Piquante et sensible, la journaliste Ariane Ferrier s’est éteinte

HOMMAGEChroniqueuse dans la presse et à la télévision, figure des médias romands, elle raconte sa maladie dans un livre testament qui paraît mercredi.

Ariane Ferrier à l'époque de l'émission

Ariane Ferrier à l'époque de l'émission "Box Office". Image: Salvatore di Nolfi

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Belle, drôle et piquante à la fois, son charisme et sa classe naturelle attiraient tous les regards. Journaliste, chroniqueuse, comédienne, Madame cinéma à la télévision… Maman, grand-mère, amante et amie, surtout. Ariane Ferrier a vécu mille vies… Façon TGV. Car l’étoile de cette femme lumineuse vient de s’éteindre. Brutalement et cruellement. Elle avait 59 ans.

«Élégante jusqu’au bout. Jusque dans ses adieux», commente sur Facebook la politicienne Magali Orsini. En référence au dernier message posté par Ariane la semaine dernière: «Je vous aime tous. Je suis en train de mourir.»

Force et fragilité à la fois. Tout Ariane. Une passionnée qui s’était transformée en internaute assidue ces dernières années. Et la toile le lui rend bien aujourd’hui, alors que les hommages se multiplient. «Ariane est partie sereine, entourée par une famille aimante et libérée de ce putain de crabe et de ses souffrances. Paix à son âme si belle», écrit Cyrille Schnyder-Masmejan. «Son espièglerie et sa grâce resteront dans notre mémoire. À toujours Ariane», ajoute Isabel Garcia-Gill, amie d’enfance. «Sa Majesté Ariane a rejoint le Royaume des Royautés qu’elle aimait tant et qui lui va si bien», renchérit Françoise Burri.

Ses filles chéries, Mathilde et Juliane, ont fortement influencé son rapport à l’ordinateur. «Son écran est une machine à émotions: elle regarde des vidéos rock à fond pour la vibration, des musiques atrocement sentimentales pour la sensation. Elle aime les trucs qui font marrer les filles, les «lolcat» pour craquer, les bons mots pour s’amuser», relevait une émission de la RTS, signée Martine Galland et David Golan, qui lui avait été consacrée en 2013.

Sur le réseau comme dans la vie, Ariane prenait le parti de la distance et de la légèreté. Par élégance. Par excès de gravité. J’ai moi-même très vite ressenti cette dualité qui l’animait. Nous nous sommes rencontrées à la fin des années 1980. Nous rêvions toutes les deux de journalisme. Et comme tremplin, Éric Lehmann, alors rédacteur en chef de La Suisse, n’avait rien trouvé de mieux pour nous tester que de nous confier le supplément du Salon des arts ménagers… Il fallait oser! Imaginez les éclats de rire qui ont pu nous unir lors de cette grande foire locale. Elle m’appelait déjà Bézaguet. C’était sa façon virile à elle, si femme, pour témoigner son amitié.

Joint par téléphone à Moscou où il réside dorénavant, Éric Lehmann se souvient, très ému, de sa première rencontre avec sa future collaboratrice: «Elle était arrivée élégamment vêtue, avec un gros sparadrap sur le nez. Elle m’avait dit qu’elle n’avait pas de diplôme, qu’elle avait été «G.O.» au Club Med et qu’elle avait terriblement envie de faire du journalisme. Elle était désarmante de spontanéité.» Les débuts ne furent toutefois pas faciles. La «duchesse Ferrier», comme certains l’appelaient affectueusement, avait sa tronche. Et ses allergies, notamment face à l’injustice. Et puis la dame sortait de la haute, comme on dit. «On a correspondu ensemble par SMS ces derniers mois. Elle me parlait de ses souvenirs d’enfance à Cara, proche du domaine de la Gara où j’ai moi-même grandi; deux maisons du XVIIIe siècle», rapporte l’écrivaine reporter Laurence Deonna.

Cette petite goutte bourgeoise qui coulait dans ses veines, Éric Lehmann l’a magnifiée pour mener Ariane vers le succès. Fini les manifestations populaires à Palexpo… place aux fameux Potins d’Ariane Ferrier qui ont fait un temps le bonheur de La Suisse. «Elle s’exprimait avec aisance, note Éric Lehmann. Un jour je lui ai dit, écrivez comme vous parlez. Et c’était parti…»

«Tu l’entends parler quand tu la lis», abonde Mélanie Chappuis. L’écrivaine genevoise a rédigé la préface de «La Dernière gorgée de bière», testament d’Ariane… en librairie dès le 29 novembre. La dernière surprise de la cheffe Ferrier. «Ce livre est un récit de voyage: la traversée du cancer sans escale. Mais pas d’un voyage en solitaire. Il y a mes aimés: mes filles, mon petit-fils, le père de mes enfants, ma sœur, mes frères. Mes amis. Mes potes.» Paroles d’Ariane. Qui n’oublie pas des infirmières, des chirurgiens, des oncologues. Des patients. Des inconnus croisés. «C’est un récit de voyage dont on ne sait pas s’il se termine bien, parce que l’auteure de ces lignes n’a pas encore abordé de terre connue. C’est un récit de cancer, mais il y a des rires, de la bouffe et du vernis à ongles rouge. Ce constat, enfin: si les premières fois sont inoubliables, les dernières peuvent être intenses et goûteuses aussi.»

Tous ceux qui l’ont accompagnée dans sa dernière tranche de vie confirment. «Une fille magnifique. Quelqu’un qui a illuminé nos vies à sa manière», conclut Éric Lehmann.

Créé: 27.11.2017, 17h27

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