et une intégrale) 16 théâtres de septembre à juin. «Ce projet d’envergure cherche ni plus ni moins à habiter demain, insiste Anne Davier. Nous sommes tous reliés par le fil rouge que déroule ce feuilleton susceptible d’éprouver l’intelligence collective en mettant nos ego dans un pot commun. Qui sait, en sortiront peut-être des solutions inspirantes pour tous.» Porte-parole de l’association République éphémère qui porte l’aventure «Vous êtes ici», Michèle Pralong abonde: «Pleine de rebondissements, la fable incarne le monde d’après, en guerre contre le monde d’avant. Une septantaine d’artistes et de techniciens construisent cette chaîne imaginaire qui recouvre, mis bout à bout, 1,5 km de plateaux cumulés!» Rendez-vous est pris, dès le 7 septembre, à l’Orangerie.

Le zénith et le nadir

Au gré des présentations de saison express auxquelles se livrent les ambassadeurs de salles présents, on note presto le souci écologique et le projet radiophonique du Forum Meyrin; les formes légères entre et hors les murs de la Comédie jusqu’à la migration début 2021; mais aussi la constitution d’un Répertoire au Poche et l’intitulé poétique de la programmation au Galpon, «Le zénith et le nadir». Reste encore à féliciter les deux récipiendaires genevois des Prix suisses du Théâtre, attribués en début de semaine: la scénographe Sylvie Kleiber et le Théâtre du Loup. Lequel, en la personne d’Adrien Barazzone, détaille les mesures sanitaires respectées par l’ensemble des convives «afin que circulent les publics et non le virus».