Les frontaliers se ruent sur les emplois genevois

StatistiquesEn deux ans, le nombre de frontaliers a crû de 12%, alors que sur la même période l’emploi n’a gagné que 4,27%.

Image: Lucien Fortunati

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Si la lecture de statistiques peut sembler astreignante, elle ne s’en avère pas moins intéressante. En deux ans, du troisième trimestre 2010 au troisième trimestre 2012, le nombre de frontaliers actifs titulaires d’un permis G est passé de 56 900 à 63 800, soit une augmentation de 6900 personnes, l’équivalent d’une hausse de 12%. Durant la même période, le nombre d’emplois créés à Genève a crû de 4,27%, soit de 11 700 postes, passant de 273 900 à 285 600.

Le taux de frontaliers a donc connu une hausse presque trois fois plus rapide que celle de l’emploi. Ainsi, le pourcentage de travailleurs étrangers vivant en France, qui représentait 20,77% du total des employés du canton il y a deux ans, atteint désormais 22,34%. Une augmentation de 1,57% que Laurence Coudière, la responsable des relations presse du Groupement transfrontalier européen (GTE), l’organisation de défense des intérêts des frontaliers, ne trouve pas significative.

En revanche, le ratio de 59%, il est vrai artificiel, obtenu par le rapport des 6900 nouveaux frontaliers sur les 11 700 emplois créés, fait bondir Laurence Coudière: «Dire que ces 6900 frontaliers occupent 6900 nouveaux postes est complètement absurde! Ils remplacent des démissions, des départs à la retraite. D’ailleurs, il peut s’agir en partie de permis B, installés jusqu’alors en Suisse, qui ont déménagé en France voisine.» Les statistiques sont en effet muettes quant à la nature des places occupées par les frontaliers les plus récemment arrivés à Genève. N’ayant d’ailleurs pas eu le temps d’analyser ces chiffres avec plus d’attention, elle préfère ne pas en dire plus.

Une bonne question

Lorsque Patrick Schmied, le directeur général de l’Office cantonal de l’emploi à l’Etat de Genève, est interrogé sur ces statistiques, il répond posément: «Ça commence par être une bonne question. Il ne faut pas occulter la réalité des chiffres. Le GTE devrait plus participer aux discussions plutôt que d’adopter une position de rejet.» Aussitôt, il énumère une série de mesures envisagées par l’Etat qui, dit-il, prend le problème au sérieux: «Nous lançons des concertations avec le gouvernement français. Pour montrer l’exemple, nous essayons depuis six mois d’engager principalement des collaborateurs résidant dans le canton. Cela fonctionne plutôt bien. Un label qui récompense les entreprises engageant les chômeurs de longue durée a aussi été mis en place. Nous faisons des études pour essayer de donner les meilleures réponses à l’augmentation du nombre de frontaliers sans pour autant freiner la dynamique de recrutement des entreprises.»

Pas plus de frontaliers

Le plus important employeur du canton, Migros Genève, qui compte 13 622 collaborateurs, en recul de 1,4% selon les chiffres publiés par le magazine Bilan en novembre, assure que le taux de frontaliers n’a pas évolué depuis plusieurs années.

Gilles Decarre, le responsable de la gestion des ressources humaines, certifie que «le nombre de frontaliers est resté très stable à la Migros. Il avoisine les 3500. Ce n’est pas une volonté affichée, nous ne posons pas la question en début d’année, mais c’est ainsi au moment de chaque bilan annuel.» Il constate par contre une augmentation des offres d’emplois spontanées: «Nous recevons entre 5500 et 6000 candidatures par an. Un tiers seulement provient de Suisse. La majorité se concentre autour de la région genevoise, Haute-Savoie et Pays de Gex mais aussi, et c’est nouveau, de bien plus loin.»

La pression sur les emplois se fait de plus en plus importante. D’autant plus que, comme l’a confirmé Mie Inoue, responsable de l’emploi et du chômage à l’Office cantonal des statistiques, «le nombre d’emplois augmente moins rapidement qu’avant. Un tassement des offres est à prévoir.» Moins d’offre et un climat de compétition exacerbé vont tendre le marché, comme le laisse entendre Patrick Schmied: «La compétition ne se joue plus seulement au niveau salarial mais aussi au niveau de la formation et des compétences.» La relation entre les Genevois et les travailleurs frontaliers risquent d’en pâtir. (TDG)

Créé: 03.12.2012, 07h20

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