A Marseille, une «Fada Pride» contre la camisole de force

FranceManif ce week-end sur la Canebière pour alerter sur le sort des malades mentaux. Un réel problème de société.

Image: AFP

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«Gwen» se glisse timidement entre les banderoles, puis soudain semble revivre au milieu de ces groupes costumés qui se trémoussent sous les roulements de tambours d’une troupe de percussionnistes. Le rythme est donné pour cette «Mad pride» (littéralement «marche de la folie») qui descend la Canebière en direction de la mairie. Ici on les appelle les fadas, les «fatigués», les «gagas»… De son vrai prénom Gwenaëlle entrerait dans cette catégorie. Cette jeune femme est bipolaire, mot un peu vulgaire pour désigner une terrible maladie, la psychose maniaco-dépressive. Sous le regard doux, l’être apparaît normal, terriblement normal dirait Marguerite Duras. Et pourtant Gwen souffre, parfois terriblement…

Combien de manifestants sont présents? Peut-être une centaine? On apprend qu’à Paris ils sont à peine 400 pour cette marche simultanée qui vise à sensibiliser le public sur le sort de ceux qui sont différents. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils furent persécutés, déportés et livrés aux pires expériences médicales par les nazis. Aujourd’hui, c’est plutôt l’indifférence qui prévaut. Décrochage social, précarisation, traitements qui abrutissent pour ne pas déranger, tels sont les maux dénoncés par Vincent Girard.

Comme d’autres manifestants, ce médecin psychiatre s’est déguisé. On le croirait tout droit sorti de la comédie musicale Le Roi Soleil. Torse ouvert sous la chaleur épaisse, il pourrait passer lui aussi pour un «fada». Ce n’est que l’organisateur. Il dissèque les maux de la psychiatrie française avec lucidité, combat les clichés sur la folie, à commencer par celui de la dangerosité: «Il n’y a pas plus de fous qui tuent que de personnes normales». A dire vrai, sans doute moins. On se concentre sur les cas les plus médiatiques mais la plupart des malades mentaux sont inoffensifs.

La société en revanche ne l’est pas. Et ce chercheur par ailleurs praticien au sein de l’assistance publique de se référer à l’exemple Suisse. Il invoque la fameuse notion de directive anticipée qui permet au malades de garder la main sur son destin en cas de crise psychotique. La France a un énorme retard sur ses voisins européens. Le malade demeure un exclu, comme Gwen qui a décroché voici quelques années. «J’ai la chance de vivre correctement car je bénéficie d’une pension d’invalidité. Avec les autres aides, j’ai conservé l’équivalent de mon salaire d’éducatrice. J’ai un entourage, un toit sur la tête. Mais pour beaucoup c’est la solitude, la précarité, la rue.»

Vincent Girard rêve, lui, d’une société où le fou aurait toute sa place: un logement, un travail et pas trop de traitements. Samedi, il n’était pas le seul. «Je vais lire notre manifeste quand nous serons devant la mairie, j’ai un peu le trac.» Magalie, elle aussi, est bipolaire, comme Gwen. Mais elle n’a pas oublié de passer les bouteilles d’eau à ses copains «fadas» qui brandissent bien haut les banderoles. Pour une fois, c’est jour de fête.

(TDG)

Créé: 14.06.2015, 19h58

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