Route barrée pour le président serbe

KosovoLe président de la République de Serbie s'est vu refuser l'accès à un village à l'ouest de Pristina. Aleksandar Vucic voulait trouver un compromis avec le gouvernement kosovar.

La route d'accès à Banje, village serbe du Kosovo, a été barrée par des militants de l'Uçk. (dimanche 9 septembre 2018)

La route d'accès à Banje, village serbe du Kosovo, a été barrée par des militants de l'Uçk. (dimanche 9 septembre 2018) Image: Keystone

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Des Albanais kosovars ont empêché dimanche le président serbe Aleksandar Vucic de se rendre dans un village serbe du Kosovo, lors d'une visite visant à appeler ses compatriotes à chercher un compromis avec Pristina. M. Vucic a aussi rendu hommage à Slobodan Milosevic.

Plusieurs centaines d'Albanais kosovars ont dressé dans la matinée des barrages sur tous les accès vers le village de Banje (est) où le président serbe était attendu par quelque 300 habitants, au second jour de sa visite auprès des Serbes du Kosovo. «Vucic ne passe pas», «Ceux qui ont commis un génocide contre des civils innocents ne peuvent pas passer», pouvait-on lire sur des pancartes, a rapporté un photographe de l'AFP. Le conflit entre les forces serbes et les indépendantistes kosovars (1998-1999) a fait plus de 13'000 morts, dont environ 10'000 Albanais du Kosovo.

M. Vucic a essayé de se rendre dans le village malgré l'interdiction du gouvernement de Pristina, qui avait invoqué des raisons de «sécurité», mais sa colonne a été renvoyée par la police avant de parvenir à l'une des barricades.

Rejet de l'indépendance kosovare

Dans un discours prononcé devant plusieurs milliers de Serbes à Mitrovica, la grande ville du nord du Kosovo, Aleksandar Vucic a appelé ses compatriotes à accepter un «compromis» avec Pristina, en les assurant qu'une reconnaissance de l'indépendance du Kosovo n'était pas envisagée par Belgrade.

La Serbie, soutenue par la Russie, rejette l'indépendance kosovare proclamée en 2008 et reconnue par plus de 110 pays dont la Suisse, les Etats-Unis et les trois quarts des pays de l'Union européenne.

M. Vucic a affirmé qu'«aucun projet de solution» n'était toujours sur la table. «Mais il me semble que pour la première fois nous savons que nous devons nous parler et essayer de ménager nos relations», a-t-il expliqué.

Le président serbe et son homologue kosovar Hashim Thaçi ont affiché ces derniers temps leur volonté de relancer un dialogue sur la normalisation des relations, entamé en 2011 sous la houlette de l'UE. Les deux hommes ont toutefois refusé de se parler vendredi à Bruxelles.

Hommage à Milosevic

Ex-faucon ultranationaliste devenu pro-européen, M. Vucic a en même temps rendu hommage à l'ancien homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic, dont il était le ministre de l'Information. «Milosevic était un grand leader serbe. Ses intentions étaient certainement les meilleures, mais nos résultats étaient beaucoup plus mauvais», a-t-il dit à la foule qui agitait des drapeaux serbes.

«Pas parce que lui ou qui que ce soit d'autre avait souhaité ça, mais parce que (...) nous avions négligé et sous-estimé des intérêts et des aspirations des autres peuples. C'est pour cela que nous avons payé le plus grand et le plus lourd prix», a-t-il poursuivi. Aux yeux de beaucoup, avant de s'y achever, c'est au Kosovo, alors province majoritairement albanaise de la Serbie, qu'a débuté le drame yougoslave (130'000 morts). Dès 1987, Milosevic y avait semé les graines du nationalisme serbe.

Reconfiguration territoriale

Quelque 120'000 Serbes vivent encore au Kosovo, notamment dans le nord, ainsi que dans quelques enclaves dispersées sur le territoire. La grande majorité des quelque 1,8 million d'habitants sont des Albanais de confession musulmane.

Les discussions entre Belgrade et Pristina portent notamment sur un éventuel échange de territoires censé favoriser l'adhésion des deux pays à l'UE. L'idée de redessiner la frontière a été émise durant l'été à la fois par les deux camps. Il s'agirait d'échanger les territoires kosovars à majorité serbe au nord de Mitrovica contre la vallée de Presevo, à majorité albanaise, située dans le sud de la Serbie.

Cet arrangement, qui serait le prélude à une normalisation des relations entre les deux pays, se heurte cependant à des résistances dans les deux camps. L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont toutefois dit leur hostilité, y voyant un risque de déstabilisation pour toute la région. (ats/nxp)

Créé: 09.09.2018, 18h48

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