La nostalgie du fascisme resurgit en Croatie

BalkansLe gouvernement ferme les yeux… quand il n’exprime pas un certain degré d’approbation

Des représentants de la communauté juive de Croatie devant
le mémorial du camp d’extermination de Jasenovac.

Des représentants de la communauté juive de Croatie devant le mémorial du camp d’extermination de Jasenovac. Image: AFP

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Ces absences-là seront très remarquées. Vendredi, lors des commémorations au camp d’extermination de Jasenovac, la communauté juive croate et les représentants de la minorité serbe boycotteront cette journée en signe de protestation contre l’inaction des pouvoirs publics face aux discours haineux et à l’exaltation et la banalisation du souvenir de l’Etat fasciste croate de la Seconde Guerre mondiale. Leur colère a été déclenchée par la projection d’un documentaire intitulé Jasenovac, la vérité, qui a reçu le soutien du nouveau ministre de la Culture, Zlatko Hasanbegovic. Ils n’ont pas non plus apprécié les changements apportés à l’exposition permanente du camp.

Le camp de Jasenovac a été créé par le régime oustachi d’Ante Pavelic, allié de Hitler et fondateur en 1941 de l’État indépendant Croate (NDH) fasciste. Ce fut l’un des plus grands camps d’Europe, où plus de 83 000 juifs, Serbes, Roms et opposants politiques ont été tués, lui valant le surnom d’«Auschwitz des Balkans». Mais le réalisateur du documentaire affirme qu’il s’agissait d’un camp de travail et non d’extermination et que le nombre de personnes qui y sont mortes se situerait plutôt «entre 20 000 et 40 000».

Le salut oustachi

Milorad Pupovac, député et président du Conseil de coordination nationale de la minorité serbe, dénonce «une série d’événements qui montrent que la Croatie cherche à relativiser, diminuer et même nier les crimes commis à Jasenovac et ailleurs par le mouvement oustachi».

Le 23 mars, lors du match amical Croatie-Israël à Osijek, des supporters ont scandé bruyamment «Za Dom-Spremni!» («Pour la patrie-Prêts!»), le salut officiel des oustachis. La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic, présente dans les tribunes, n’a «rien entendu». Le lendemain, un communiqué du gouvernement a condamné de façon très générale «l’emploi de symboles fascistes».

«L’extrémisme n’est pas une nouveauté en Croatie. Il a ses racines dans la Seconde Guerre mondiale», commente Krunoslav Vidic, analyste politique. Mais il constate, avec l’alliance du HDZ de droite conservatrice et du parti de centre droit Most au gouvernement, «un grand tournant vers la droite».

«Le HDZ n’avait pas d’autre argument électoral que le nationalisme, qui est une de ses racines, car c’est lui qui a mené le pays dans la crise économique. En même temps, il a suivi le mouvement général en Europe», analyse-t-il.

Fantômes du passé

Zlatko Hasanbegovic, nommé à la Culture en février dernier, est l’une des personnalités les plus controversées du gouvernement pour avoir fait partie d’organisations profascistes. Après l’agression d’un journaliste traité d’«ordure yougoslave», il a déclaré à la télévision qu’attaquer n’importe quel citoyen est condamnable, mais qu’il faut également être «responsable de ce que l’on dit et écrit en public».

Sa déclaration fait écho à celle de la présidente croate, membre du HDZ, qui a répondu aux inquiétudes de Milorad Pupovac en affirmant que certaines personnes victimes de menaces (notamment le metteur en scène croate Oliver Frljic) «ont pendant des années dans leur travail public provoqué, irrité et insulté la plus grande partie de la population croate».

Pour Krunoslav Vidic, il est clair que «le HDZ, dans sa quête de pouvoir, a relâché les fantômes du passé et est incapable de les contrôler». La question est maintenant de savoir «jusqu’où ils iront». (TDG)

Créé: 17.04.2016, 21h33

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