La politique de Merkel poignardée

Crise migratoireL’agression d’une députée favorable à l’accueil des migrants alerte les Allemands sur les dangers de l’extrême droite

Pour la police allemande, le motif raciste est à l'origine de l'agression au couteau de la candidate à la Mairie de Cologne, Henriette Reker.

Pour la police allemande, le motif raciste est à l'origine de l'agression au couteau de la candidate à la Mairie de Cologne, Henriette Reker. Image: OLIVER BERG /AFP

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Tandis qu’Angela Merkel était en Turquie pour négocier avec les autorités un accord permettant de freiner les arrivées de réfugiés, la police a confirmé hier que le coup de poignard contre une candidate à la Mairie de Cologne était bien un attentat politique.

L’agresseur, un Allemand de 44 ans, a agi avec préméditation et jouit de toutes ses facultés mentales. Pénalement responsable, cet ancien militant néonazi a visé samedi Henriette Reker de façon «ciblée et consciente». «Recker et Merkel nous inondent d’étrangers et de réfugiés», aurait-il déclaré après son arrestation.

«Cette attaque nous vise donc tous», a insisté Hannelore Kraft, la ministre-présidente social-démocrate (SPD) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (région de Cologne).

Henriette Reker, une femme de 58 ans sans étiquette politique, a été agressée alors qu’elle faisait campagne sur un marché. Grièvement blessée au cou, elle a été opérée d’urgence et serait hors de danger. Chargée de l’accueil des réfugiés, la candidate à la Mairie incarnait à Cologne la politique humanitaire suivie par Angela Merkel.

L’attentat a fait prendre conscience aux Allemands que les dangers de cette crise des migrants ne venaient pas des réfugiés mais du terrorisme d’extrême droite. «Nous allons peut-être comprendre enfin qu’il faut réagir contre les démagogues de droite», a insisté Aydan Özoguz, chargée des questions d’intégration au SPD.

Parmi les mouvements populistes qui se nourrissent de la crise, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) profite des inquiétudes de la population. Selon les sondages, ce parti focalisé autrefois sur l’abandon de l’euro serait en mesure d’entrer à l’Assemblée fédérale (Bundestag) sur le thème des migrants avec 6 à 7% des intentions de vote.

La crise a surtout relancé le mouvement anti-islam Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) qu’on croyait mort. Noyauté par les néonazis, le niveau de violence de ce mouvement ultraminoritaire – mais très visible – a augmenté d’un cran lors des «manifestations du lundi», visant directement la classe politique et la «presse mensongère». A Dresde, plusieurs journalistes se sont fait agresser physiquement et les manifestants n’hésitent pas à brandir des potences «réservées à la chancelière».

Enfin, les agressions contre les centres de réfugiés restent quotidiennes. Selon le ministre fédéral de l’Intérieur, près de 500 attaques ont été perpétrées depuis le début de l’année (dont au moins 60 incendies volontaires).

La recrudescence de cette violence d’extrême droite inquiète surtout les services de renseignements (Verfassungsschutz). Le président de cette «police de la Constitution», Hans-Georg Massen, craint la formation de groupuscules clandestins à l’instar de la «NSU» (Clandestinité nationale-socialiste), qui avait perpétré dans les années 2000 plusieurs attentats et exécuté de sang-froid huit commerçants turcs et un entrepreneur grec pour des motifs purement racistes.

Créé: 18.10.2015, 19h49

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