Les toilettes unisexes

Face-à-faceUne demande a été faite par six conseillers municipaux de la Ville de Genève, selon laquelle les toilettes du Conseil municipal, et plus généralement celles de la Ville de Genève, doivent devenir unisexes et non genrées.

Cinq conseillères municipales, parmi lesquelles Annick Ecuyer, et un conseiller municipal de la Ville de Genève ont rédigé et signé une motion qui, si elle est votée par la majorité de leurs collègues, portera devant le Conseil administratif la demande selon laquelle les toilettes du Conseil municipal, et plus généralement celles de la Ville de Genève, doivent devenir unisexes et non genrées.

Cinq conseillères municipales, parmi lesquelles Annick Ecuyer, et un conseiller municipal de la Ville de Genève ont rédigé et signé une motion qui, si elle est votée par la majorité de leurs collègues, portera devant le Conseil administratif la demande selon laquelle les toilettes du Conseil municipal, et plus généralement celles de la Ville de Genève, doivent devenir unisexes et non genrées.

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Pour en finir avec la ségrégation binaire

L’invitée: Annick Ecuyer, Conseillère municipale PdT/Ensemble à Gauche

Pourquoi des toilettes unisexes? En fait, pourquoi des toilettes séparées? On le justifie par des motivations de sécurité ou de biologie.

Pour la sécurité, c’est purement subjectif. Dans la plupart des toilettes publiques, il n’y a rien qui intéresserait un voyeur: il y a des cabines séparées qui préservent l’intimité, seuls les lavabos sont communs. Les agressions sont présentes dans les toilettes séparées, en particulier envers les hommes et les femmes qui ne correspondent pas assez à leur genre, hommes trop efféminés, femmes trop masculines. Et cette violence est aussi présente envers les personnes trans* et intersexes. Tant que l’intimité individuelle est respectée, tant que toute violence est inacceptable, la séparation n’a pas de sens.

Biologiquement, tout le monde peut utiliser les toilettes assis. Il y a beaucoup à gagner à avoir des toilettes utilisables par tout le monde, ne serait-ce que par le partage de certaines ressources (table à langer, distributeur de serviettes et de tampons, distributeur de préservatifs…), et par l’augmentation du nombre de cabines. Et le critère biologique pose un certain nombre de problèmes, notamment pour les personnes qui ne se conforment pas assez au genre féminin ou masculin et qui doivent perpétuellement se défendre dans de tels espaces. Une ségrégation binaire ne fonctionne pas pour une biologie non binaire.

Cette séparation qui semble si évidente à beaucoup ne l’est pas forcément. J’ai parlé des toilettes publiques, car ce n’est pas le cas pour les toilettes privées. Tout le monde arrive à se débrouiller avec des toilettes non genrées chez soi sans que cela ne pose le moindre problème. Mais cela serait une catastrophe à l’extérieur? Pourtant, le non-respect de cette ségrégation est fréquent pour les toilettes publiques: pères utilisant la table à langer du côté femmes pour changer leur enfant, femmes utilisant les toilettes pour hommes lorsque l’attente est trop longue du côté femmes, parents accompagnant leur enfant aux toilettes, passage en mode toilette unique lorsqu’un côté est hors-service, personnes handicapées dirigées du côté femmes, et j’en passe.

C’est pour toutes ces considérations, en particulier concernant les personnes LGBTIQ (lesbiennes, gays, bis, trans*, intersexes et queer) et les personnes non conformes en genre qui subissent de plein fouet cette séparation, que j’ai déposé cette motion demandant à la Ville de Genève de montrer l’exemple et de mettre en place des toilettes unisexes/non binaires, ce qui peut se faire à des coûts minimes (adaptation de l’affichage).

Je pense qu’il est temps d’évoluer, de reconnaître que ce n’est plus que l’artefact d’une époque où les espaces féminins et masculins étaient strictement divisés (maison – travail.) Ça ne change rien en ce qui concerne l’intimité, au contraire, mais ce sera une prise en compte de l’évolution des rôles dans la société.


Un besoin d’identité devenu cause politique

L’invité : Éric Bertinat, Conseiller municipal UDC

Grâce à Archive InterroGE, j’apprends que, hors du domicile privé, les toilettes n’ont pas toujours été séparées. Au début du XXe siècle, industrialisation et promiscuité obligent, les femmes ont disposé de lieux d’aisances séparés.

Cent ans plus tard et quelques poussières d’années, l’on nous explique qu’il s’agissait d’une ségrégation sexuelle des espaces sous couvert de paternalisme juridique. Ce n’est donc pas surprenant que nous nous trouvions devant une nouvelle discrimination qui n’a rien à voir avec le paternalisme juridique: l’exigence de toilettes unisexes pour des hommes qui ne sont plus tout à fait des hommes, sans être des femmes. Et réciproquement. C’est la reconnaissance du troisième sexe ou du troisième genre. Plusieurs pays en Europe se sont engagés dans la voie d’une reconnaissance de ce troisième genre, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche. En Suisse, le Conseil fédéral a renoncé pour l’instant à une telle mesure mais est prêt à rédiger un rapport sur la question. Il veut aussi se pencher sur la suppression de toute référence au sexe dans le droit.

Ce débat pour des commodités «spécial troisième sexe», et par conséquent sa reconnaissance publique, fait partie d’un vaste débat identitaire qui a démarré en Amérique du Nord sous le vocable identity politics. Cette politique identariste veut nettoyer l’usage de la notion d’identité.

Ce bêtisier identitaire en voie d’internalisation défend les «identités dominées», au premier rang desquelles l’identité raciale, suivie par l’identité sexuée (gender) et l’identité sexuelle (LGBT, etc.). Dans un remarquable article, Nathalie Heinich («Le bêtisier identitaire», «La Revue» - Gallimard, novembre-décembre 2018) relève l’alliance contradictoire de ces deux revendications: celle de l’affiliation de tout individu à un collectif (voire à plusieurs) et celle de la séparation de ces collectifs les uns par rapport aux autres. Nous voilà donc obligés de nous situer dans l’orbite d’un collectif assigné: non plus celui de la famille ou du clan, comme dans les sociétés traditionnelles, mais celui, plus large, de la race et du sexe. Ainsi, en matière de différence des sexes, cette politique identariste prône l’affirmation de la féminité dans l’espace public et civique (la parité, voire les quotas, l’écriture inclusive) en même temps que son déni dans le domaine corporel et intime (pas de jouets «genrés» pour les enfants, suppression des mentions «hommes» et «femmes» dans les toilettes).

Les États-Unis n’exportent pas seulement leurs machines-outils, leurs semences et leur fast-food: ce sont aussi de grands exportateurs de causes politico-intellectuelles. Il faut, assurément, prendre au sérieux ce besoin d’identité. C’est nécessaire de nous définir, notamment par rapport à des collectifs existants, et d’être définis par autrui de façon cohérente et stable. Mais faut-il pour autant faire de cette nécessité une cause politique?

Créé: 12.02.2019, 20h56

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