«La protection des joueurs passe après les intérêts financiers»

Jeux d'argentLe Conseil fédéral veut autoriser les jeux en ligne. Les milieux de la prévention jugent les mesures visant à éviter les addictions nettement insuffisantes.

«On va ouvrir les vannes sans avoir les moyens de lutter contre le risque d'addiction. Les casinos ont dicté leur loi», déclare Jean-Félix Savary du Groupement romand d'études des addictions.

«On va ouvrir les vannes sans avoir les moyens de lutter contre le risque d'addiction. Les casinos ont dicté leur loi», déclare Jean-Félix Savary du Groupement romand d'études des addictions. Image: Olivier Vogelsang - A

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Légalisation des jeux en ligne, 24 heures sur 24. Et exonération de tous les gains réalisés, tant dans les casinos que dans les loteries. La future loi sur les jeux d'argent, adoptée mercredi par le Conseil fédéral, va largement libéraliser le secteur. Les cantons seront en charge des mesures de prévention pour éviter les addictions. En revanche, le Conseil fédéral a renoncé à créer une commission consultative pour la prévention du jeu excessif. «La Confédération oublie ses engagements et tourne le dos à la protection des joueurs», dénoncent les milieux de la prévention. Le point avec Jean-Félix Savary, du Groupement romand d'études des addictions.

Vous réagissez avec vigueur contre la nouvelle loi. Pourquoi?

Nous travaillons sur ce projet depuis plusieurs années. En 2012, lors de la votation du nouvel article constitutionnel sur les casinos, le Conseil fédéral a pris des engagements très clairs. Or ceux-ci ne sont pas tenus. Il n'y aura aucun moyen financier supplémentaire pour aider les cantons à assumer leurs tâches dans le domaine de la prévention. Or, vous connaissez la situation financière des cantons. Ils n'y arriveront pas. Berne refuse même de créer une commission d'experts qui puisse les conseiller dans cette tâche. C'est incompréhensible. Rappelons qu'en Suisse, 80'000 personnes ont un problème de jeu excessif. Les joueurs ont en moyenne 257'000 francs de dettes. Cela a des conséquences terribles, tant sur leur entourage qu'au travail.

Vous êtes très inquiets face aux jeux en ligne. Selon vous, il aurait fallu maintenir leur interdiction?

Non, ce n'est pas ce que nous disons. Il était tout à fait possible d'autoriser les jeux en ligne en les encadrant et en les surveillant, de manière à limiter la casse pour les joueurs. Ce ne sera pas le cas. Là, on va ouvrir les vannes sans avoir les moyens de lutter contre le risque d'addiction. Les casinos ont dicté leur loi. C'est un marché énorme qui s'ouvre. Quant à la Confédération, elle encaisse les recettes de l'impôt sur les maisons de jeu et veut maximiser ses profits, sans payer un franc pour la prévention.

Les jeux en ligne sont-ils vraiment plus dangereux que les loteries ou les machines à sous?

Je ne veux pas parler de danger, mais de risque. Le secteur n'est pas encore très bien connu, mais les premières études internationales montrent que le jeu en ligne est beaucoup plus addictif. Et en Suisse, l'université de Neuchâtel estime que les joueurs en ligne, qui sont aujourd'hui dans l'illégalité, ont 7 fois plus de risque de devenir accro. Ils sont seuls devant leur ordinateur ou sur leur téléphone portable et peuvent jouer 24 heures sur 24, sans surveillance. De plus, ils reçoivent constamment des offres marketing qui les incitent à rejouer. C'est une spirale infernale.

Créé: 21.10.2015, 17h46

Sondage

Le Conseil fédéral veut autoriser les jeux d'argent en ligne: une bonne idée?

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