Les banques font les yeux doux au Moyen-Orient

Finance genevoise Les grandes fortunes arabes sont gérées avec bonheur sur les bords du Léman.

La place financière genevoise compte bien gagner des parts de marché dans le segment de clientèle des nouvelles puissances arabes.

La place financière genevoise compte bien gagner des parts de marché dans le segment de clientèle des nouvelles puissances arabes. Image: TDG

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les pays du Moyen-Orient doivent de plus en plus partager la manne pétrolière avec les États-Unis, qui pourraient de manière surprenante détrôner l’Arabie saoudite grâce à l’exploitation de leurs schistes bitumineux.

Mais l’argent coule toujours à flots dans les pays irrigués par l’or noir. Selon l’étude annuelle de The Boston Consulting Group (BCG), les fortunes originaires du Moyen-Orient pèseront dans quatre ans 18% du total des fonds gérés en Suisse, avant celles provenant d’Amérique latine (14%), d’Asie (13%), d’Europe de l’Est et de Russie (11%), d’Afrique, d’Amérique du Nord ou du Japon (voir ci-dessous). Et la moitié des revenus de la place financière sont liés à la gestion de fortune, la banque de détail ne représentant que 28% de ces revenus, le solde se répartissant entre la gestion des fonds des entreprises, des institutionnels et des activités de banque d’affaires (rachats, fusions, etc.).

Diversification

Certaines fortunes moyen-orientales sont colossales. Elles sont liées au pétrole et au gaz, naturellement, mais aussi désormais à la banque, la finance, l’immobilier. Sans oublier la chimie: Sabic, la plus importante entreprise arabe cotée en Bourse (elle pèse environ 100 milliards de francs), se risque même à devenir l’actionnaire de référence du groupe bâlois Clariant. La place financière genevoise compte bien garder, voire gagner, des parts de marché dans le segment de clientèle des nouvelles fortunes arabes. Les établissements genevois se développent dans les pays du Golfe, et en particulier à Dubaï, l’émirat qui ambitionne de devenir l’une des places mondiales de gestion de fortune.

Attrait genevois en hausse

Selon l’étude annuelle de la FGPF (Fondation Genève Place Financière), l’attrait pour la place financière genevoise de la clientèle moyen-orientale a augmenté pour 36% des banques de taille moyenne (employant entre 50 et 200 collaborateurs) interrogées.

Pour cette catégorie d’établissements, c’est le segment de clients qui a progressé le plus en 2017, avant les fonds de fortunes asiatiques, latino-américaines ou russes. Pour les grandes banques, le Moyen-Orient a aussi été un terreau fertile, juste après les clients venant des anciens pays de l’Est ou de Russie. Un constat identique a été identifié au niveau national. Dans l’étude du BCG, les fonds en provenance du Moyen-Orient ont augmenté de 10%, surpassant ceux liés à la clientèle américaine et surtout européenne.

Pour capter ces liens d’affaires, et les maintenir, il faut des bureaux sur place. La très discrète banque Audi en est un exemple. Cet établissement à capitaux libanais niché dans une maison patricienne des Tranchées a établi un puissant réseau dans les pays arabes. À Beyrouth, bien sûr, d’où vient une partie de ses racines. Mais aussi en Arabie saoudite, à Abu Dhabi et même à Doha, malgré les tensions entre le Qatar et ses deux voisins. Safra Sarasin est également implanté à la fois à Dubaï, depuis 2013, et à Doha, depuis 2014. À Genève, Arab Bank annonce de son côté que ses actifs en provenance du Liban sont passés de 268 millions à 307 millions de francs entre 2017 et l’année précédente, alors que ceux liés au Royaume-Uni ont chuté de 460 à 304 millions de francs durant ce même laps de temps.

Implantation ancienne

Les relations bancaires entre Genève et les pays arabes ne datent pas d’aujourd’hui. La banque Audi est présente en Suisse depuis 1976 et d’autres établissements libanais ont aussi développé leur présence ici après l’éclatement de la guerre civile. À l’exemple de BankMed, pendant longtemps directement contrôlée par la puissante famille Hariri. Devenue banque en 1999, NBK (National Bank of Kuwait) était présente comme société financière depuis 1984.

Les établissements saoudiens ont toujours été plus discrets dans la Cité de Calvin, la tentative de création d’une banque en 2006 – Faisal Private Bank – ayant échoué six ans plus tard.

La sévère crise financière d’il y a dix ans a eu raison de cette ambition. C’est cependant à cette époque, avant le retournement brutal de 2008, que les pays du Golfe connaissent un essor sans précédent. Dubaï sort de terre. Tout le monde s’y rue. La BCP, un établissement genevois à capitaux turcs, crée une officine à Dubaï en 2006. Lombard Odier et Mirabaud y ouvrent des bureaux en 2007. Aujourd’hui, les grandes banques mais aussi HSBC, l’UBP, la Banque Cantonale de Genève ou Pictet y font des affaires. Dans l’autre sens, la NBAD (National Bank of Abu Dhabi, aujourd’hui FAB Private Bank) s’installe, quai de l’Île, en 2006, suivie par la QNB (Qatar National Bank) une année plus tard. Ces deux géants bancaires sont respectivement les 4e et 2e groupes arabes en termes de valeur en Bourse (entre 40 et 50 milliards de francs, l’équivalent des numéros 4 et 5 de la Bourse suisse, UBS et l’assureur Zurich).

Aux yeux de cette clientèle, la Suisse garde des atouts certains: la proximité, la stabilité politique, monétaire et fiscale. Ce sont de grands avantages pour des clients dont le pays de résidence souffre d’un climat géopolitique incertain, tels que certains pays du Moyen-Orient.

«Pour ces raisons, nous mettons un fort accent sur la gestion de fortune au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie. À notre niveau, nous assistons en effet à une croissance des actifs tant en provenance des pays du Levant que du golfe Persique, avec en tête les Émirats mais également des pays comme le Qatar, Bahreïn ou le Koweït», indique Indosuez Wealth Management, une entité genevoise du géant français Crédit Agricole, qui vient de nommer une nouvelle équipe spécialement dédiée à cette clientèle.

Enfin, les liens entre ces pays et la place genevoise sont entretenus par les fréquentes visites réalisées par les princes du désert dans la région lémanique. Nombreux sont les dignitaires émiratis, saoudiens, qataris ou koweïtiens qui possèdent des propriétés dans le Grand Genève. Et au plus haut niveau: le président des Émirats arabes unis dispose de 18 hectares près d’Évian, alors que le prince héritier vient de demander de se construire un héliport dans sa résidence de Vétraz-Monthoux, le Cologny d’Annemasse. (TDG)

Créé: 09.01.2019, 19h57

Articles en relation

La Banque nationale a des soucis de riches

Chronique économique Plus...

La Banque Cantonale de Genève se distingue en Bourse

Marché financier L’action de l’établissement de droit public du bout du Léman a gagné plus de 20% depuis le début de l’année. Plus...

Une nouvelle banque à Genève devient la championne du négoce

Matières premières Quatre ans après les déboires de BNP Paribas, un nouveau nom émerge enfin dans la finance genevoise. Portrait. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

L'affaire Maudet inquiète jusqu'à Berne
Plus...