«Les OGM ne doivent pas entrer par la petite porte»

ConsommationDes militants lancent une pétition pour réguler de nouvelles techniques intervenant sur le génome.

Des illustrations de StopOGM pour sa campagne contre les nouvelles techniques.

Des illustrations de StopOGM pour sa campagne contre les nouvelles techniques.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les opposants aux organismes génétiquement modifiés (OGM) montent une nouvelle fois au créneau. Ils craignent que des techniques apparues ces dernières années ne permettent de contourner la loi sur le génie génétique et le moratoire sur la culture commerciale de ces organismes. Pour l’empêcher, l’Association des petits paysans et l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique (StopOGM) viennent de lancer une pétition.

«Il faut éviter que des OGM ne soient introduits par la petite porte», s’exclame Luigi D’Andrea. Secrétaire exécutif de StopOGM, il pointe notamment du doigt les techniques CRISPR/Cas 9 ou d’interférence à ARN, développées ces cinq dernières années. Ces noms et les détails sont compliqués, mais ces procédés ont un point commun: alors que dans les OGM classiques on introduisait dans un organisme un gène extérieur (par exemple un gène de ver luisant dans un autre organisme ou celui d’une variété de pomme de terre dans une autre variété), on peut ici modifier l’ADN ou réguler des gènes de façon ciblée, sans recourir à un agent extérieur.

Un exemple? Outre-Atlantique, des champignons ont été transformés pour que leur chair brunisse moins facilement. Cette propension à changer de couleur est inscrite dans leur ADN. Dans les nouveaux produits, on a supprimé six gènes qui permettent la production de l’enzyme responsable du brunissement. Son activité a ainsi été réduite de 30%.

«Dangereux»

Le résultat est intéressant pour l’industrie agroalimentaire. Mais une question n’est pas résolue: ces techniques produisent-elles des OGM? Luigi D’Andrea en est persuadé. «La modification d’une séquence d’ADN à plusieurs endroits simultanément est typique de la technique CRIPSR/Cas9. De telles mutations simultanées ne se produiraient pas spontanément.» Et d’ajouter: «Le brunissement du champignon a été conservé depuis des centaines de millions d’années, signe qu’il est utile. Si l’on change cette fonction, il faut en étudier les impacts, ce que permet la loi sur le génie génétique.»

Selon le scientifique, ces procédés sont même plus dangereux que leurs ancêtres: «Ils sont moins chers et permettent des transformations plus importantes, dans le nombre et dans l’intensité. On peut aussi les employer sur les animaux et les insectes, ce qui était plus compliqué jusqu’à présent.» La conclusion des opposants aux OGM: «Une nouvelle ère du génie génétique s’ouvre et ne doit pas échapper à toute régulation.»

«Possible dans la nature»

L’interprétation de Luigi D’Andrea est toutefois contestée. Le Forum Recherche génétique de l’Académie suisse des sciences naturelles estime que ces nouvelles techniques contribueraient à «une agriculture à la fois plus respectueuse de l’environnement et plus économique en Suisse». Il ajoute que la modification apportée à ces plantes peut se produire dans la nature. Le processus est alors guidé par le hasard et se produit plus rarement.

«On introduit une modification génétique de façon plus ciblée que dans le génie génétique traditionnel, détaille Michel Goldschmidt-Clermont, professeur de biologie végétale à l’Université de Genève. Personnellement, je considère cela plus sûr.» Il ajoute que l’homme a de tout temps transformé le génome des plantes et modifié des propriétés très bien conservées dans l’évolution, y compris avec les sélections qui ont permis d’obtenir des choux-fleurs ou des brocolis. «Avec les nouvelles techniques, on fait la même chose, en accélérant le mouvement.»

La question est de savoir si l’important est le résultat (un champignon qui ne contient pas de gènes provenant d’autres plantes) ou le processus (l’intervention en laboratoire sur son ADN). Et la réponse aura des conséquences importantes. Si notre champignon, et avec lui les autres aliments obtenus grâce à ces techniques, est considéré comme un OGM, il sera soumis à la loi suisse sur le génie génétique. Avec le moratoire actuel, sa culture sera interdite dans notre pays. Et sa commercialisation soumise à des règles particulières, notamment sur la traçabilité et l’étiquetage. C’est précisément ce que demande la pétition. Mais cette réponse n’est pas simple à apporter puisque les nouvelles techniques brouillent une frontière qui semblait claire. «La loi sur le génie génétique n’est plus adaptée», résume Sylvain Aubry, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Que se passera-t-il le jour où une entreprise voudra commercialiser un tel produit en Suisse? À Berne, un groupe de travail réunissant des scientifiques, des sélectionneurs, des distributeurs, des industriels et des représentants de la société civile se penche actuellement sur le sujet.

Difficile à repérer

Cette question fait aussi débat à l’étranger. Une décision de la Commission européenne est notamment attendue. «Elle est d’autant plus importante que les variétés cultivées enregistrées en Europe le sont aussi automatiquement en Suisse», précise Sylvain Aubry.

La loi sur le génie génétique n’est plus adaptée

Selon l’OFAG, ces nouvelles techniques présentent une autre difficulté: elles ne laissent pas de «trace» de la manipulation effectuée. «Beaucoup d’études sont menées pour les développer, mais il y en a nettement moins pour créer des outils permettant de repérer ces modifications», détaille Sylvain Aubry. En clair: même si notre fameux champignon était considéré comme un OGM, nos autorités auraient de la peine à le démontrer.

Pas de quoi déconcerter Luigi D’Andrea: «C’est une excuse pour ne pas intervenir. Les entreprises savent exactement ce qu’elles ont modifié et comment. Le législateur peut, et doit, exiger ces données avant la commercialisation. C’est pour cela que ces techniques doivent être intégrées dans la loi sur le génie génétique.»

Créé: 19.03.2018, 16h40

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève: les communes les plus riches ont le plus de chiens
Plus...