En colère, la police municipale se mettra en grève pour ses salaires

Ville de GenèveLes agents demandent une réévaluation depuis des années. L’Exécutif de la Ville regrette un blocage.

En outre de leur rémunération, les APM se plaignent d’un manque de matériel.

En outre de leur rémunération, les APM se plaignent d’un manque de matériel. Image: Laurent Guiraud

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Ils saisissent des stupéfiants, procèdent à des perquisitions, mènent des patrouilles jusqu’au milieu de la nuit. Le temps où les agents de la police municipale (APM) de la Ville de Genève se contentaient d’amender les automobilistes mal garés est bel et bien révolu. Nonobstant l’élargissement de leurs tâches et compétences, leur salaire, lui, n’a pas bougé depuis des années malgré des demandes réitérées. Face à ce blocage, les APM sortent l’artillerie lourde: un préavis de grève a été voté à l’unanimité vendredi soir.

Vaines discussions

Le domaine d’activité de ces agents de proximité s’est effectivement étendu ces dernières années. Le Service des agents de sécurité municipaux (ASM) se mue en police municipale courant 2010. Lois sur les stupéfiants, sur les étrangers et sur la circulation routière: de nouvelles compétences se greffent au cahier des charges de ce corps uniformé dès 2015, sans compter quelques attributions de police judiciaire (auditions, arrestations, perquisitions) dans leurs domaines respectifs. Au fil des ans, les horaires des APM de la Ville de Genève s’élargissent eux aussi, avec des patrouilles jusqu’à 3 h du matin, voire au-delà.

Face à ces responsabilités supplémentaires, le syndicat des polices municipales genevoises (SPMG), fort de 180 adhérents sur un total de 200 agents, exige depuis plusieurs années que le salaire de ce corps uniformé soit réévalué, sans succès. «Dès 2011, nous avons demandé à de nombreuses reprises deux classes salariales supplémentaires, explique Cyril Nobs, vice-président du syndicat. Les agents de la Ville sont moins bien payés que ceux de certaines communes alors qu’ils connaissent bien plus d’inconvénients que certains d’entre eux. Cette situation a par ailleurs engendré des départs.» Les APM sont en classe F selon la grille salariale de la Ville, gagnant de 62 000 à 98 000 francs par an, selon leur ancienneté dans le service.

Au fil des années, les séances et les courriers se succèdent. Le Conseil administratif s’empare de la thématique et l’aborde dans le cadre d’un projet plus large, visant à réévaluer toutes les fonctions types de son administration. Mais en 2016, sans grande avancée, la tension commence à monter chez les APM, qui évoquent une éventuelle grève, avant l’ouverture de négociations au début de 2017. Le syndicat commence à fulminer face à ce qu’il considère comme un «blocage du Conseil administratif». Au début de janvier, après une assemblée générale et un vote unanime, il adresse un ultimatum à la Ville: si la classe supplémentaire demandée n’est pas versée, le principe d’une grève sera proposé aux agents.

Une classe supplémentaire

La Ville l’assure: le blocage n’est pas dû à la volonté du Conseil administratif, bien au contraire. «Sous mon impulsion, l’Exécutif a déjà approuvé le principe d’octroi d’une classe supplémentaire, explique Guillaume Barazzone, magistrat en charge du Département de l’environnement urbain et de la sécurité. Celle-ci se justifie par l’augmentation des prérogatives des agentes et agents de la police municipale, dont le métier a considérablement évolué au cours de ces dernières années.» Le conseiller administratif a également demandé au CA «qu’une analyse complémentaire soit menée afin de déterminer si une deuxième classe pouvait être attribuée aux fonctions d’agentes et agents pour lesquelles elle serait justifiée».

Elle quitte les négociations

À en croire la Ville, le problème est plus complexe: la nouvelle classe salariale demandée doit être acceptée dans le cadre du processus général de réévaluation des fonctions municipales. Et pour ce faire, la commission d’évaluation doit se prononcer. Or, celle-ci ne siège pas, faute de quorum, puisque la commission du personnel a décidé de ne plus participer aux séances. «Il s’agit d’une décision que je ne m’explique pas et qui n’est certainement pas dans l’intérêt des agentes et agents de la police municipale», relève Guillaume Barazzone. La commission du personnel a quitté la table des négociations, jugeant que le CA n’est pas assez transparent dans ce dossier. Résultat: le processus est grippé. Une séance avec les différents partenaires sociaux est prévue en février.

Les modalités de la grève, à durée indéterminée, restent à définir dans le détail. Celle-ci commencera vraisemblablement le 25 février, jour de la rentrée scolaire, une période d’importante visibilité pour les APM en temps normal. L’action vise à mettre la pression sur le Conseil administratif afin de faire avancer les choses. «Mais nous ne prétériterons pas le service à la population en faisant une grève du zèle», assure Cyril Nobs.

Le salaire n’est pas la seule revendication des agents. Ceux-ci regrettent également la sous-dotation en personnel de leur centrale d’engagement, ainsi qu’un manque de matériel. Ils souhaitent par ailleurs que les nouvelles recrues puissent passer le brevet fédéral de policier, afin «de pouvoir bénéficier d’une formation reconnue au niveau national au même titre que toutes les polices municipales suisses et pouvoir profiter d’une certaine mobilité professionnelle». Feux bleus et armement sont également sujets à débat.

(TDG)

Créé: 01.02.2019, 20h11

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