Le cens d’un vote

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Genève vient donc d’élire son parlement. Genève, vraiment? Inventorions: Genève, c’est une République de 500 000 habitants au centre d’un espace (la «Grande Genève») d’un million d’habitants. Sur le demi-million d’habitants de la République, la moitié n’a pas le droit de vote (trop jeunes, ou étrangers avec ou sans statut légal), et n’a donc pas pu voter. Sur la moitié de la population de la République qui a le droit de vote, les deux tiers n’en font rien.

Sur la portion du corps électoral qui a fait usage de ses droits politiques, un dixième l’a fait en pure perte: les listes pour lesquelles ces électrices et ces électeurs se sont prononcés n’ont pas passé la barrière du quorum de 7% des suffrages. Résultat? Genève se retrouve gratifiée d’un parlement «représentatif» d’un cinquième de la population de la République, et d’un dixième de celle de sa région (dont pourtant tous les habitants subiront les décisions du parlement de la Parvulissime). Et aucun parti ne «représente» plus de 5% de la population de la Genève suisse.

De quoi alors un parlement si pingrement élu est-il représentatif? Du Peuple? De la République? Des «gens»? Il l’est des militants des partis et de la petite minorité de la population qu’ils ont réussi à convaincre de faire usage de ses droits politiques. Honneur et révérence, au passage, à celles et ceux qui depuis des semaines se sont mobilisés pour convaincre citoyennes et citoyens d’aller voter. Ils n’auront réussi à en convaincre qu’une minorité? Ce n’est pas faute d’efforts pour en convaincre en majorité. C’est faute de quoi, alors?

La faute, peut-être, à une dépolitisation, une acculturation politique générale? On commémore le demi-siècle de Mai 1968: il était alors proclamé que «tout est politique». Dix ans plus tard, on proclamait que «tout est culturel». Encore dix ans de passé, et tout était devenu «économique». Et aujourd’hui, tout est quoi? Psychologique? Sexuel? Gastronomique? Médical? Nombriliste, certainement… mais politique, certainement plus…

On a ainsi rétabli un suffrage censitaire. Sauf que le cens se définit désormais plus par le niveau de formation et d’engagement social que par celui de l’impôt versé. Et que la population la plus modeste n’est pas exclue de l’exercice des droits politiques par la loi, mais par son statut social: elle n’est pas privée du droit de vote, sa situation l’en éloigne. On peut remédier au retour au cens, en redonnant du sens à l’engagement politique, d’abord en mettant fin à l’exclusion des droits politiques de près de 200 000 personnes en abaissant l’âge du droit de vote à 16 ans, et en l’accordant aux étrangers qui en disposent déjà au plan communal. Ainsi le corps électoral, notre bon vieux Conseil Général, sera-t-il au moins formé d’une majorité de la population.

Ensuite, on peut remédier à la vacuité des droits proclamés en supprimant le quorum. Ainsi les citoyennes et des citoyens auront-ils et elles la garantie que leur voix comptera, et qu’ils et elles n’auront pas voté pour rien, comme toutes celles et tous ceux dont hier «la barque de leur amour civique s’est brisée sur le quorum», comme dirait Maïakovski… (TDG)

Créé: 17.04.2018, 14h36

Pascal Holenweg, conseiller municipal socialiste, causetoujours.blog.tdg.ch


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