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Les vieux lions luttent

Le destin de Filippo Lombardi a basculé dimanche pour 45 minuscules voix. Les Tessinois ont choisi d’envoyer à la retraite celui qui les représentait au Conseil des États depuis 1999. Un notable qui s’était taillé une place au centre du paysage politique suisse, chef du groupe parlementaire PDC à Berne et interlocuteur privilégié des médias. À 63 ans, le président du vénérable HC Ambri-Piotta ne s’attendait pas à devoir quitter l’arène de sitôt. Mais ces élections fédérales décidément mouvementées en ont décidé autrement.

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L’usure du pouvoir? C’est ce que l’on pourrait conclure en observant l’échec de Lombardi, ajouté à ceux d’autres «vieux de la vieille» éjectés du Conseil national, comme les UDC Jean-François Rime, Heinz Brand (GR), Luzi Stamm (AG), le socialiste Corrado Pardini (BE) ou encore le PDC vaudois Claude Béglé. Mais des contre-exemples marquants battent en brèche cette hypothèse, à commencer par celui du «dinosaure» Paul Rechsteiner (PS/SG), réélu dimanche pour un troisième mandat au Conseil des États. L’inusable moustachu est entré sous la Coupole – d’abord comme conseiller national – il y a trente-trois ans !

«Rechsteiner le sait: la prime au sortant n’est pas suffisante pour dormir tranquille.»

L’explication tient sans doute dans la manière d’aborder une réélection. Le syndicaliste Rechsteiner, minoritaire dans un canton bourgeois, sait que son fauteuil ne lui est pas garanti. Que la prime au sortant n’est pas suffisante pour dormir tranquille. Alors il bat la campagne, multiplie les contacts directs au sein de la population, soigne ses relations avec les élus de droite. Il mouille sa chemise, à l’instar de son camarade de parti Hans Stöckli, 67ans, qui a résisté avec succès dimanche à l’assaut de l’écologiste Regula Rytz. Même Christian Levrat, tout-puissant sénateur du PS, cherche en permanence à marquer des points auprès de ses électeurs fribourgeois.

En comparaison, les élus fédéraux qui pensent pouvoir se contenter d’une campagne light courent davantage le risque de devoir prendre la porte. En plus de la vague verte et de la réjouissante progression des femmes, telle est peut-être la leçon de ces joutes électorales 2019: en politique suisse, plus rien n’est gagné d’avance.

De l’autre, des mécontents décomplexés partent en guerre contre des avancées sociales réclamées par les foules. La semaine dernière, un comité de droite lançait le référendum contre le congé paternité de deux semaines accordé de haute lutte par le parlement. Lundi, c’était au tour des adversaires de l’extension de la norme pénale antiraciste de se dévoiler au grand jour. Pour eux, pas question de punir les incitations à la haine envers les homosexuels.

«Ce décalage saisissant s’explique avant tout par une vision ultralibérale de la société»

Est-ce l’œuvre de vieux grincheux réactionnaires? Détrompez-vous. Il y a là des membres de jeunesses de partis bourgeois. Et un politicien gay, membre du comité référendaire: pour ce Zurichois de 29 ans, traquer les propos homophobes reviendrait à considérer la communauté LGBT comme «une minorité faible». Les délégués de son parti, l’UDC, viennent d’ailleurs de balayer à l’unanimité le texte qui sera soumis au peuple le 9 février prochain. Au nom de la liberté d’expression…

Quelques mois après la Grève des femmes et les manifestations pour la planète, le décalage entre forces progressistes et «Neinsager» est saisissant. Il s’explique avant tout par une vision ultralibérale de la société, très présente en Suisse alémanique. Dans le cas de la «censure» des propos touchant à l’orientation sexuelle, l’État ne peut pas imposer aux citoyens ce qu’il est permis de dire et ce qui ne l’est pas. Dans celui du congé paternité, il n’a pas à ponctionner les revenus de tous les salariés pour élargir les prestations sociales. Libre aux entreprises d’agir comme bon leur semble en la matière.

Le parlement a beau avoir rajeuni et s’être féminisé lors des élections, ces divergences resteront fortes lors de la législature à venir. Elles donneront lieu, c’est certain, à des débats passionnés. Souhaitons à la Suisse d’en sortir par le haut.

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