«On veut une justice immédiate? On rêve!»

DébordementsLa réaction de la police a été proportionnée, selon le spécialiste du maintien de l’ordre, Christian Cudré-Mauroux

Christian Cudré-Mauroux: «On n’avait pas vu cela depuis la manifestation anti-OMC en 2009.»?

Christian Cudré-Mauroux: «On n’avait pas vu cela depuis la manifestation anti-OMC en 2009.»? Image: Lucien Fortunati

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Il n’était pas aux commandes samedi soir mais il est chargé de rédiger le rapport sur la gestion par la police de la manifestation non autorisée qui a dégénéré. Spécialiste du maintien de l’ordre, le chef des opérations de la police genevoise, Christian Cudré-Mauroux, chapeaute aussi le Groupement de maintien de l’ordre de sécurité publique du concordat latin. Selon lui, la réaction policière a été proportionnée, vu les moyens à disposition.

La police est accusée d’avoir laissé faire. Vous pensez avoir fait tout juste?

Cela fait 48 heures que la police se fait insulter. Les gens méconnaissent la difficulté du maintien de l’ordre. Il faut sortir de l’émotionnel. Nous avons appliqué la doctrine d’engagement en la matière, basée sur le bon sens: légalité, opportunité, proportionnalité. Si nous avions envoyé les gaz lacrymogènes sur une foule, dont la majorité n’a pas cassé, nous aurions provoqué une course à l’échalote et les dégâts auraient été encore plus grands. Mais je suis conscient que la réponse n’est pas satisfaisante pour le public. La réaction de la police a-t-elle été adéquate?

On est toujours plus intelligent après. Sur le fond, notre doctrine est adaptée en fonction des moyens déployés, de la situation, de la typologie de la manifestation, des exactions commises. Au risque de choquer la moitié de la République, je dirai que les actes commis sont des déprédations qui relèvent d’une sanction contraventionnelle, subsidiairement d’une peine pécuniaire. Il n’y a pas eu d’attaques contre des personnes.

Pourquoi avoir protégé les Rues-Basses et les bâtiments officiels? Le reste est-il quantité négligeable?

Nous avons protégé plusieurs zones: Rues-Basses, Vieille-Ville, des bâtiments officiels, pour éviter le traumatisme du G8 en 2003. Je comprends la colère des gens, mais on ne peut pas mettre un policier devant chaque commerce. N’aviez-vous pas de bons renseignements pour vous préparer?

Sur les six derniers mois, on a compté trois autres manifestations non autorisées infiltrées par des Black Blocks qui ont tagué des murs. Samedi, nous nous attendions à la même typologie. On ne pouvait pas supposer que parmi 500 manifestants il y aurait une cinquantaine d’individus déterminés à casser. On n’avait pas vu cela depuis la manifestation anti-OMC en 2009. Ce qui est surprenant cette fois, c’est qu’ils ont visé en particulier des symboles culturels.

Voyant la tournure des choses, avez-vous été pris de court?

Dès lors que les gens commencent à casser, la typologie de la manifestation change. Les casseurs sont mêlés à la foule. Dans ce cas de figure, est-ce qu’il faut extraire les fauteurs de troubles? Théoriquement vous pouvez faire ce choix quand vous avez affaire à un organisateur d’une manifestation avec qui vous pouvez dialoguer, ce qui n’était pas le cas samedi. Il faut aussi avoir des moyens humains pour bloquer la manifestation afin d’aller chercher au milieu les individus posant problème, tout en évitant que le reste de la foule se solidarise avec eux… Le vrai problème est de savoir si la population est d’accord de mobiliser des centaines de policiers à chaque manifestation qui ne présente pas, a priori, de risque. La police aurait agi une heure trente après le début de la manifestation.

Faux. Depuis le début, des policiers observaient et d’autres barraient les Rues-Basses et la Treille, mais on ne retient que ceux positionnés, vers minuit, devant l’Hôtel de Police à Carl-Vogt. La réaction de la police ne peut pas se mesurer au simple usage de la contrainte.

Des policiers eux-mêmes estiment sur Facebook que l’état-major ne leur a pas permis d’intervenir.

Chercher la confrontation n’est pas toujours la meilleure façon d’agir. Une trentaine de policiers étaient sur place. Avez-vous manqué de forces?

Il est toujours plus confortable de disposer de forces en nombre...

Pourquoi ne pas avoir procédé à des arrestations en flagrant délit?

Il faut avoir l’opportunité de mener des interpellations sur le moment, ce qui ne se présente pas systématiquement. Le public voudrait une justice immédiate. On rêve! Des arrestations de masse sont souvent contre-productives, comme lors du G8. La doctrine prône la désanonymisation et la judiciarisation des auteurs. Il s’agit maintenant de retrouver ces derniers grâce à l’ADN, aux témoignages et à la vidéosurveillance, afin de les présenter à la justice. Aurait-il fallu faire différemment?

La réaction de la police a été proportionnée. (TDG)

Créé: 21.12.2015, 21h55

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Comment Genève gère les manifestations

La manifestation contre l’Organisation mondiale du commerce en 1998 à Genève a conduit à une réflexion globale. Depuis 1999, les polices des cantons latins partagent la même ligne en matière de maintien de l’ordre. L’outil n’est plus tout jeune, mais il est régulièrement adapté.
Trois principes généraux prévalent: la légalité, l’opportunité et la proportionnalité. En clair, la police n’intervient pas s’il y a un risque d’atteindre des non-participants, s’il y a un risque d’escalade disproportionné et si les moyens déployés sont disproportionnés. Il faut toujours permettre aux manifestants de s’éloigner, pouvoir identifier et/ou localiser les noyaux durs ainsi que d’utiliser les moyens les moins dommageables.

La police doit savoir à la fois «subir» et «agir», maintenir une culture de la retenue et de la maîtrise. L’objectif étant au final, la désanonymisation et la judiciarisation des fauteurs de troubles. S.R.

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