Protéger son cerveau contre les affres de l’âge

SavoirAvec les années, les neurones ne meurent pas, ils fatiguent. Un processus qu’il est possible de ralentir

IRM d'un cerveau humain.

IRM d'un cerveau humain. Image: Corbis

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Avec le temps va, tout s’en va, chantait Léo Ferré. Même les plus chouettes souvenirs.» C’est qu’en vieillissant, les facultés intellectuelles et la mémoire s’étiolent. On a du mal à se souvenir de tout: des mots aux événements, en passant par le nom du petit dernier. «Après avoir connu un optimum entre 30 et 35 ans, le cerveau décline, comme tous les organes, résume le docteur Bernard Sablonnière, professeur de biochimie et de biologie moléculaire à la Faculté de médecine de Lille. Au-delà de 65 ans en moyenne, il commence à donner des signes de faiblesse: problèmes de mémoire, faculté de raisonnement diminuée ou perte de mobilité. Mais ce déclin se révèle très variable selon les individus.»

Ainsi, certains de nos congénères conservent un esprit jeune et réactif, même après 80 ans. Alors que d’autres tournent au ralenti bien avant. «Contrairement à une idée reçue, cette baisse des facultés intellectuelles n’est pas due à une diminution du nombre de neurones, poursuit Bernard Sablonnière, auteur du livre Le cerveau, les clés de son développement et de sa longévité*. Elle résulte plutôt d’une chute de la densité des synapses – ces connexions qui permettent la communication entre les neurones.»

Diminution de la masse cérébrale

En effet, si les chercheurs ont longtemps cru que le nombre de cellules cérébrales était fixé à la naissance puis déclinait, ce n’est en fait pas le cas. Dès les années 80, des scientifiques ont prouvé que les neurones pouvaient se régénérer. En 1998, une étude publiée dans la revue Nature Medicine montre que cette neurogenèse est tout sauf négligeable: chaque année, 2% des neurones de l’hippocampe sont remplacés. Un phénomène qui dure tout au long de la vie. Ainsi, une recherche publiée en 1997 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) constate qu’il n’existe pas de différence – en termes de nombre de neurones – entre des rats âgés et des rats jeunes. Pourtant, les premiers affichent des troubles de l’apprentissage spatial que ne possèdent pas les seconds. «Les pertes cognitives ne sont donc pas quantitatives. Elles sont qualitatives, note Bernard Sablonnière. Les neurones ne disparaissent pas, ils fatiguent. Ils vieillissent.»

Dès 1995, une étude publiée dans Progress in Neurobiology a ainsi mis en évidence une perte du nombre de synapses chez le rongeur âgé. Des données confirmées depuis chez l’homme: hormis chez les personnes démentes, il n’y a aucune perte neuronale dans le cortex et l’hippocampe – les deux régions les plus impliquées dans les fonctions mnésiques – alors que l’activité synaptique, elle, se réduit. Cette diminution de la qualité s’observe grâce à l’IRM fonctionnelle. En effet, les images montrent une sorte de rabougrissement du cerveau. Après 70 ans, le cortex frontal et l’hippocampe, régions du cerveau où se rassemblent les neurones dédiés à la mémoire, l’action et la décision, perdent ainsi jusqu’à 1% de leur volume chaque année.

«Mais le déclin de la qualité de notre matière grise n’est pas inéluctable, affirme Bernard Sablonnière. Il est possible de vieillir moins vite dans sa tête!» Pour y parvenir, il faut d’abord ménager ses méninges. «Le cerveau consomme principalement de l’oxygène, transporté par le sang. La consommation de toxiques comme le tabac et la malbouffe, qui détériore les vaisseaux sanguins, a des effets désastreux sur nos facultés.» En 2014, une recherche parue dans la revue Neurology a ainsi montré qu’une consommation excessive d’éthanol – supérieure à 3,5 verres par jour – accélère le déclin cérébral de 2,4 ans pour les capacités cognitives globales et de 5,7 ans pour la mémoire. En d’autres termes, un buveur régulier aura, à 55 ans, la mémoire d’un homme de 61 ans. «L’alcool, même à faible dose, peut engendrer des microhémorragies dans le cerveau – de la taille d’une tête d’épingle – qui favorisent la mort neuronale, explique Bernard Sablonnière. La malbouffe, quant à elle, déclenche des signaux inflammatoires dans le cerveau qui favorisent l’apparition de démences et de la maladie d’Alzheimer.»

Mais bien manger et ne pas trop boire ne suffit pas à garder un cerveau en pleine forme. Il faut l’entraîner dès son plus jeune âge, comme un sportif exerce son corps. «Plus on a appris et emmagasiné de connaissances durant sa vie, plus on utilisera ces informations pour compenser le ralentissement des communications entre neurones. Ce phénomène est appelé la réserve cognitive, poursuit le spécialiste. Il faut nourrir tout au long de sa vie son cerveau afin qu’il reste performant. Commencer tôt s’avère évidemment un avantage, mais il est possible de stimuler ses neurones à tout âge, en entraînant son cerveau et en pratiquant des jeux qui stimulent le raisonnement et la mémoire de travail.»

Entraîner son cerveau

Exercices psychologiques donc, mais aussi de sport. «La pratique d’une activité physique entraîne la libération d’une neurotrophine, le BDNF – sorte de vitamine du cerveau – qui répare les connexions usées, précise Bernard Sablonnière. Un mécanisme qui protège les neurones du vieillissement.» Et après l’entraînement, un bon repos s’impose. En 2013, une étude publiée dans la revue Science a montré que dormir permet au cerveau de se nettoyer des déchets accumulés pendant la journée. Par ailleurs, d’autres recherches confirment le rôle positif du dodo sur la mémoire et les performances d’apprentissage. Bref, s’entraîner le jour, bien manger à midi et dormir la nuit, voilà les clefs pour conserver des neurones vifs et «ses plus chouettes souvenirs».

* Pour en savoir plus: «Le cerveau, les clés de son développement et de sa longévité», de Bernard Sablonnière. Ed. Odile Jacob, poche, 2015. (TDG)

Créé: 27.02.2016, 11h13

Articles en relation

Crinières grises mais esprits vifs: ces aînés qui flamboient

Société Ils se nomment Jean d’Ormesson, Hubert Reeves ou Edgar Morin. Ils ont 75 ans ou plus, et restent pertinents et actifs dans le débat francophone. Les seniors qui pétillent, c’est notre dossier du week-end Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Donald à l'ONU
Plus...