Santé, retraites: paroles de sages

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Quelques économistes de poids font entendre leur voix sur deux sujets de première importance réservés à ce jour au monde politique: la réforme de la prévoyance et celle, tout aussi urgente, du système de santé.

L’une et l’autre ont ceci de particulier qu’elles représentent des enjeux évidemment politiques et supposent donc un traitement parlementaire puis, cas échéant, une ratification populaire. Mais elles impliquent toutes deux une appréhension suffisante des mécanismes sous-jacents, ce qui est loin d’être le cas de l’immense majorité des députés, et a fortiori de la population appelée à se prononcer.

On ne mange ni ses encaisses ni son avoir en banque. L’argent n’est pas comestible René L. Frey, Professeur honoraire à l’Université de Bâle

Emberlificotée dans un tissu de considérations réglementaires et actuarielles, l’approche de la prévoyance telle qu’elle a été pratiquée jusqu’ici a perdu complètement de vue une notion fondamentale que l’on a tenté à maintes reprises d’expliquer dans ces colonnes et qui tient à cette simple évidence: une population donnée – en l’occurrence, la nôtre – ne peut consommer que ce qu’elle produit dans l’année courante.

Comme le rappelait joliment dans la NZZ (30 novembre) René L. Frey, professeur honoraire d’économie nationale à l’Université de Bâle, on ne mange ni ses encaisses ni son avoir en banque. L’argent n’est pas comestible («Geld ist nicht essbar»), si bien qu’il n’y a, de ce point de vue, aucune différence entre le financement par répartition (propre à l’AVS), la capitalisation (propre au 2e pilier) et l’épargne volontaire. Si, du fait du vieillissement démographique, la production de biens et services, y compris la part consommée par les rentiers, ne satisfait plus l’ensemble des besoins, les prix ne peuvent que monter. À moins, en déduit logiquement Frey, que la croissance s’accélère sous l’effet de gains suffisants de productivité (pourquoi pas grâce aux robots), que l’on ait recours à davantage d’immigration (et à l’inverse que l’on s’accommode de l’exode de rentiers AVS allant consommer ailleurs…), et enfin que l’on parvienne par le truchement d’incitations diverses à repousser l’âge de la retraite.

Rappel identique de notions économiques élémentaires pour extraire la santé de l’emballement des coûts dans lequel, année après année, son financement se trouve enfermé: c’est cette fois-ci au tour de la paire Bernd Schips et Silvio Borner (anciens professeurs d’économie, le premier à l’EPFZ, le second à l’Uni de Bâle) de s’atteler aux nécessaires démonstrations. Hors de la concurrence, démontrent-ils dans un livre qui vient de paraître, point de salut.

En substance, il faudra bien un jour rompre avec le principe sacro-saint de l’obligation de contracter, s’accommoder d’un alignement des primes d’assurance sur l’importance des risques liés à l’âge, et mettre fin au financement différencié des soins stationnaires et ambulatoires, faute de quoi le carrousel des hausses tournera de plus belle. Toutes ces directions, déjà envisagées par le Conseil fédéral mais d’emblée écartées par les lobbies médicaux, sont les seules qui réconcilieraient le système avec un minimum de logique, et permettraient d’en reprendre le contrôle.

Les paroles d’économistes ne sont pas paroles d’évangile, mais elles ont le mérite de placer dans le bon ordre les causes et les effets, et de proposer de la cohérence là où la défense d’intérêts particuliers brouille les cartes au grand dam du payeur final, qu’il soit cotisant ou assuré, futur patient ou rentier. Seront-elles écoutées? Si seulement.

Créé: 04.12.2017, 17h03

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