Tout ce que l’oxygène hyperbare peut faire pour vous

SantéConnue pour les accidents de plongée, la médecine hyperbare a bien d’autres applications.

Les accidents de plongée représentent 5% de l’activité du service de médecine hyperbare des HUG. Le caisson permet aussi de soigner les intoxications au monoxyde de carbone, les plaies et les gelures.

Les accidents de plongée représentent 5% de l’activité du service de médecine hyperbare des HUG. Le caisson permet aussi de soigner les intoxications au monoxyde de carbone, les plaies et les gelures. Image: GEORGES CABRERA

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Du sommet de l’Himalaya au sous-sol des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le périple d’Elisabeth Revol, secourue au Pakistan et souffrant de gelures sévères aux mains et au pied gauche, s’est terminé à Genève où l’alpiniste française s’est fait soigner dans le caisson hyperbare de l’Hôpital (nos éditions du 5 février ). La nouvelle a donné un coup de projecteur sur un outil précieux, dont les utilisations variées sont parfois méconnues.

De quoi s’agit-il au juste? D’utiliser l’oxygène comme thérapie. Lorsque des gelures importantes font craindre une amputation, le patient est d’abord réchauffé, pour permettre au sang de recirculer. Mais cela ne suffit pas: pour éviter l’amputation, il faut réoxygéner son sang. Le patient reçoit un traitement qui dilate ses vaisseaux pendant six heures. Puis il prend place dans le caisson, où la pression est supérieure à la normale et où il respire de l’oxygène pur.

Le Dr Rodrigue Pignel est responsable du programme de médecine hyperbare des HUG. En 2014, il a initié un projet InterReg – programme européen visant à promouvoir la coopération entre régions – avec les Hôpitaux Pays Mont-Blanc, à Sallanches. «Il s’agit notamment d’une recherche médicale clinique sur l’optimisation de la prise en charge des gelures et l’évaluation de l’oxygénothérapie hyperbare. Le nombre de cas fluctue d’une année à l’autre: cela va de zéro à cinq ou six cas, soit en moyenne deux ou trois gelures graves par an. Les résultats de cette étude internationale seront publiés en 2019.» A la fin de 2014, les premières observations montraient une diminution de plus de 60% des amputations.

Autant que dans les Caraïbes

La haute montagne d’un côté, les fonds sous-marins de l’autre: la médecine hyperbare est surtout connue pour soigner les accidents de plongée, qui surviennent lorsque la remontée à la surface se fait trop vite, sans marquer les paliers de décompression. «A Genève, nous nous occupons d’une vingtaine de plongeurs par an. Je n’en voyais pas davantage lorsque je travaillais dans la Caraïbe», observe le médecin. Le lac, sombre, opaque et froid, est traître. «La moitié des accidents sont graves et les patients en gardent souvent des séquelles.»

Rappelons que le plongeur inspire, par ses bouteilles, de l’air – mélange d’oxygène et d’azote. «Lorsqu’il remonte trop vite, l’azote dissous dans le sang se remet sous forme bulleuse. Ces microbulles risquent de provoquer une embolie gazeuse et des atteintes neurologiques, musculaires ou osseuses», détaille le Dr Pignel. Cicatrisation facilitée

Dans le caisson, les plongeurs sont placés dans un environnement où la pression est augmentée. Elle est ensuite doucement réduite jusqu’à revenir à la pression atmosphérique. Là aussi, le plongeur porte un masque qui lui fait respirer de l’oxygène à 100%. «Après une plongée, en cas d’accident, il faut consulter rapidement. Des symptômes légers peuvent s’aggraver secondairement. Devant tout doute ou après une erreur de procédure, il faut que le plongeur prenne de l’oxygène et soit dirigé le plus vite possible vers un centre hyperbare. L’évolution est imprévisible, même pour des experts comme nous», prévient le médecin. Une fatigue, des fourmillements, des douleurs dans l’épaule, des signes neurologiques comme une perte de sensibilité doivent donner l’alerte.

Ces accidents de plongée représentent moins de 5% de l’activité du service. Le caisson a d’autres vertus, comme celle d’améliorer la cicatrisation. «L’oxygène recrée des microvaisseaux, qui vont eux-mêmes permettre d’apporter cet oxygène et les nutriments loin dans les tissus, ce qui favorise leur survie», explique Rodrigue Pignel. Des personnes ayant du mal à cicatriser, comme les diabétiques qui ont souvent des plaies aux pieds ou aux chevilles, peuvent bénéficier de séances régulières dans une chambre hyperbare.

Intoxications, cancer, AVC

Le caisson est aussi utilisé en cas d’intoxication au monoxyde de carbone; 40 à 50 personnes sont soignées chaque année au centre hyperbare des HUG pour ce motif. Elles s’empoisonnent auprès de chaudières ou de chauffe-eau mal réglés, en inhalant la fumée d’un incendie, en restant à côté de moteurs thermiques allumés dans des endroits clos. «Il y a le barbecue en terrasse qui finit à l’intérieur, lorsqu’on rentre les braises pour se réchauffer. Ou la charbonnade fenêtres fermées, sans extracteur d’air. Si vous avez mal à la tête ou des vertiges, ne mettez pas cela sur le compte du vin! Venez vite à l’hôpital», prévient Rodrigue Pignel.

Ce n’est pas tout: l’oxygène est aussi utilisé pour soigner les séquelles de la radiothérapie. Il recrée une vascularisation dans les tissus pratiquement brûlés par le traitement anticancéreux. Enfin, l’oxygénothérapie pourrait faire régresser les séquelles d’accident vasculaire cérébral. Mais le conditionnel reste de mise. (TDG)

Créé: 02.03.2018, 15h59

Recherche encore jeune et fausses promesses

«La médecine hyperbare s’est développée à la fin du dix-neuvième siècle, lorsqu’on construisait des ponts et que l’on creusait des tunnels. Le premier caisson est arrivé à Genève dans les années 1960, lors de la construction du parking du Mont-Blanc», raconte le Dr Rodrigue Pignel.
A cette époque, neuf villes suisses disposaient de leur caisson. «Peu à peu, de moins en moins de médecins ont été formé et l’engouement a diminué. Les caissons n’ont pas été renouvelés. En 2008, les accords Vaud-Genève ont établi que les cantons se partageraient un caisson. Aujourd’hui, Genève est le seul canton suisse à disposer d’une chambre hyperbare publique.»
L’équipe des HUG s’est formée aux conditions extrêmes. «Nous sommes une des rares équipes au monde qualifiées pour travailler au-delà de 50 mètres de fond. Nous pouvons passer en 2 ou 3 minutes à un environnement de 120 mètres de fond et y réaliser des gestes de secours de manière autonome.»

Gelures, AVC: si la recherche sur les effets de l’oxygène hyperbare se développe, les centres spécialisés restent rares. «Il en existe 200 à 250 en Europe», note le médecin. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. «Il doit bien y avoir un millier de centres hyperbares, dont 95% privés, qui n’ont de médical que le nom. Ils font leur commerce sur la sclérose en plaques, l’autisme, le vieillissement alors que l’on sait pertinemment que l’oxygène hyperbare n’aura aucun effet», tranche Rodrigue Pignel, qui met en garde contre «ces pratiques sauvages: l’oxygène à haute dose peut provoquer une crise convulsive qui, comme une crise d’épilepsie, peut laisser des séquelles.» Le médecin regrette que cette branche de la médecine ne soit pas protégée par la loi en Suisse, à la différence de la France et de l’Allemagne. S.D.

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